France : Le véritable visage des « gilets jaunes »

24 novembre 2018

Le mouvement des « gilets jaunes » est né d’allégations pour le moins fantaisistes et inexactes diffusées sur les réseaux sociaux à propos de l’augmentation des prix du carburant au moment où ces derniers avaient atteint un seuil haut.

Selon un récent sondage, 71% des français considèrent que ces augmentations seraient essentiellement dues aux taxes ! Une fois de plus, la désinformation règne. L’augmentation des prix des carburants depuis l’été, en France comme ailleurs, a principalement pour origine l’augmentation des prix du bruts qui sont passés en quelques semaines de l’ordre de 60 $ le baril Brent à un peu plus de 80 $.

Dans ces conditions, affirmer que la seule augmentation de la fiscalité sur les carburants expliquerait cette explosion des prix à la pompe, comme certains tentent de le faire croire pour justifier leur action, relève de la manipulation.

Une augmentation des prix du carburant principalement liée à l’envolée ponctuelle des prix du brut qui ont déjà retrouvé leur niveau habituel

La récente augmentation de la TICPE s’inscrit dans le cadre de la lutte contre le changement climatique. Ces orientations, soutenues par une majorité de français, avaient été confirmées par Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle. Pour être exact, il convient de préciser qu’elle représente moins de 30% de cette augmentation des prix du carburant ; les 70% restant étant liés à l’envolée des prix du brut.

La TICPE n’est donc pas responsable de la flambée des prix du carburant de ces derniers mois, au demeurant modeste. La part imputable à l’augmentation de la taxe est estimée à environ +0.10 €/l pour le gazole et +0.07 €/l pour le SP95.

Même si la hausse de la TICPE est arrivée au plus mauvais moment, l’augmentation des prix du brut est imputable à l’OPEP et la Russie, mais aussi à un certain Trump qui par les sanctions prises à l’encontre de l’Iran, l’un des grands pays producteurs, a entraîné la chute de la production et favorisé la hausse brutale des prix.

Cette envolée n’est plus d’actualité aujourd’hui puisque le prix du baril de Brent est redescendu à 57 $ ce 22 novembre, son plus bas niveau depuis un an. Cette baisse qui s’est déjà en partie traduite à la pompe, devrait s’accentuer dans les prochaines semaines. Le dernier relevé officiel des prix, en date du 16 novembre, fait apparaître un prix moyen de 1.465 €/l pour le gazole et de 1.459 €/l pour le SP95.

Ce mouvement des « gilets jaunes » est d’autant plus surprenant que la récente augmentation des prix du pétrole a été la plus faible jamais enregistrée depuis la grande crise de 1973 où le prix du baril était soudainement passé de 5 $ avant de se stabiliser autour de 40/45 $ le baril en 1979. Les deux autres fortes augmentations du prix du pétrole sont intervenues plus récemment et avaient été bien plus importantes encore. En 2007/2008 (certains semblent l’avoir oublié), le prix du baril est passé de 60 $ à 130 $, puis en 2011/2012 de 55 $ à 110 $.

40 ans plus tard, le prix du baril est stabilisé autour de 60 $ et les récentes fluctuations n’ont rien à voir à ce qu’elles ont été par le passé. De fait, l’impact de la TCIPE dans la récente envolée du pétrole reste modeste et supportable. Enfin, contrairement à une idée faussement répandue, les taxes sur les carburants en France restent dans la moyenne européenne.

Dans ces conditions, comment ne pas s’interroger sur les motivations réelles des « gilets jaunes » du seul motif de l’augmentation des taxes sur le carburant en 2018 ? Plus vraisemblablement, pour beaucoup, l’augmentation de la TICPE n’a été qu’un prétexte pour une action visant à s’opposer au gouvernement issu des élections de juin 2017.

Une mobilisation pensée et organisée par les inconditionnels du tout automobile.

Les inconditionnels du tout automobile se retrouvent largement dans ce mouvement de contestation pour s’opposer aux lois visant à pénaliser l’utilisation des véhicules à des fins écologiques et pour en réduire l’impact en matière de santé publique. L’égoïsme et le chacun pour soi l’emportent et peu importe si la planète sombre et des personnes perdent quotidiennement la vie du fait des fines particules rejetées par les véhicules !

On trouve ainsi parmi les « gilets jaunes » les opposants à la limitation de vitesse à 80 km/h et plus généralement à toute forme de réglementation de la circulation automobile perçue comme une atteinte à leur liberté, quitte à mettre en danger la vie des autres. Certains « gilets jaunes » n’ont d’ailleurs pas manqué de s’attaquer à des horodateurs et autres péages. On y retrouve aussi très probablement les opposants aux radars et autres adeptes de l’appel de phares visant à avertir les automobilistes de la présence de radars ou de forces de Police et de Gendarmerie.

Même si cela déplaît à certains, l’ère de la voiture thermique toute puissance et omniprésente touche à sa fin et son déclin est enclenché. Cela fait plus de 30 ans que certains politiques et de nombreux scientifiques de renom l’annoncent.

Le gouvernement n’a donc pas agi par surprise, loin de là ! Plutôt que de verser dans le populisme ambiant, ce gouvernement même s’il le fait parfois avec maladresse, a le mérite de se montrer responsable et de défendre l’intérêt général face au défi de l’accélération du changement climatique et les 48 000 morts par an, pour la seule France, dus à la pollution automobile, notamment aux NOx. On n’entend pas grand monde sur ce terrible sujet qui frappe surtout les enfants et les personnes âgées.

L’objectif du gouvernement est d’abord de faire prendre conscience des responsabilités de chacun en encourageant chaque automobiliste à limiter l’utilisation de son véhicule. Au final, à défaut de volontarisme, l’idéal ne serait-il pas que le prix des carburants reste à un niveau bien plus élevé ?

Nier aujourd’hui l’urgence à s’attaquer à la pollution automobile conduit immanquablement au suicide collectif, que l’on habite en zone urbaine ou rurale.

Les « gilets jaunes » paraissent d’ailleurs quelque peu dépassés par les évènements et ne savent pas trop où ils vont, partiellement instrumentalisés sur un plan politique par quelques élus d’opposition qui ne cachent d’ailleurs pas leur soutien. Leurs revendications sont diverses et pour le moins ambiguës et contradictoires. Un mouvement désordonné difficile à canaliser sur le terrain qui a conduit inévitablement à de nombreuses bavures avec 2 morts et près de 500 blessés. Un bien triste bilan.

Les « gilets jaunes » sont d’abord un mouvement opportuniste et populiste

Le mouvement des « gilets jaunes » n’a pas grand-chose de spontané et encore moins d’une forme de révolte fiscale. En effet, outre les avantages généreusement octroyés en compensation de l’augmentation des prix du carburant (chèque-énergie, prime au renouvellement…), la majorité des français parmi les plus modestes bénéficient largement de redistributions sociales et fiscales de toute sorte, sans oublier le dégrèvement de 33% de leur cotisation de taxe d’habitation en novembre 2018 et l’augmentation des salaires les plus bas.

Un niveau d’assistanat jamais connu en France et dans les pays développés que quelques politiques qui soutiennent aujourd’hui les « gilets jaunes » dénonçaient il y peu de temps encore. Certains ont manifestement la mémoire courte et tentent de profiter du mal-être de nos concitoyens sans vergogne.

Le fondement de ce mouvement peut difficilement trouver sa justification dans la modeste augmentation de la taxe sur les carburants de ces derniers mois. Il ne s’agit ici, ni plus ni moins, que d’un mouvement opportuniste mené par quelques inconditionnels de l’automobile qui ont vu là l’occasion d’exprimer leur mécontentement face au gouvernement qui mène des réformes courageuses.

Evitons la confusion et le mélange des genres de quelques médias parisiens peu au fait des réalités et trop souvent complaisants face à la montée du populisme. Parler de révolte fiscale au cas particulier relève du plus pur fantasme.

Si révolte fiscale il doit y avoir (elle gronde depuis de nombreuses années déjà), elle concernera d’abord les classes moyennes intermédiaires et supérieures peu présentent dans ce mouvement et qui ne bénéficient d’aucune forme d’assistanat en place alors qu’elles contribuent lourdement au plan fiscal, notamment à l’impôt sur le revenu (demain, le prélèvement à la source) qui n’est acquitté que par 45% des français, rappelons-le.

Le mouvement actuel des « gilets jaunes » existe d’abord du fait des réseaux sociaux qui diffusent, comme d’habitude, des fake news en boucle qui ne reflètent en rien la réalité. Chacun peut d’ailleurs noter les difficultés à mobiliser alors que le mouvement est observé avec une certaine sympathie par de nombreux français. Cela ne devrait probablement pas durer longtemps si les blocages de circulation persistent dans les jours à venir car, pour le coup, de nombreux français risquent d’y laisser des plumes en matière de pouvoir d’achat justement.

Le temps semble venu de mettre fin à ces opérations de prise d’otage des français qui pénalisent l’économie et les déplacements des familles en entraînant d’importantes surconsommations de carburant du fait que de nombreux automobilistes doivent faire de longs détours pour se rendre à leur travail et rejoindre leur domicile. Le mouvement qui se voulait en faveur du pouvoir d’achat des plus modestes pourrait rapidement apparaître en contradiction flagrante avec les objectifs initiaux.

Le gouvernement n’a d’autre choix que de faire preuve de fermeté dans ce dossier, sans s’exonérer de toute responsabilité.

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Europe : 1918-2018 – Cents ans après a-t-on vraiment tiré toutes les leçons ?

15 novembre 2018

A l’instar de la France, l’Europe ainsi que de nombreux pays à travers le monde (USA, Royaume-Uni, Belgique, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Inde…) viennent de fêter le 100ème anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918.

100 ans après, pour ne pas oublier l’horreur de la Grande guerre

La commémoration de cet anniversaire est primordiale afin que les nouvelles générations qui n’ont pas connu cette période n’oublient jamais cette terrible guerre où les pertes humaines se sont élevées à près de 20 millions de morts, dont 10 millions de militaires et plus de 22 millions de blessés sur environ 65 millions d’hommes engagés dans le conflit.

Pour la seule France, le bilan fût tout aussi dramatique avec plus 1,4 million de morts et disparus pour une population de 39 millions d’habitants et environ 4 millions de blessés sur 8 millions de combattants engagés.

On peut aujourd’hui constater l’ampleur du désastre humain causé par la Grande guerre dans nos moindres petits villages, autrefois bien plus peuplés, au vu de l’importance des monuments aux morts qui énumèrent la liste des trop nombreuses victimes. Des victimes souvent importantes au sein d’une même famille dont la vie a été brisée à jamais. D’où les nombreuses commémorations locales et nationales.

Le bilan de la guerre de 1914-1918 ne serait pas complet sans l’évocation de l’extermination de plus de 1,5 millions d’Arméniens en 2015 par le gouvernement turc, dont l’empire ottoman qui s’effondrait était alors allié aux empires allemands et austro-hongrois à l’origine de la guerre. Ce génocide contre les Arméniens, le plus vieux peuple indo-européen installé en Turquie et le massif Caucasien depuis la Préhistoire, est le plus important jamais perpétré par un état à l’encontre de sa propre population présente bien avant l’arrivée des musulmans au XIème siècle. Un génocide que la Turquie refuse toujours de reconnaître.

Pour commémorer ce 100ème anniversaire de l’armistice de 1918 qui a mis fin à la terrible Grande guerre en Europe, le président Emmanuel Macron avait fait les choses en grand et invité près de 80 chefs d’Etat ou de gouvernement à Paris pour marquer ce moment. Par-delà cette manifestation mondiale largement médiatisée, l’objectif était de sensibiliser le monde entier aux méfaits de la guerre et aux risques qui planent encore aujourd’hui sur la paix mondiale, y compris en Europe.

Malgré le terrible bilan humain de la guerre de 1914-1918, il y a hélas eu par la suite de nombreuses autres guerres à travers le monde, dont celle de 1939-1944 en Europe, preuve s’il en est, que la paix reste précaire et n’est jamais acquise parce que la bêtise humaine peut conduire au pire en peu de temps.

100 ans plus tard, la montée du populisme et d’un nationalisme aveugle menacent l’équilibre et la paix du monde

La veille de cette commémoration, Angela Merkel a été le premier chancelier allemand à se rendre dans la clairière de Rethondes, près de Compiègne, où fût signée l’armistice. Aux côtés du président français, elle s’est recueillie en ce lieu hautement symbolique où la dalle commémorative rappelle : « Ici succomba l’orgueil de l’Empire allemand vaincu par les peuples libres qu’il prétendait asservir ».

Les 100 ans de l’armistice ont été l’occasion pour le président français de lancer le premier Forum de Paris pour la Paix, une grande conférence pour la paix qui s’est tenue les 11 au 13 novembre, à laquelle ont participé près de 80 chefs d’Etat et de gouvernements. Une initiative à laquelle Emmanuel Macron avait associé Angela Merkel, la Chancelière allemande et plus largement l’Union européenne.

Les deux leaders européens ont présenté un front uni et mis en garde le monde contre un nationalisme exacerbé, l’unilatéralisme et plus généralement le repli sur soi qui menacent aujourd’hui le monde d’éclatement. Une façon de dénoncer clairement les dérives populistes de dirigeants comme messieurs Trump, Poutine, Erdogan et quelques autres en Europe de l’Est et ailleurs. Pour les deux dirigeants européens, la coopération internationale et le projet européen sont aujourd’hui menacés par la montée du populisme, de l’antisémitisme, de l’extrémisme et plus généralement de l’obscurantisme.

Dans ce contexte de tension avec Trump suite à la proposition française de créer une force armée européenne, devant le Parlement européen, Angela Merkel a fait part de son plein soutien : « Nous devrons un jour parvenir à une véritable armée européenne. Il ne s’agit pas d’une armée contre l’Otan, bien au contraire… ». 100 ans après 1918, la création d’une armée européenne aurait le mérite d’éloigner le spectre d’une nouvelle guerre intra-européenne, tout en donnant un signal fort quand à la détermination de l’Union européenne à s’afficher en tant que puissance indépendante.

Face à une situation mondiale qui n’est pas aujourd’hui sans rappeler celle des années 1930 qui a conduit à la 2ème guerre mondiale (« les démons anciens » sont toujours présents selon Emmanuel Macron), les dirigeants de la planète doivent faire preuve d’initiatives et de responsabilité. L’avenir doit passer par le multilatéralisme. Ce n’est pas en entretenant la haine, les fake news, la xénophobie et autres théories du complot que le monde va retrouver les voies de la paix et de la confiance entre les peuples. Le temps est venu de se ressaisir en ne cédant rien au populisme et aux tentations de la division et de la domination.

Pour Angela Merkel, le monde et l’Europe doivent dépasser « les nationalismes à œillères » pour se refonder autour des valeurs démocratiques afin de restaurer le respect et la confiance entre les nations. Comme l’a fort justement déclaré le président Macron dans son discours du 11 novembre à l’Arc de triomphe : « Additionnons nos espoirs au lieu d’additionner nos peurs. » Pas sûr que tous les dirigeants de la planète l’aient entendu !


Europe : Tirer les leçons de la tragédie de Gênes

29 août 2018

Le dramatique accident dû à l’effondrement du viaduc Morandi sur l’autoroute A10 à Gênes ne doit rien à la fatalité et par-delà l’Italie, de nombreux pays seraient bien inspirés d’en tirer toutes les leçons car de nombreux ouvrages de par le monde sont menacés par la vétusté et l’absence de réel entretien. Cette tragédie est un rappel à l’ordre des autorités publiques.

Bien sûr le viaduc Morandini de Gênes avait été mal conçu depuis l’origine et présentait manifestement des risques réels d’écroulement notamment de par sa conception même en béton, de par son âge et l’importance du trafic qu’il devait supporter. D’ailleurs, certains ouvrages réalisés par ce même l’architecte Ricardo Morandi à travers le monde ont connu des fortunes diverses et certains présentent aujourd’hui d’importants risques, comme l’important pont Général Rafael Urdaneta long de 8 700 m qui relie la ville de Maracaïbo (Venezuela). Ces dernières décennies le viaduc de Gêne avait suscité de nombreuses interrogations et plusieurs enquêtes avait été effectuées, semblant confirmer une lente dégradation de l’ouvrage liée à sa conception même.

L’enquête sur l’origine et les responsables de cette catastrophe devrait durer de longs mois

Sans rechercher des responsables, il est avéré que l’Etat italien via ses divers gouvernements, s’il a probablement effectué des contrôles réguliers de l’infrastructure, n’avait jamais réalisé de véritables travaux de consolidation lorsqu’il en était l’exploitant jusqu’en 1999. A cette date, la concession de l’autoroute A10 a été attribuée à la société Autostrade per l’Italia (groupe Atlantia, détenu à hauteur de 30% par la famille Benetton) et avait été renouvelée en 2015 par le gouvernement italien.

La société gère la moitié au réseau autoroutier en Italie et détient une part importante dans de nombreuses sociétés autoroutières en Europe, dont la Sanef pour la région nord et est de la France. C’est l’un des plus importants acteurs de la gestion autoroutière en Europe. La société Autostrade per l’Italia a réalisé des travaux d’entretien en 2016 et des études étaient menées depuis de nombreuses années (bien avant la concession) en vue de réaliser un grand contournement par le nord, dénommé la Gronda.

Seule l’enquête en cours permettra de dire si la société a réalisé les travaux nécessaires pour sécuriser l’ouvrage et notamment si elle s’était conformée aux recommandations des enquêtes publiques. Car, même concédés, les ouvrages tels les ponts, tunnels et viaduc relèvent du contrôle de l’Etat qui doit faire respecter ses conclusions en matière de sécurité. Si ces contrôles de sécurité effectués par l’Etat faisaient état de risque d’écroulement, pourquoi ne pas avoir imposé les travaux adéquats ou fermé l’ouvrage à la circulation ?

Dans ce contexte, l’actuel gouvernement populiste italien gesticule beaucoup en tentant de se dédouaner de toute responsabilité, en accusant pelle-mêle les précédents gouvernements, la société d’autoroute et même l’Union européenne.

A ce stade, l’attitude du chef du gouvernement italien Giuseppe Conte, et de ses deux leaders de la ligue du nord Matteo Salvini (ministre de l’Intérieur) et du mouvement 5 étoiles, Luigi di Maio (ministre du Travail), par ailleurs vice-Premier ministres visant à se dédouaner de toute responsabilité, ne paraît pas très responsable. Manifestement, tout cela serait de la faute des autres, oubliant au passage la responsabilité de l’Etat et de certains membres de la coalition gouvernementale.

Le gouvernement populiste italien n’hésite pas à accuser les gouvernements précédents, la société d’autoroute et même l’Europe alors même que certains de ses proches portent une responsabilité directe

L’ex-leader du Mouvement 5 étoiles Beppe Grillo, auquel a succédé Luigi di Maio, est natif de Gênes où il a réussi par imposer sa formation politique aux dernières élections. Lui-même et son parti se sont toujours opposés à la réalisation du contournement autoroutier Gronda à Gênes. Lors des dernières élections, son parti s’est d’ailleurs engagé à faire en sorte que le nouveau gouvernement mette un terme à ce dossier qui dure depuis prés de 30 ans déjà ; ce qu’à effectivement prévu le nouveau ministre des transports.

En 2012, le président des industriels de Ligurie avait à maintes reprises tiré le signal d’alarme sur l’état du viaduc Morandi, affirmant que celui-ci pourrait s’écrouler dans les 10 ans. Le Mouvement 5 étoiles avait alors publié un communiqué très ferme : « No Gronda ! » parlant de « la fable de l’effondrement du pont Morandi » évoquées par certains qui feraient mieux de se renseigner… allant jusqu’à affirmer qu’il tiendrait encore 100 ans ! Difficile dans ces conditions pour la coalition d’accuser les autres alors même qu’ils ont une responsabilité dans cette situation.

Avant même les premières conclusions de l’enquête, le gouvernement italien va même jusqu’à menacer de révoquer la concession accordée à Autostrade per l’Italia sous 15 jours. Voilà qui fera probablement plaisir aux électeurs de ce gouvernement populiste mais qui ne règle rien tant que tous les éléments du l’enquête ne sont pas connus. Mais on est populiste ou on ne l’est pas ? Et peu importe si cette révocation risque de coûter à l’Etat italien plusieurs milliards d’euros ! A ce petit jeu, le gouvernement italien pourrait être le grand perdant et se discréditer un peu plus.

Quant aux attaques lancées par le gouvernement eurosceptique italien envers l’Union européenne, cette dernière a répondu sèchement par un communiqué dès le lendemain :

  • « Pour mémoire, les Etats membres sont libres de fixer des priorités spécifiques. Et de rappeler que l’UE a récemment encouragé l’investissement en Italie, notamment dans le développement et l’entretien des infrastructures…
  • …Sur la période 2014-2020, l’UE a prévu que l’Italie reçoive 2.5 milliards d’euros pour des investissements dans son réseau routier et le rail. Dans ce même sens, en avril 2018, la Commission a donné son feu vert pour un plan d’investissement en faveur des autoroutes italiennes de l’ordre de 8.5 milliards d’euros, y compris dans la région de Gênes…
  • …Il y a aussi de la flexibilité dans le Pacte de stabilité et de croissance et l’Italie en a été l’un des principaux bénéficiaires. Par ailleurs, l’autoroute A10 sur laquelle se trouve le viaduc Morandi, fait partie du réseau transeuropéen de transport, programme de développement des infrastructures de transport qui doit répondre aux exigences de la directive européenne de 2008 sur la sécurité des routes. Ce sont les autorités nationales (l’Etat italien) qui doivent s’assurer que les règles sont respectées. »

La tragédie de Gênes met en évidence la légèreté du gouvernement populiste et anti-européen italien qui cherche avant tout des bouc-émissaires pour cacher son incapacité à gouverner le pays, en se contentant de quelques décisions populistes qui plaisent aux électeurs, même si elles conduisent le pays à la catastrophe. Cette attitude n’est pas sans rappeler celle d’un certain Trump ; ce qui n’est guère de bon augure.

La France n’est hélas pas à l’abri d’une telle catastrophe.

On a ici et là entendu de prétendus spécialistes en ingénierie affirmer que ce qui est arrivé en Italie était prévisible mais qu’en France, cela ne pouvait arriver en raison de contrôles périodiques très stricts. Vraiment certains n’ont peur de rien ! En ce domaine, soyons modestes et évitons de donner des leçons aux autres. L’Italie n’est pas pire que la France.

Comme l’ont reconnu des spécialistes avérés comme Michel Virlogeux, l’architecte qui a conçu le Viaduc de Millau aux côtés de Norman Foster, la France n’est absolument pas à l’abri d’une telle catastrophe, notamment sur certains ouvrages anciens qu’ils soient concédés ou exploités directement par l’Etat ou les collectivités territoriales. Il suffit de se rappeler l’affaissement d’un mur de soutènement de l’important viaduc de Gennevilliers sur l’autoroute A15, entre Gennevilliers et Argenteuil, en mai 2018 qui a entrainé l’interruption de l’important trafic pendant plusieurs jours, suivie d’une ouverture très partielle sur une seule voie durant les travaux qui vont durer plus d’un an. Pourtant les faiblesses de l’ouvrage étaient connues depuis de longues années.

Un récent audit effectué à la demande du gouvernement français sur l’état du réseau routier national non concédé, rendu public courant juillet 2018, alerte d’ailleurs sur l’importante dégradation des ponts et routes du pays. Il aura fallu la catastrophe de Gênes pour que les médias français fassent enfin état de cet audit relatif à la dégradation des ouvrages d’art français.

Selon cet audit, sur les 12 000 ponts que compte le réseau national non concédé (sur un total de près de 200 000), près d’un tiers nécessiteraient des réparations. Si dans la plupart des cas, il s’agit de petites réparations qui ne mettent pas directement en cause la sécurité de l’ouvrage, elles permettent cependant de « prévenir l’apparition de dégradations structurelles ». Toutefois, dans 7% des cas, les dommages aux ouvrages sont beaucoup plus sérieux et présentent, à terme, un risque d’effondrement ; d’où la nécessité, à défaut de travaux immédiats, d’interdire à la circulation des véhicules sur près de 840 d’entre eux. Ce qui n’est pas le cas. Qu’en est-il des autres 88 000 ouvrages communaux et départementaux ?

L’audit estime qu’il faudrait consacrer en moyenne 1.3 milliards d’euros par an pour entretenir correctement les seuls ouvrages à la charge de l’Etat, contre un peu plus de 800 millions d’euros consacrés ces dernières années.

Du coup, l’Ecotaxe revient plus que jamais d’actualité ; elle qui était destinée à financer l’entretien du réseau routier national et qui avait été supprimée en 2014 par Ségolène Royal alors ministre de l’environnement d’un certain Hollande. Dans son rapport annuel publié en 2015, la Cour des comptes concluait à propos de l’abandon de l’écotaxe : « Un échec de politique publique dont les conséquences seront probablement très durables. » Elle affirmait par ailleurs : « Coûteux pour les finances publiques et dommageable pour la cohérence de la politique des transports et son financement, l’abandon de l’écotaxe poids lourds constitue un gâchis« . Une ardoise de 958 millions d’euros d’indemnités versées à la société Ecomouv’ (détenue par Autostrade per l’Italia), chargée de la mise en oeuvre de cette taxe. On mesure aujourd’hui l’absurdité de cette décision irresponsable et coûteuse pour les finances publiques.

En attendant de mobiliser les fonds nécessaires à l’entretien de nos infrastructures, la France n’a pas de quoi pavoiser, elle qui n’est pas davantage à abri d’une telle catastrophe. Face au vieillissement des ouvrages d’art, et malgré les restrictions budgétaires, l’Etat doit assurer une surveillance de plus en plus forte de l’ensemble de ses infrastructure concédées ou non. Rappelons qu’en France, la réalisation des travaux d’entretien et de sécurisation sur les ouvrages sont de la responsabilité de divers acteurs : les concessionnaires pour les ouvrages concédés, l’Etat pour les autoroutes non concédées et le réseau national, les départements pour le réseau départemental et les communes pour le réseau communal. Reste maintenant à trouver les fonds nécessaires.

Chaque acteur doit prendre ses responsabilités, à commencer par l’Etat en charge des contrôles, quitte à imposer la fermeture à la circulation des ouvrages présentant des risques réels d’écroulement.

Aucun pays n’est hélas à l’abri de la tragédie de Gênes. Ne l’oublions pas.


Crise migratoire : Le plus grand défi que l’Europe n’ait jamais eu à relever

25 juin 2018

Ces dernières années, la pression de la crise migratoire ne cesse de se faire sentir en Europe.

Pendant trop longtemps, la majorité des pays européens ont ignoré l’ampleur de la crise et ont abandonné les pays de l’Europe du sud, principalement l’Italie et la Grèce, les laissant affronter seuls l’arrivée de plus en plus massive de migrants de toutes sortes. A la fois des réfugiés provenant de pays en guerre ou de dictatures où ils sont en danger, mais aussi et surtout ces dernières années, de simples migrants économiques des pays pauvres d’Afrique venant profiter du relatif « eldorado » des pays européens.

La pression migratoire globale a maintenant atteint un tel niveau en Europe que la plupart des pays sont au bord de l’implosion politique, avec l’élection ces dernières années de partis dits « populistes » qui, il ne faut pas se le cacher, doivent leur émergence à la seule exaspération d’une majeure partie de la population face à cette immigration massive, non contrôlée.

Majoritairement, à des degrés divers, les européens refusent très largement cette immigration subie car elle est source de multiples tensions sociales qui ne vont hélas que s’accentuer.

Officiellement, en 2017, la France a accueilli 262 000 immigrés pour lesquels un titre de séjour a été accordé et 100 700 demandes d’asile enregistrées auprès de l’OFPRA (31 980 acceptées). Pour mémoire, en 2016, il y avait 256 000 immigrés recensés et 85 700 demandes d’asile enregistrées (26 500 acceptées). Bien sûr, chacun le sait et peut le constater régulièrement, ces chiffres n’intègrent pas l’immigration clandestine qui reste difficile à évaluer mais qui est réelle.

La crise migratoire constitue le plus grand défi existentiel que l’Europe n’ait eu à affronter

L’Allemagne, citée en exemple par certains pour avoir accueilli prés d’un million de migrants voici quelques années, en paie aujourd’hui le prix fort avec un affaiblissement important des partis traditionnels (CDU-CSU, SPD et Verts) au détriment des formations politiques les plus radicales comme l’Afd.

Du coup, Angela Merkel, la chancelière autrefois incontestée, est aujourd’hui très affaiblie et sa coalition fragilisée ; ce qui handicape un peu plus l’Europe au moment où des décisions importantes doivent être prises. Avec le recul, cette décision fût probablement une erreur politique dont on mesure aujourd’hui les effets dévastateurs sur les démocraties européennes, tout en créant un important appel d’air au profit des migrants qui ont interprété cette décision comme une ouverture massive des frontières de l’Europe.

Du coup, le flot des migrants de toute sorte ne cesse de croître. C’est dans ce contexte d’exaspération des populations que l’Italie a, à son tour, élu des formations populistes anti-partis traditionnels. Tous les voyants européens sont maintenant au rouge. Il y a urgence pour l’Union européenne et les pays qui la composent de prendre le dossier de l’immigration à bras le corps.

Il s’agit d’un véritable défi existentiel pour l’Europe.

L’Europe doit envoyer un message fort en limitant strictement les migrants avec le niveau que chaque pays peut effectivement supporter, pour que l’intégration se fasse du mieux possible. Comme elle l’a toujours fait, elle doit continuer à accueillir les vrais réfugiés dans les conditions prévues par la convention de Genève. Par contre, les dirigeants ne peuvent ignorer la fragilité économique, budgétaire et sociale de nombreux pays européens, notamment au sud, qui n’ont absolument pas les moyens de supporter un flot important de réfugiés. Le seuil de tolérance des populations européennes est atteint y compris pour l’Europe du nord.

Les gouvernants européens doivent en tenir compte dans leurs décisions à venir. Il s’agit d’une question de survie pour l’Europe et nos démocraties aujourd’hui fragilisées.

D’ailleurs aucun grand pays au monde n’est prêt à accueillir le flot de migrants économiques, sans imposer ses propres conditions. Pourquoi la seule Europe devrait aujourd’hui accueillir sans broncher la majorité des migrants africains ? Pourquoi exiger d’elle de faire ce que bien d’autres pays, tout aussi riches, si ce n’est plus, ne font ? Pourquoi la veille Europe, déjà si généreuse au regard des vrais réfugiés, devrait-elle ouvrir en grand ses frontières au risque de voir les pays la composant imploser ?

L’Europe est certes généreuse mais il y a une limite que l’on ne saurait franchir sans risques. L’espace Schengen a probablement vécu. Face à l’intransigeance du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) mais aussi de l’Autriche et de l’Italie concernant la crise migratoire, le sommet européen des 28 et 29 juin 2018 à hélas peu de chances d’aboutir. Ce qui ne serait guère de bon augure.

L’Europe ne saurait accueillir à elle seule toute la misère du monde

Dans ce contexte, comment ne pas comprendre la récente décision du gouvernement français de ne pas accueillir directement les migrants recueillis à bord de l’Aquarius, après que le nouveau ministre italien de l’Intérieur ait refusé de recevoir. Si le message s’adressait aux français, il était aussi destiné aux autres pays d’Europe mais surtout aux migrants : quoi qu’il lui en coûte, la France ne peut pas ouvrir ses portes à tous les migrants du monde ! Elle n’en a simplement pas les moyens et il faut avoir le courage politique de le dire clairement et sans détours, après des décennies d’hypocrisie et d’inaction.

Même si cela déplaît aux bien-pensants de tous poils, comment ne pas se remémorer ce qu’avait fort justement déclaré, Michel Rocard, alors Premier ministre de François Mitterrand, le 03 décembre 1989 (voici prés de 30 ans)  lors de l’émission 7 sur 7 d’Anne Sinclair sur TF1 : « Nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde. La France doit rester ce qu’elle est, une terre d’asile politique […] mais pas plus. […]… » Et d’ajouter que de la France se limitera au respect de la convention de Genève.

Quelques jours plus tard, le 5 décembre 1989, c’est Lionel Stoléru, secrétaire d’Etat lors d’un face à face avec Jean-Marie Le Pen sur la Cinq, qui avait déclaré : « Le Premier ministre a dit une phrase simple, qui est qu’on ne peut pas héberger toute la misère du monde, ce qui veut dire que les frontières de la France ne sont pas une passoire et que quel que soit notre désir et le désir de beaucoup d’êtres humains de venir, nous ne pouvons pas les accueillir tous. Le problème de l’immigration, c’est essentiellement ceux qui sont déjà là… »

Et oui, là est bien la vérité : il est facile d’être généreux vis-à-vis de ces infortunés migrants en oubliant les français qui eux risquent de devoir en payer le prix au quotidien et pour longtemps.

Un mois plus tard, le 07 janvier 1990, Michel Rocard avait réitéré ses propos devant des élus socialistes : « J’ai beaucoup réfléchi avant d’assumer cette formule. Il m’a semblé que mon devoir était de l’assumer complètement. Aujourd’hui je le dis clairement. La France n’est plus, ne peut plus être, une terre d’immigration nouvelle. Je l’ai déjà dit et je le réaffirme, quelque généreux qu’on soit, nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde… »

Le président Macron a d’ailleurs récemment fustigé « ce nationaliste qui renaît » mais aussi les « donneurs de leçons qui veulent accueillir tout le monde » en ignorant « les fractures de la société française »

Près de 30 ans plus tard, la situation française n’a hélas pas évolué dans le bon sens s’agissant de l’immigration, principalement par facilité et manque de courage politique face aux bien-pensants de tous bords qui n’ont manifestement que faire des français. Il n’est que temps de prendre le dossier à bras le corps avant que nos pays n’implosent.


Face aux géants du net, l’Europe impose le RGPD pour protéger les données personnelles

14 mai 2018

La toute puissance et les excès des Gafam de ces dernières années devraient permettre l’émergence de nouveaux entrants en Europe, plus respectueux de la vie privée et du droit en général. A cet égard, le scandale qui secoue des derniers temps Facebook et son fondateur et CEO Marc Zuckerberg, doit permettre aux européens de reprendre la main pour faire de l’industrie numérique mondiale, une industrie sûre et respectueuse des lois en vigueur.

L’ampleur des données personnelles de 87 millions d’américains vendues à la société britannique Cambridge Analytica, l’un des leaders mondiaux du traitement des données par algorithme n’a pas fini de défrayer la chronique mondiale. Rappelons que Cambridge Analytica est une société de communication stratégique créée en 2013 à l’initiative de Robert Mercer et Steve Bannon en vue de préparer l’élection à la présidence américaine en 2016. L’objectif avoué étant de faire apparaître un candidat hors des grands partis traditionnels en se fondant sur la montée d’un fort courant populiste aux USA.

La société Cambridge Analytica aurait d’abord proposé ses services au candidat à la primaire républicaine Ted Cruz, puis à Donald Trump dont Steve Bannon fût l’un de ses plus fidèles conseillers durant la campagne, puis à la Maison Blanche avant d’être viré. L’exploitation des données personnelles acquises auprès de Facebook aurait notamment permis de cibler des électeurs américains déçus par Obama dans quelques Etats habituellement acquis aux démocrates en vue de les faire basculer dans le camp de Trump. Ceci explique probablement la victoire surprise de Trump dans quelques Etats qui ne lui étaient pas acquis, et ce, malgré un nombre de voix bien moindre que son adversaire Mme Hilary Clinton.

Les mêmes soupçons de manipulation d’électeurs pèsent sur le référendum organisé en 2016 au Royaume-Uni qui avait vu la courte victoire surprise des partisans du Brexit. Ici aussi, la société Cambridge Analytica avait apporté son savoir-faire au service du Brexit !

Sans les importantes données personnelles cédées par Facebook à Cambridge Analytica, jamais la société n’aurait été en mesure de peser de près ou de loin sur ces deux scrutins majeurs et il est probable que le résultat aurait été tout autre.

Pour préserver nos démocraties et nos libertés individuelles, il n’est que temps de réglementer, si ce n’est au niveau mondial, au moins au niveau européen, les entreprises du numérique de quelque nationalité qu’elles soient.

Le Règlement européen sur la protection des données (RGPD) 

Le règlement général sur la protection des données (RGPD) ou GDPR dans sa version anglaise, impose à compter du 25 mai 2018 de nouvelles contraintes aux administrations et entreprises concernant le traitement des données à caractère personnel (Règlement UE 2016/679 du 27 avril 2016). L’objectif de l’Union européenne est d’offrir un cadre renforcé et harmonisé de la protection des données en prenant en compte les dernières évolutions technologiques (Big Data, objets connectés, intelligence artificielle, algorithmes…) et des défis qui accompagnent ces évolutions futures. En vue de renforcer le droit des individus, de nouvelles obligations contraignantes seront imposées à un grand nombre d’organismes publics et privés concernant le traitement des données.

Le RGPD vise à protéger les individus qui vont ainsi voir leurs droits mieux sécurisés ; il s’agit notamment :

• D’obligation d’information de la part des entreprises envers les personnes
• De restriction en termes de recueil du consentement
• Du droit à la portabilité des données recueillies,
• Du droit à l’effacement de celles-ci

Le RGPD prévoit entre-autre que :

• Les entreprises doivent notifier les violations de données personnelles dans le délai de 72 heures
• Le droit d’accès des personnes à leurs données personnelles sera renforcé
• Les collecte de données sans consentement sera proscrit par la limitation du profilage des consommateurs
• Le droit à l’oubli des personnes sera renforcé
• Les administrations et entreprises devront nommer un délégué à la protection des données (DPO), responsable de la surveillance et de l’enregistrement des données

En France, la CNIL sera chargée de la bonne application du RGPD

Le Parlement français, après maintes discussions entre l’Assemblé nationale et le Sénat a finalement adopté le 19 avril dernier le projet de loi relatif à la protection des données afin d’adapter le droit français au RGPD et mettre à jour la loi Informatique et Liberté adoptée en 1978, date à laquelle avait été créée une Haute autorité indépendante en charge du dossier : la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés)

En Europe et dans de nombreux pays du monde, le RGPD est perçu comme une chance de remettre un peu plus d’égalité dans la compétition mondiale que se livrent aujourd’hui les entreprises du numérique, largement dominées par les Gafam (Googler, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft…) et bientôt par les géants chinois (Alibaba, Baidu, Xiaomi…). En effet, toutes les sociétés, quelles que soient leur nationalité et leur secteur d’activité, devraient être soumises de plein droit à la RGPD.

Pour le secrétaire d’Etat chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, il s’agit d’un texte très important pour nos libertés individuelles mais aussi pour notre avenir économique. Le RGPD devrait aussi permettre d’avoir dorénavant un standard européen en matière de traitement des données numériques qui ne pourra que contribuer à faciliter les échanges entre les entreprises européennes et sécuriser les personnes qui font appel à elles.

Mark Zuckerberg, CEO de Facebook, déclarait lors de sa récente audition devant la commission parlementaire américaine à propos du scandale Cambridge Analytica qui secoue sa société (détournement de données personnelles de plus de 87 millions de personnes à des fins électorales) : « Le RGPD en général va être un pas très positif pour l’internet… Les gens comprendront quels sont les contrôles et ils devront consentir au recueil de leur données… » Une déclaration faite pour sauver la face en vue de s’attirer la sympathie des parlementaires mais sur laquelle il s’est bien gardé de s’engager précisément.

D’ailleurs, si tôt l’annonce par l’UE de la mise en place du RGPD, Facebook s’est empressé de transférer le siège de la société jusque-là basé en Irlande, pour le rapatrier aux USA afin d’être moins exposé à ces nouvelles dispositions contraignantes. C’est dire !

En France, l’application de la RGPD relèvera du régulateur des données : la CNIL qui sera chargée d’instruire les plaintes, y compris les recours collectifs. A compter de son entrée en vigueur le 25 mai, les administrations et entreprises qui ne s’y conformeront pas seront passibles de sanctions financières pouvant aller jusqu’à 4% de son chiffre d’affaires annuel mondial après avertissement et mises en demeure.

Nul doute que l’Union européenne va dorénavant scruter l’attitude des géants mondiaux du numérique.

Plus d’informations :

Le règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD) n° UE 2016/679 du 27 avril 2016
La CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés)


Europe : Projet de taxation provisoire des Gafam en attendant une avancée de l’OCDE sur le régime fiscal des géants du numérique

9 avril 2018

Les fameux Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) sont plus que jamais, fort justement, dans le collimateur de l’Union européenne. A eux seules, ces 5 multinationales aux capitalisations boursières considérables, représentent un chiffre d’affaires global annuel de l’ordre de 530 milliards d’euros en 2017, pour des profits évalués à 98 milliards d’euros.

Bien que ces entreprises réalisent en France une part non négligeable de leur activité, les Gafam n’auraient payé que 0.10% à 1% d’impôt sur les bénéfices ! Une paille au regard de leurs considérables résultats en forte croissance. Il en est ainsi partout en Europe et dans le monde, et dans un degré moindre, aux Etats-Unis jusqu’à ces dernières années où ces multinationales ont pourtant leur siège social. Même ici leur taux d’imposition ne dépassait pas 3% jusqu’à récemment. Du fait des procédures d’optimisation fiscale mises en place permettant de localiser l’essentiel de leurs bénéfices dans des pays à fiscalité très privilégiée, où elles sont très peu taxées, elles n’acquittent mondialement qu’un très faible impôt sur les bénéfices.

Pour être plus précis pour l’exercice 2016, Facebook n’aurait payé que 1 million d’euros d’impôts en France pour un chiffre d’affaires estimé dans le pays de 540 millions d’euros. Un avantage dont jouissent également de nombreuses autres multinationales de l’économie numérique telles Google, Amazon, Apple mais pas que…

C’est d’ailleurs l’une des raisons qui a conduit l’administration Trump à une importante réforme fiscale introduisant, pour la première fois outre-Atlantique, le principe de la taxation des profits offshores. Les nouvelles dispositions fiscales américaines visent ainsi à taxer aux USA les profits qui ne seraient pas taxés, ou peu taxés à l’étranger (taux inférieur à 13%). A ce titre, l’administration a ainsi prélevé un impôt sur les profits réalisés par les grandes sociétés technologiques hors des USA, y compris en Europe. Au total, l’administration fiscale américaine aurait récemment récupéré la somme considérable de 52 milliards d’euros sur les seuls Gafam.

Face aux importants bénéfices non imposés, l’UE envisage de taxer les profits des Gafam réalisés sur son territoire

Face à l’abus de montages de plus en plus sophistiqués des multinationales pour réduire le montant de leurs impôts, l’OCDE travaille actuellement à un dispositif permettant de localiser les profits dans les pays où elles ont une réelle activité et présence économique. Mais l’organisation doit faire face à des divergences importantes sur le régime de taxation des Gafam qui freinent la mise en place de nouvelles règles fiscales internationales qui ne pourront voir le jour, dans le meilleur des cas, qu’en 2020 et probablement au-delà.

La difficulté est liée à la complexité de l’économie de plus en plus numérisée mettant en œuvre de gros moyens au plan mondial, sans pour autant une présence physique notable sur le terrain. Ces entreprises se caractérisent aussi par une forte proportion d’actifs immatériels notamment les logiciels et les algorithmes de toute sorte générant des revenus tirés de la rémunération des utilisateurs, tel Facebook.

Face à la lenteur de mise en place d’un régime de taxation des profits mondiaux des entreprises technologiques, à l’initiative de la France, l’Union européenne a décidé de prendre le taureau par les cornes et de mettre en place un dispositif de taxation provisoire. L’annonce officielle le 22 mars 2018 de la directive européenne visant à taxer les géants du numérique (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft… mais aussi Twitter, Airbnb, Uber, Netflix…) a ainsi été faite par Pierre Moscovici, commissaire européen chargé des Affaires Economiques et Financières, de la Fiscalité et des Douanes au Conseil européen.

Pour M. Moscovici : « Aujourd’hui de nombreuses entreprises du numérique utilisent nos services publics sans pour autant payer leur juste part d’impôts, c’est inacceptable, c’est incompréhensible, ce n’est plus compris et accepté…. Il faut donc que les pays de l’Union européenne sécurisent les recettes fiscales qui proviennent de l’impôt sur les sociétés […] Si nous n’imposons pas les bénéfices issus du numérique ce sont les petites entreprises, les entreprises traditionnelles, et du coup les contribuables qui paieront plus d’impôt pour compenser ceux que les grandes entreprises du numérique qui ne paient pas. Ce n’est pas juste ».

L’Europe propose une taxation provisoire de 3% du chiffre d’affaires brut annuel

Actuellement, le taux moyen d’imposition des profits dans l’Union européenne pour la généralité des entreprises est estimé par la Commission à 23% contre quelques faibles pourcentages pour les multinationales du numérique, étant par ailleurs rappelé que la croissance moyenne des revenus des grandes entreprises du numérique est en moyenne de 14% contre moins de 1% pour les autres multinationales. Pour Pierre Moscovici : « La commission européenne souhaite mettre toutes les entreprises sur un pied d’égalité fiscale ; pour cela, elle s’assurera que les entreprises du numérique soient imposées de façon juste et effective ».

La Commission propose une réforme de fond prévoyant une taxation provisoire des entreprises du numérique réalisant plus de 7 millions d’euros de recettes annuelles dans un Etat membre, ou disposant de plus de 100 000 utilisateurs dans un d’entre eux, ou celles ayant conclu plus de 3 000 contrats commerciaux avec des utilisateurs au cours d’un exercice fiscal. La taxe se calculera sur le chiffre d’affaires brut annuel et concernera les entreprises du numérique réalisant au moins 750 millions d’euros de revenus au niveau mondial et 50 millions dans l’UE.

D’après les estimations, la Commission indique que sur la base d’un taux d’imposition de 3%, les Etats membres de l’Union pourraient ainsi encaisser plus de 5 milliards d’euros de recettes par an. Cette proposition est censée être transitoire, dans l’attente d’un accord au niveau international, notamment dans le cadre des négociations en cours avec l’OCDE.

Les propositions de la Commission saluées par les grands pays européens

Ces propositions ont été présentées au sommet européen du 23 mars dernier auquel participaient 28 chefs d’Etats de l’Union.

Dans un communiqué, la plupart des pays dont la France, Allemagne, Italie, Espagne et Royaume-Uni ont salué les propositions que la commission européenne. « Nous continuons à soutenir les travaux de l’UE en cours et espérons qu’ils permettront de lancer une forte dynamique de discussions au niveau du G20 et de l’OCDE, tout en fournissant en même temps le socle pour une action européenne coordonnée dans le but de mettre en adéquation l’imposition des bénéfices des entreprises hautement numérisées avec l’endroit où est créée la valeur…. Notre prochaine étape sera d’analyser en profondeur les détails de ces propositions. Nous attendons avec intérêt et appelons à des discussions constructives au sein du Conseil afin de parvenir à un accord aussi vite que possible. »

Cette proposition présente toutefois le risque de voir l’Europe s’opposer encore davantage aux Etats-Unis, dans un contexte déjà tendu. Raison pour laquelle Pierre Moscovici s’est empressé d’assurer qu’il « ne s’agit en aucun cas d’une mesure anti-américaine« .

Pour autant, l’instauration d’une telle taxe au sein de l’UE doit être validée sachant que celle-ci pourrait être bloquée par quelques Etats en vertu du principe d’unanimité qui est la règle en matière de fiscalité. Sa mise en œuvre devra en effet être validée par chacun des Etats. Si les grands pays de l’Union en sont de fervents partisans, d’autres pays comme l’Irlande, le Luxembourg et les Pays-Bas y sont moins favorables, sans parler des pays scandinaves se montrent réticents à affronter les États-Unis sur le sujet.

Au final, face à la complexité de sa mise en place, cette taxe européenne sur le chiffre d’affaires des GAFA pourrait n’être que l’affichage d’une belle intention destinée à rassurer l’opinion publique plutôt qu’une véritable solution à la sous-taxation des multinationales du numérique.

A suivre : Face à la domination des Gafam, si l’Union européenne se donnait enfin les moyens de créer elle aussi une véritable économie numérique basée sur l’intelligence artificielle où la protection des données personnelles des citoyens serait une réalité ?


Allemagne-France : Le retour en force de l’Union européenne

25 mars 2018

Depuis l’élection du président français Emmanuel Macron en mai 2017, l’Union européenne était aux abonnés absents en raison des élections en Allemagne, puis des interminables tractations de Mme Angela Merkel pour constituer une coalition en mesure de lui permettre de conduire un quatrième mandat de chancelière.

Non sans difficultés et après des tractations interminables et, au final, beaucoup de concessions à son partenaire du SPD, la chancelière a réussi à constituer son gouvernement pour une nouvelle mandature. Faisant une large place au SPD qui hérite de quelques ministères clefs comme des Finances (Olaf Scholz, vice chancelier), les affaires étrangères (Heiko Maas), le travail et les affaires sociales (Hubertus Heil), la Justice (Katarina Barley) ou l’environnement (Svenja Schulze), le nouveau gouvernement se veut très professionnel. De son côté, la CDU-CSU doit se contenter de la santé (Jens Spahn), de l’intérieur (Horst Seehofer), de l’éducation (Anja Karliczek), de l’agriculture (Julia Klöckner) ou de la défense (Ursula von der Leyen).

Même si elle sort quelque peu affaiblie des dernières élections, son nouveau gouvernement s’est énormément recentré et apparaît comme le plus européen que l’Allemagne ait connu depuis longtemps. Il ne reste plus à espérer que rapidement le président français et la chancelière auront à cœur de se concentrer sur la relance de l’Union européenne et préparer activement les prochaines élections européennes qui doivent être l’occasion d’un nouveau cap après quelques décennies de stagnation.

D’ailleurs, une fois de plus, Angela Merkel n’a pas manqué de réserver sa première visite à l’étranger à la France, le 16 mars dernier, pour une longue séance de travail à l’Elysée. Les sujets brûlants sont nombreux et doivent trouver des solutions rapidement : flux migratoire, défense, guerre commerciale, tensions politiques en Russie, Syrie, Corée du nord… Toute cela dans le contexte actuel du Brexit qui traîne en longueur et la montée du populisme en Europe.

Il y a quelques mois, elle avait reconnu publiquement : « Nous sommes bousculés, l’audace est notre seule réponse pour sortir l’Europe de la crise actuelle ».

Durant ces longs mois, nul doute que l’européen Emmanuel Macron a fourbi ses armes et préparé ses arguments pour convaincre l’Allemagne de l’urgente nécessité d’un nouveau départ pour l’Europe. Tout semble prêt pour lancer la bataille aux côtés de la nouvelle coalition allemande qui affiche d’ailleurs un slogan : « Un nouveau départ pour l’Europe » qui a le mérite de la clarté.

C’est donc sur un difficile et mouvementé chemin que vont s’engager Berlin et Paris dans les prochains mois. Le ministre français de l’économie et des finances a d’ailleurs déclaré la veille de la rencontre du président et de la chancelière : « L’objectif est de parvenir à une feuille de route globale franco-allemande…, avant le conseil européen de juin prochain. » Et de poursuivre : « Nous sommes tout prêt à parvenir à des accords, même s’il subsiste des difficultés techniques… »

Pour conclure leur récente entrevue, Emmanuel Macron a proposé à Angela Merkel de mettre rapidement en place une « feuille de route claire et ambitieuse d’ici juin prochain » en vue de refonder l’Europe. D’ici là, les européens auront eu l’occasion d’affiner les arguments et gommer leurs différences au cours du sommet des chefs d’Etat de la zone euro, puis de la réunion de l’Eurogroupe et du Conseil Ecofin de mai.

Malgré les difficultés à surmonter, la chancelière s’est cependant voulue rassurante : « Mon gouvernement est prêt à travailler main dans la main avec le gouvernement français » pour construire une nouvelle ambition pour les européens.