France : dans une conférence de presse figée et sans consistance, Hollande persiste à entretenir le flou

28 mai 2013

La deuxième conférence de presse de François Hollande du 16 mai dernier a trainé en longueur et n’a finalement accouché d’aucune annonce concrète, ni engagement précis sur la mise en œuvre des réformes structurelles exigées par la Commission européenne. Une conférence de presse fleuve qui n’était pas sans rappeler les discours interminables et sans consistance d’un certain Fidel Castro !

Au travers de cette conférence d’un autre âge, on a eu l’impression de retrouver le François Hollande tel qu’il était alors qu’il dirigeait encore le Parti socialiste. Un long monologue pour disserter sur les défis vrais ou faux à relever, beaucoup d’autosatisfaction et l’utilisation du « je » à tout propos comme pour tenter de dissiper l’impression de cacophonie et d’absence de véritable autorité à la tête de l’Etat. Pas sûr qu’il ait réellement réussi à convaincre qu’il était déterminé à endosser les habits de président de la République, c’est-à-dire à décider et mener à termes les réformes qui s’imposent au pays.

L’observateur indépendant ne peut que regretter le manque de détermination du chef de l’Etat, l’absence de véritables décisions et de calendrier concernant les réformes et plus généralement le défaut de toute perspective et de cap pour les années à venir. A cela, il faut ajouter le fait qu’il ne s’est pas réellement engagé à limiter les augmentations d’impôts pour les années à venir, alors qu’il est établi que les salaires et les pensions vont baisser et même que certaines prestations sociales et de santé publique pourraient être revues à la baisse. Dans ce contexte, difficile pour les français de retrouver le moral et d’envisager sereinement l’avenir.

Du côté des entreprises qui sont le moteur de l’économie, si quelques gestes ont été fait pour rassurer et effacer les erreurs des deniers mois, rien n’est acquis d’autant qu’il subsiste une grande incertitude sur la fiscalité des entreprises pour les années à venir. Entreprendre dans ces conditions, alors que de nombreuses entreprises sont déjà en grande difficulté du fait d’une chute de la consommation et une concurrence exacerbée, et donc des marges au plus bas, constitue un véritable frein au développement et à la croissance. Au moment où la confiance des chefs d’entreprises en l’avenir fait défaut, on attend en vain quelques signes positifs du gouvernement socialiste. Viendront-ils ?

On peut en douter alors que le président a confirmé le statut-quo gouvernemental. Alors que tout le monde reconnaît que ce gouvernement comporte trop de ministres et souffre de nombreux conflits ministériels (notamment aux finances qui regroupent pas moins de 7 ministres) et plus généralement de l’absence de véritable gouvernance, il n’y aura pas de remaniement ministériel avant de longs mois. Alors que les français sont lassés par l’inaction du président et de son gouvernement sur les sujets majeurs, le changement ne viendra pas de ce côté-là. L’immobilisme reste une marque de fabrique de Hollande.

S’agissant des indispensables réformes structurelles imposées par Bruxelles, on n’en sait pas davantage. Hollande qui n’hésite pas à affirmer qu’il n’est pas responsable du présent, (un peu facile !)affirme que c’est l’Europe qui devrait permettre à la France de rétablir ses comptes et la croissance. Pour ce faire, il propose une plus grande intégration et un gouvernement économique européen, mesures qu’il avait critiqué sous le précédent mandat. La France ne pourra retrouver son équilibre budgétaire et la croissance que par des propres réformes internes, comme l’on fait ces dernières années l’Allemagne et plus récemment les pays de l’Europe du sud.

M. Hollande va devoir sortir du flou actuel et engager les réformes exigées, plutôt que de vouloir faire supporter à l’Europe la responsabilité de la situation actuelle, tout en comptant sur elle pour rétablir les équilibres de la France. Ce n’est pas en tentant de repasser la patate chaude à l’Europe qui va faire avancer les choses.

Allez, un peu de courage M. Hollande mais vite car il y urgence à agir pour la France !

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France : Hollande prêt à brader les actifs du pays plutôt que de s’engager dans les réformes indispensables

20 mai 2013

A la surprise générale, François Hollande vient de décider de relancer le programme de privatisations partielles de sociétés d’Etat, côtées ou non, en vue de financer un futur programme d’investissement. Nul doute que cette décision ne manquera pas de heurter son aile gauche qui conteste aujourd’hui fortement sa politique.

Bien étrange décision alors qu’il y a quelques semaines, le chef de l’Etat avait arbitré le conflit entre Pierre Moscovici, ministre de l’économie et Arnaud Montebourg, ministre de l’industrie, au profit de ce dernier concernant le projet de cession de DailyMotion, filiale de France-Télécom. Bien qu’actionnaire minoritaire de France-Télécom, Montebourg s’était opposé à une prise de participation majoritaire de Yahoo (entreprise américaine) dans la start-up française, filiale de l’opérateur téléphonique français.

Au cas particulier, Stéphane Richard, le patron de France-Télécom, a du monter au créneau pour dénoncer l’intervention de l’Etat dans une entreprises privée (Dailymotion est filiale à 100 de France-Télécom et non de l’Etat) , alors même que lui-même et les dirigeants de Dailymotion étaient parvenus à un accord jugé équilibré avec Yahoo pour le développement de Dailymotion à long terme, prévoyant notamment une entrée en force de la start-up sur le marché américain, jugée indispensable à son développement ainsi que la création d’un centre de recherche commun en France. Pas sûr que l’intervention désastreuse de l’Etat sur ce dossier ne nuise pas au développement de Dailymotion.

Comment ne pas se réjouir que l’Etat, qui est par nature un bien piètre actionnaire et gestionnaire, souhaite s’engager dans une politique de privatisation des entreprises publiques. Par contre, dans cette hypothèse, on comprend moins qu’il veuille continuer à s’immiscer dans la gestion des entreprises, y compris lorsqu’elles sont privées ?

Dans une perspective d’efficacité et de développement, la privatisation de la plupart des entreprises encore entre les mains de l’Etat va dans le bon sens. Pour autant, de nombreuses questions se posent sur les modalités et le timing choisi par l’Etat. En effet, si Hollande a décidé de céder un certain nombre d’actifs publics, c’est d’abord parce que la crise budgétaire actuelle l’y oblige et non par conviction. Pour preuve, ces dernières semaines, l’Etat a déjà discrètement vendu une partie de ses participations dans SAFRAN et EADS pour faire rentrer quelques millions d’euros dans le budget de l’Etat.

La valeur en mai 2013 du portefeuille des entreprises d’Etat cotées est évaluée à seulement un peu plus de 60 milliards d’euros.

Le problème, c’est que le moment est malvenu pour céder les actifs de l’Etat pour plusieurs raisons. D’une part, la valorisation boursière des principales participations de l’Etat (EDF, EADS, GDF-Suez, Renault, France-Télécom, Safran, ADP, Air-France… ) est particulièrement faible eu égard aux cours en vigueur au moment de leur introduction sur le marché, et d ‘autre part, le fait d’annoncer publiquement un important programme de privatisation pèse considérablement sur le cours de ces entreprises en le faisant baisser encore plus. Bien étrange manière de procéder si l’on souhaite préserver les intérêts financiers de l’Etat !

Dans ce contexte, les français sont en droit de s’interroger de savoir s’il n’y a pas là une forme de bradage du patrimoine de l’Etat. On se rappelle que cet argument avait été largement utilisé par la gauche dans les années 1986 lorsque le gouvernement Chirac avait lancé son programme de privatisations, alors même que les prix de cession étaient sensiblement supérieurs aux valorisations antérieures. En ces temps difficiles pour les finances publiques et pour de nombreux français, est-il acceptable de voir l’Etat brader ses actifs pour récolter ici et là quelques petits milliards d’euros seulement alors que la valeur de ces entreprises représentait au plus haut de leur cotation, plusieurs centaines de milliards d’euros ?

Avec une dette en forte augmentation qui dépasse aujourd’hui prés de 94% du PIB (et qui pourrait atteindre les 100% en 2014), on peut légitimement se demander s’il ne serait pas préférable de consacrer les recettes de ces cessions d’actifs à la réduction de la dette afin d’atténuer ainsi sensiblement notre exposition ?

En toute hypothèse, avec ou sans cession d’actifs, la France ne pourra échapper à des mesures drastiques de réduction de ses déficits publics et faire l’économie de profondes réformes de structures exigées par la Commision européenne.


France : moins d’un an après l’élection de Hollande, les déficits publics explosent et l’image du pays se dégrade fortement

13 mai 2013

Selon la Commission européenne, les déficits publics de la France devraient atteindre 3.9% du PIB en 2013 et 4.2% en 2014, bien loin des objectifs fixés par l’Union européenne d’un maximum de 3% du PIB en 2013. Pendant ce temps, les déficits publics de l’Allemagne, le bon élève de l’Europe, devraient être proche de 0% à la fin de l’année 2013.

Ce manque de convergence des finances publiques en Europe, notamment au sein des grands pays de l’UE, n’a jamais été aussi important et ne s’explique pas uniquement, comme voudraient le laisser croire certains, par la faible croissance (le taux de croissance de l’économie allemande ne sera que de 0.3.% en 2013 contre -0.1% en France) ou d’un héritage passé (rappelons qu’en dépit de l’importance de la crise, Nicolas Sarkozy avait considérable réduit les déficits de 6.8% du PIB en 2009 à 4.5% en 2011, avec un objectif de 3.5% en 2012 au lieu des 4.8% obtenus).

En dépit de la grave crise de 2008, à fin 2011, Nicolas Sarkozy avait ramené les déficits à un niveau raisonnable, permettant de respecter le seuil maximum de 3% dés 2012 et ce en dépit d’une croissance très modeste, grâce à une bonne maitrise des dépenses publiques. D’ailleurs, à fin 2001, la France était en ligne avec la plupart des pays de l’Europe du nord et de l’Allemagne, même si la réduction était moins marquée. Force est de constater que cette évolution favorable des dépenses publiques a été remise en cause par l’arrivée de la gauche au pouvoir en mai 2012.  Cette situation traduit un réel manque de volonté politique de s’attaquer à la cause réelle des déficits publics qu’est le niveau très élevé et non maitrisé des dépenses publiques.

Face à la dérive des finances publiques en France en 2012 et 2013, la Commission européenne a finalement lâché du lest, en dépit du principe de rigueur imposé par les pays de l’Europe du nord. Au final, la France, qui s’avère incapable de tenir ses engagements de réduction des déficits pour 2013 et 2014, se voit accordée un délai supplémentaire de deux ans pour rentrer dans les clous, c’est-à-dire ramener ses déficits de moins de 3% du PIB au plus tard en 2015.

Une évolution qui n’est pas du goût de tous les allemands, y compris du ministre des Finances,Wolfgang Schäuble, qui s’inquiète publiquement des dérives budgétaires françaises et du manque de détermination à s’attaquer à la réduction des dépenses publiques de l’autre côté du Rhin.  D’autres vont plus loin et ne cachent pas : « C’est un mauvais signal donné … ; allonger les délais, c’est simplement dire continuez comme cela ». En d’autres termes, on verra bien plus tard ! N’est-ce pas là un moyen d’encourager le laxisme en France et au sein de l’Europe du sud, pays qui ont toujours beaucoup de mal à mettre en œuvre des programmes durables de réduction des dépenses publiques ?

De source européenne, au travers de cet assouplissement : « Il n’est pas question d’accorder ce délai sans engagement fort de la France …. Pour Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques : « Il faut que la France dévoile rapidement des mesures précises de réformes structurellesau moins aussi important que la poursuite de l’assainissement budgétaire ».

Pour être clair, au risque de déplaire à l’aile gauche du PS, la France n’en est qu’au début de la rigueur qui devrait se faire sentir rapidement. Pour François Hollande : « Ce serait une vue de l’esprit d’imaginer que la France puisse se dispenser du sérieux budgétaire indispensable. Quelle que soit la liberté que nous donne l’Europe, nous nous sommes fixé un objectif : que la dépense publique n’augmente pas d’une année sur l’autre ».

Rappelons que le niveau de dépenses publiques de la France atteint un record en 2013, soit 57.20% du PIB, le taux le plus élevé de toute l’Union européenne. Pour 2014, ce taux devrait encore sensible croître ; ce qui fait apparaître la France comme le mauvais élève de l’Europe qui s’obstine, seule contre tous les pays de l’Union, à se refuser à engager un véritable programme de réduction des dépenses et mettre en œuvre les réformes de structures qui s’imposent.

Espérons que les bonnes intentions affichées par Hollande et son gouvernement ne sont pas une nouvelle fois des paroles en l’air et que la France va enfin réduire durablement ses dépenses publiques, et pas que dans l’armée. Car à terme, avec une dette qui dépasse mi 2013 les 92% du PIB, contre 85.6% à fin 2011, celle-ci pourrait exploser rapidement et vite devenir insupportable pour le pays. Plus vite la France sera vertueuse, plus vite la dette sera maitrisée et la croissance et l’emploi seront au rendez-vous. Allez, un peu de courage M. Hollande !