Aveyron : les grands chantiers routiers du Conseil général

14 décembre 2010

Le Conseil général investit-il trop ? Certains élus de l’opposition de gauche au Conseil général de l’Aveyron le laissent entendre ces  derniers temps.

Il est vrai que depuis son élection à la présidence du Conseil général en 1988, Jean-Claude Luche a sensiblement accéléré les investissements routiers, à tel point que le département de l’Aveyron avait rarement connu des travaux d’une telle ampleur en même temps. Ces chantiers visent, d’une part, à accélérer la mise à niveau le réseau départemental qui avait pris quelques retards ces dernières années et, d’autre part, à soutenir plus largement l’économie du département gravement touchée par la crise. Les sommes investies en matière d’infrastructures routières par le Conseil général de l’Aveyron depuis 2009 sont conséquentes et bénéficient largement aux entreprise de travaux publics de la région. Ces investissements représentent 71 millions d’euros pour la seule année 2010 (source CG12).

De ce point de vue, difficile de critiquer le choix fait d’accentuer les investissements routiers dans un département qui en a bien besoin, investissements qui ont d’ores et déjà un impact économique positif. Par ailleurs, les chantiers retenus répondent à des besoins bien identifiés et incontestables et sont équitablement répartis sur l’ensemble du département.

Petit tour d’horizon des principaux grands chantiers en cours, financés par le Conseil général depuis 2008 :

  • Déviation de Pont-de-Salars (RD 911), longueur 5 km, 23 millions euros, mise en service printemps 2011
  • Déviation de Viviez (RD 840), longueur 2 km, 3.5 millions d’euros, mise en service novembre 2010
  • Réaménagement complet de la côte de Millau à St Germain vers l’A75 (RD 911), longueur 3 km, 6 millions d’euros, mise en service début 2011
  • Déviation de Curlande (RD 988), longueur 6 km, 15 millions d’euros, mise en service printemps 2012
  • Mise à 2 x 2 voies de la RN 88 entre le viaduc du Viaur et Luc (financement à hauteur de 23% par CG12), longueur totale 28 km, 50 millions d’euros, mise en service 2013 (tronçon viaduc Viaur / La Mothe) et 2015 (tronçon La Mothe / Luc)

Grands travaux routiers prévus ou en projets pour les années à venir :

  • Déviation d’Espalion (RD920) 5 km, début des travaux en 2012
  • Déviation de Lanuéjouls (RD1) 6 km, en projet (2014 ?)

Compte-tenu du cofinancement de la RN88 à 2 x 2 voies par le Conseil général à hauteur de 50 millions d’euros, les autres grands chantiers à venir risquent fortement d’être impactés, à l’instar de la déviation de Lanuéjouls (RD1) dont le coût est estimé à prés de 30 millions d’euros. En dépit du haut niveau d’investissements maintenu par le Conseil général en 2010, il paraît cependant difficile pour le département de financer à la fois la mise aux normes autoroutières de la RN88 et les autres importants travaux. Ceci sera d’autant plus vrai si le Conseil général devait également participer au financement du dernier tronçon de la RN 88 à 2 x 2 voies entre Lioujas et Séverac-le-Château (40 km). Les marges de manœuvres en matière d’investissements routiers risquent donc d’être limitées pour les années à venir. Pour autant, le Conseil général a-t-il le choix s’il veut faire sauter le verrou que constitue l’enclavement routier actuel du département ?

Ces grands travaux routiers sont en effet indispensables au développement du département et c’est probablement le prix à payer si l’on veut réaliser rapidement le désenclavement tant attendu.  Malgré le coût élevé des investissements, le Conseil général reste donc dans son rôle d’aménageur public  en participant à la construction des infrastructures vitales.  Ceux qui contestent aujourd’hui la priorité données à ces investissements routiers, trop longtemps différés, seraient mieux inspirés à y regarder de plus prés.

Difficile pour les aveyronnais, soucieux de l’avenir de leur territoire trop longtemps resté à l’écart des grands axes de communication, de contester les choix audacieux faits par le Conseil général dans ce domaine.

Publicités

WikiLeaks : information et transparence ou manipulation médiatique ?

9 décembre 2010

Selon le site de WikiLeaks, depuis le 28 novembre 2010, celui-ci a commencé à publier 251.287 mémos diplomatiques résultant de fuites en provenance de diverses ambassades des États-Unis. Il s’agirait du plus grand ensemble de documents confidentiels jamais rendus publics qui devrait donner aux habitants du monde entier un aperçu des activités du gouvernement américain à l’étranger.

Une semaine après leur mise en ligne, les documents diplomatiques révélés par WikiLeaks continuent d’agiter le landerneau politico-médiatique. Si les précédentes fuites orchestrées par Julian Assange avaient été vite circonscrites, cette nouvelle série de publications semble vouloir durer dans le temps. En choisissant de distiller la publication des mémos en sa possession, le site tente de s’imposer comme une source d’information incontournable et dicter ainsi son propre rythme à la presse traditionnelle. Sous couvert de prétendue transparence, ne s’agit-il pas  d’une forme de manipulation de l’information ?

Les documents publiés à ce jour, ne dépassent pas le millier sur un total de plus de 250 000. Ils auraient été préalablement étudiés et vérifiés par une équipe de journalistes d’investigation appartenant aux journaux partenaires (le Guardian, le New York Times, Der Spiegel, Le Monde et El Pais). A cet égard, Julian Assange, fondateur et animateur de WikiLeaks, affirme que ce sont ces mêmes rédactions qui choisissent les informations qu’elles publient ou non.  Serait-ce donc aux journalistes de protéger les secrets d’Etats ?

Quant-à la transparence absolue proclamée par WikiLeaks, elle est loin d’être établie : filtrage des mémos publiés, publication restreinte d’un nombre limité de documents, mise en ligne via une interface inaccessible au grand public, impossibilité de vérifier l’origine précise et l’authenticité des documents… Au passage, ceux qui s’étaient enflammés contre WikiLeaks ne sont-ils pas aujourd’hui les mêmes qui avouent que les dernières révélations diplomatiques n’apprennent finalement rien de nouveau ?

Fallait-il publier ces documents internes à la diplomatie américaine alors qu’ils ont été volés ? Les journaux partenaires ne se sont-ils pas rendus coupables de recel ? En diffusant ces documents secrets volés dont certains pourraient s’avérer dangereux pour diverses personnes impliquées, voire pour la sécurité de certains Etats, la presse ne va-t-elle pas trop loin en profitant de la liberté d’expression et d’information qui fait la force des grandes démocraties ? Plus simplement, WikiLeaks par sa volatilité née de la multitude de ses serveurs à travers le monde,  n’a-t-il pas organisé lui-même une véritable machine à faire du buzz ?

Les documents publiés ont-ils une utilité ? On peut en douter au jour d’aujourd’hui. En effet, en y regardant de plus près, force est de constater que la plupart des articles publiés, souvent rédigés par des spécialistes du domaine de l’information, ne font finalement que confirmer des informations que la presse connaissait déjà plus ou moins. Au final, bon nombre de ces documents ne semblent pas avoir grand intérêt politique ou stratégique, si ce n’est pour la presse en mal d’audience, de trouver là le moyen distiller auprès du grand public certains détails parfois croustillants. Tout çà pour çà ?

Beaucoup de questions demeurent sans réponse. Qui alimente WikiLeaks en documents diplomatiques américains et dans quels buts ? Cette volonté de distiller les documents au compte goutte et de créer le buzz permanent ne participe-t-elle pas à une forme d’instrumentalisation de l’information, voire à la désinformation ? Au service de qui travaille WikiLeaks ? Pourquoi s’acharner à divulguer des informations confidentielles d’une grande nation libre, où il demeure très facile de percer les secrets d’Etat, plutôt que celles émanent de nations non démocratiques et autres dictatures qui menacent quotidiennement la sécurité et notre propre liberté à travers le monde ? Qui manipule qui ?

Loin de la transparence affichée et de la liberté d’information, WikiLeaks relève davantage de la manipulation et de l’affairisme médiatique.

En attendant, le fondateur du site, Julian Assange est accusé d’agressions sexuelles en Suède. Il s’est rendu à la Police britannique ce mardi 07 décembre, avant d’être placé en détention provisoire, le temps pour la justice britannique de se prononcer sur la demande d’extradition émise par les autorités suédoises.


Aveyron : alors que les zones d’ombres ADSL régressent dans le département, dans l’agglomération du Grand Rodez, on rame toujours… (2)

6 décembre 2010

Le Conseil général de l’Aveyron va investir dans une série de 27 nouveaux NRA-ZO en 2011 pour améliorer la couverture ADSL des campagnes les plus reculées. Pour autant, au terme de cette dernière opération, pour des raisons techniques et financières, il subsistera quelques 3% d’abonnés exclus de cette technologie.

Pour les lignes non éligibles à l’ADSL, deux alternatives s’offrent pour bénéficier des hauts-débits : la technologie Wimax, pour les populations localisées à proximité d’un des 85 émetteurs installés en Aveyron et, plus certainement, le satellite. Plusieurs offres d’accès aux hauts débits via satellite sont aujourd’hui disponibles. Ces dernières sont fiables et performantes et devraient prochainement proposer des offres du type triple-play (accés internet, téléphone illimité et TV) pour un prix très proche de l’ADSL. Manifestement, cette dernière solution paraît aujourd’hui la mieux adaptée (coût/performances) pour proposer le haut-débit aux populations éparses, situées en zones de montagne.

Après la suppression des principales zones d’ombre ADSL avec la technologie NRA-ZO (cf article précédent), le Conseil général de l’Aveyron souhaite se lancer dans la couverture du département en très hauts débits, cette fois-ci. Il planche actuellement sur un schéma directeur qui devrait être présenté à la mi-2011 afin de savoir dans quelles conditions et dans quels délais le très haut débit, via un réseau en fibre optique, pourrait être déployé sur le département. Il va sans dire qu’en raison du coût très élevé du déploiement d’un réseau en fibre optique (plus de 300 millions d’euros pour tout le département) et de la faible densité de population, seuls les principaux bourgs et villes du département pourront, de toute façon, être dotés du très haut débit. A suivre !

Indiscutablement, force est de reconnaître que le département de l’Aveyron, à fin 2010, a largement résorbé la fracture numérique, grâce notamment à la technologie NRA-ZO et ce, en dépit de l’étendue du  département et d’une population très éparse.  Cette technologie a également permis d’améliorer sensiblement la réception (atténuation du taux d’affaiblissement) de nombreux abonnés jusque là trop éloignés des NRA classiques pour recevoir l’ADSL dans de bonnes conditions.

Si l’on peut aujourd’hui se réjouir de la bonne couverture hauts-débits du département, celle-ci contraste singulièrement avec la médiocrité de celle de l’agglomération du Grand Rodez. En effet, en dépit de zones fortement urbanisées, à fin 2010, bon nombre d’abonnés de l’agglomération ne peuvent toujours pas  bénéficier d’offres triple-play en raison d’un débit très faible, lié à l’éloignement du NRA (Nœud de raccordement d’abonnés). C’est notamment le cas de nombreux habitants des communes de Luc-La Primaube et d’Olemps, desservis par le NRA Forveille qui comporte pourtant prés de 10 000 abonnés. C’est aussi le cas d’habitants des communes de Druelle, Onet-le-Château et Sainte Radegonde. Trop souvent les populations de ces communes ne bénéficient que d’un faible débit de l’ordre de 1 à 2 Mbits/s ne permettant pas de recevoir la TV par ADSL. Cette situation est difficilement compréhensible dans une agglomération comme le Grand Rodez aujourd’hui.

En 2010, la plupart des abonnés ADSL en Aveyron, y compris ceux situés en zone rurale, bénéficient d’un accès de meilleure qualité que certains abonnés situés au cœur de l’agglomération du Grand Rodez. A l’instar du Conseil général, le temps n’est-il pas venu pour les élus de l’agglomération de Rodez de mettre fin à ces zones d’ombres ADSL ? Pourquoi avoir investi dans la couverture de l’agglomération en très hauts débits (réseau en fibre optique) destiné aux professionnels, si l’investissement ne doit finalement profiter qu’à quelques entreprises alors qu’une part importante de la population n’est toujours pas éligible aux offres triple-play et doit se contenter de débits proches du bas débit ? Où sont la rentabilité et la cohérence des choix opérés par l’agglomération ?

Voici plus d’un an, la communauté d’agglomération d’Albi avait pris une longueur d’avance en investissant elle aussi dans la technologie NRA-ZO afin de permettre à tous les habitants des communes qui la compose d’être éligibles à une offre triple-play. C’est aujourd’hui chose faite à Albi. Manifestement, du côté de Rodez, on rame encore comme il y a 10 ans du fait de l’incapacité des élus de l’agglomération à anticiper et préparer l’avenir. Pour les grands ruthénois, le temps est venu de ne plus attendre …

Plus d’infos :


France : augmenter le prix de l’électricité pour assurer le développement d’EDF (2)

3 décembre 2010

Pendant de longues décennies, à la fois pour des raisons bassement électoralistes et du fait de leur dépendance envers les lobbies de l’industrie nucléaire, les gouvernements français successifs se sont refusés à autoriser une augmentation des tarifs de l’électricité qui soit en rapport avec la réalité des coûts de production et des investissements à financer, comme cela a été le cas dans les pays européens voisins. Privée de marge de manœuvres financières, depuis plusieurs années, EDF réclame des augmentations substantielles de ses tarifs pour faire face à ses énormes besoins. Finalement, il y a quelques mois, le gouvernement a retenu une position intermédiaire courageuse, permettant à l’entreprise d’améliorer sensiblement sa situation financière, tout en limitant l’impact financier sur les particuliers (+3%) et les entreprises (+5% en moyenne). Mais ce n’est qu’un début car cela ne suffira pas !

En 2010, le prix de l’électricité en France demeure de l’ordre de 25% moins élevé que dans la plupart des pays d’Europe, notamment de l’Allemagne. Les bas tarifs imposés par l’Etat à EDF, ont conduit l’entreprise publique à une asphyxie financière progressive qui la met aujourd’hui en difficulté pour financer ses importants investissements (rallongement de la durée de vie des centrales, frais de démantèlement, diversification dans les énergies renouvelables, modernisation du réseau de distribution…).

L’opérateur historique doit en outre  faire face à la concurrence qui s’installe progressivement sur le marché européen de l’électricité avec des groupes ambitieux : GDF-Suez, E.ON, Enel, RWE, Iberdrola… Même si EDF reste encore le premier producteur d’électricité au monde, les cartes sont en train d’être redistribuées avec la libération du marché européen, à l’instar de GDF-Suez qui est dorénavant le deuxième producteur d’électricité mondial après la récente acquisition d’International Power.

Pour permettre à EDF d’affronter la concurrence, les pouvoirs-publics n’ont d’autre choix que de poursuivre les augmentations de tarifs afin de lui permettre de retrouver rapidement des prix de vente en rapport avec ses coûts de production et ceux du marché. Au moment où les finances de l’Etat sont au plus mal, c’est le seul moyen d’assurer l’avenir d’EDF et lui permettre retrouver un haut niveau d’investissement nécessaire à la modernisation ses installations, de leur sécurisation et la diversification des moyens de production. C’est aussi le moyen de conforter et de développer toute une industrie qui gravite autour des énergies renouvelables et favoriser l’emploi dans cette filière, comme ont très bien su le faire nos amis allemands. Les contribuables et consommateurs français ne peuvent qu’être « reconnaissant » au lobby du nucléaire car c’est grâce à eux qu’ils vont aujourd’hui devoir payer une addition qui risque d’être salée.

Tout compte fait, n’est-ce pas au seul consommateur de payer l’électricité qu’il consomme à son coût réel et non au contribuable ? Ces augmentations du prix de l’électricité seront aussi l’occasion de sensibiliser  chacun au coût de l’énergie, à sa rareté et à la nécessité de l’économiser. Le consommateur a encore de larges marges de manœuvres pour réduire sa consommation et donc sa facture. Le monde change et il est plus que jamais nécessaire que l’industrie française s’adapte et investisse massivement dans les énergies renouvelables, sous peine de disparaître. Parmi les grands pays européens, avec des énergies renouvelables représentant moins de 8% de sa production, la France est aujourd’hui à la traine et risque de peiner à atteindre l’objectif de 20% fixé en 2020 par l’Union européenne.

Outre les énergies solaires et éoliennes, la France n’a d’autre choix que de moderniser ses installations hydroélectriques existantes. Gageons que le prochain renouvellement d’un certain nombre de concessions pour l’exploitation d’équipements hydroélectriques devrait permettre de dynamiser la production d’énergie propre et renouvelable, jusque là quelque peu délaissée par l’exploitant public. Car si l’énergie nucléaire restera incontournable en France durant de longues années, seules les énergies renouvelables permettront de satisfaire les besoins actuels et futurs, tout en préservant notre environnement et en réduisant notre dépendance énergétique.