Diesel contre essence : démêler le vrai du faux

10 décembre 2018

Pendant des décennies, la France a favorisé les motorisations diesel en réduisant les taxes qu’elles supportaient par rapport aux autres carburants ; ce qui a encouragé les consommateurs à rouler en véhicules diesel. Cette différence est enfin en voie d’être gommée ces dernières années en raison de l’augmentation progressive des taxes sur le gazole.

Ce qui le ramène aujourd’hui son prix au niveau de celui des autres carburants. Cette évolution n’a rien d’anormal en soi, sachant que le gazole reste un véritable fléau en matière de santé publique, notamment du fait des véhicules anciens qui rejettent d’importantes de particules fines. Ces polluants très nocifs pour la santé sont à l’origine de près de 48 000 morts par an en France.

Les nouveaux moteurs diesel et essence

Depuis maintenant plus de 12 ans, à l’initiative du groupe PSA qui a été le pionnier en matière de filtre à particules (celui-ci élimine une grande partie des particules liées à la combustion du gazole), les véhicules diesels récents sont devenus beaucoup moins nocifs pour la santé, même si des particules les plus fines passent au travers. La généralisation du filtre à particule, qui a été rendu obligatoire pour les véhicules diesels dès 2009, a largement contribué à réduire la nocivité des véhicules diesel récents.

La polémique sur le diesel a pris de l’ampleur avec l’affaire du « dieselgate » en 2015. Il a ainsi été établi que nombre de constructeurs avaient mis en place des logiciels destinés à minimiser l’importance des rejets de polluants, notamment les grands constructeurs allemands dont les gros véhicules sont équipés de motorisations diesel. Ce qui a très largement participé à la campagne contre les véhicules diesels en Europe et à travers le monde. La perte de confiance des consommateurs a fait le reste.

Peu à peu, un nombre de plus en plus important d’automobilistes, aidés par l’augmentation des taxes sur le gazole, se sont progressivement tournés vers d’autres motorisations et notamment l’essence à injection directe. A tel point qu’à fin 2018, en France, les ventes de véhicules diesel ont chuté à environ 35% de part de marché contre plus de 70% il y a encore quelques années.

Face à la rapidité de ces changements de consommation, c’est l’ensemble de l’industrie automobile européenne et leurs sous-traitants qui sont aujourd’hui dans l’œil du cyclone et doivent se reconvertir au pas de charge, sous peine de disparaître. Qui aurait pu croire à une si rapide chute des motorisations diesel il y a encore 5 ans ?

L’agglomération de Rodez, qui accueille depuis 50 ans la plus importante unité de production française de Robert Bosch GmbH, spécialisée dans les systèmes d’injection diésel, doit aujourd’hui envisager sa nécessaire reconversion pour faire face à la chute des commandes.

Le « dieselgate » a accentué ces brusques changements et constitue un important défi à relever pour ces entreprises avec des dizaines de milliers d’emplois à la clef.

Les moteurs diesel récents pollueraient sensiblement moins que les moteurs essence à injection directe

Les inconvénients des motorisations diesels concernent principalement les véhicules anciens, de plus d’une douzaine d’année, qui ne disposent pas de filtre à particules. Le principe de précaution aurait voulu que l’on élimine progressivement ces véhicules très nocifs pour la santé et qui ont pour défaut d’avoir une durée de vie très longue. Afin d’accélérer la fin de vie de ces véhicules, le gouvernement propose des primes non négligeables pour la reprise de ces véhicules moyennant l’achat d’un petit véhicule peu polluant. Un premier pas salutaire mais un peu tardif sur un plan de la santé publique.

Aujourd’hui c’est l’ensemble de la filière diesel qui est pénalisée. Pourtant, les diesels sortis ces dernières années des chaînes de fabrication et notamment depuis 2009, sont nettement moins polluants que les anciens diesels en ce qui concerne le rejet de particules fines, avec la mise en œuvre des normes Euro 5 et aujourd’hui Euro 6. Ils émettent en effet beaucoup moins de particules, même s’il subsiste quelques-unes des plus fines et dangereuses, que la plupart des véhicules essence actuels, équipés de systèmes à injection directe (IDE).

Par ailleurs, pour être équitable, il est rappelé que tout véhicule terrestre, quelle que soit sa motorisation, émet nécessairement des particules autres que celles liées à l’échappement. C’est le cas des systèmes de freinage (abrasion des freins) et des pneumatiques lors du contact avec la chaussée, y compris les véhicules équipés de moteurs non thermiques.

Non seulement les véhicules diesels les plus récents (de moins de 10 ans) semblent avoir une empreinte polluante généralement moindre que les véhicules à essence à injection directe (IDE), mais depuis toujours, ils ont l’avantage d’émettre nettement moins de CO2 (15% à 20% de moins).

Est-ce qui explique que pour la première en 2017, les émissions moyennes de CO2 des véhicules neufs en France ont augmenté sensiblement ?

Le diesel bashing n’a en rien fait diminuer les émissions de CO2, ni aidé à préparer la transition écologique

Si le diesel bashing a largement modifié les habitudes des consommateurs, pour autant, il est bien difficile d’en mesurer les effets bénéfiques en matière de santé et d’émission de CO2.

Comment ne pas s’interroger sur la gouvernance de ces 10 dernières années, tant au niveau des pouvoirs-publics que des industriels de l’automobile européenne qui se sont avérés incapables de défendre leur industrie la plus importante et performante en termes d’emplois et de commerce international, alors même que l’on sait aujourd’hui que les moteurs diesel récents ne sont pas pire que les moteurs essence (IDE).

En attendant des avancées sur l’hybride et surtout l’électrique et l’hydrogène qui ne seront pas compétitifs avant un bon moment, pourquoi ne pas avoir soutenu durant une période transitoire les avancées sur les nouveaux diesels, moins émetteurs de CO2 mais aussi de rejets nocifs pour la santé que les nouveaux véhicules essence de type IDE ?

Paradoxe de cette affaire, après avoir investi massivement dans les moteurs diesel beaucoup moins polluants, en pure perte ou presque, les constructeurs automobiles sont aujourd’hui dans l’obligation de se lancer dans de lourds investissements dans les énergies du futur certes, mais aussi dans des moteurs essence émetteurs de davantage de CO2 que le diesel, les plus vendus actuellement.

A croire que le diesel bashing, né du truquage des normes anti-pollution des véhicules diesel par les grands noms de l’industrie automobile allemande, les a déstabilisés et convaincus de l’inutilité de ce combat ! Après les importantes pertes de ces dernières années par certains constructeurs automobiles, la priorité première semble être au rétablissement des marges, fortement mises à mal par cette affaire.

Les moteurs électriques ou à hydrogène seront-ils le nouvel eldorado promis en matière d’émission de pollution et de préservation de la planète ? On est en droit de s’interroger…

En attendant, l’urgence serait de retirer de la circulation les quelques 7 millions de véhicules diesel de plus de 10 ans, non équipés de filtres à particule qui vont polluer énormément durant des décennies encore. Dans ce domaine, le manque de courage face aux automobilistes pollueurs empêche toute évolution rapide. Pendant ce temps, des dizaines de milliers de français vont mourir annuellement dans les agglomérations, du seul fait de la pollution automobile. Mais cela, tout le monde s’en moque ! Les morts ne parlent pas encore…

Triste constat pour les européens et au final pour notre planète, qui voit ainsi les émissions de CO2 repartir à la hausse et celles de particules fines et autres NO2 se stabiliser à un niveau élevé, au détriment de la persistance d’un taux élevé de mortalité.

Plus d’information :

Diesel ou essence, le plus gros pollueur n’est pas forcément celui que vous croyez (Slate.fr)
Le vrai du faux sur la pollution des voitures diesel (Le Monde)

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France : Quand le lobby du tout automobile tentent de manipuler l’opinion

12 novembre 2018

Sous l’impulsion d’inconditionnels du tout automobile, soutenus par quelques politiciens en mal d’idées et de projets, on tente de manipuler l’opinion pour faire croire que le gouvernement actuel serait responsable de la hausse des carburants afin de remplir les caisses de l’Etat. La ficelle est un peu grosse et n’est pas sans rappeler les affirmations fantaisistes et mensongères d’un certain Trump qui use des fake news pour diviser les américains en travestissant la réalité.

Si responsable de l’augmentation des carburants il y a, c’est notamment à l’encontre de Trump qu’il faudrait manifester son mécontentement, lui qui s’est lancé dans une guerre commerciale à l’encontre de ses propres amis et qui interdit aujourd’hui aux iraniens d’exporter son pétrole ! Ajoutez les manœuvres de l’Arabie Saoudite et de la Russie visant à organiser la pénurie pour faire remonter les cours jugés trop bas et vous avez là les véritables responsables d’au moins 75% de la hausse des carburants à travers le monde.

La hausse des carburants n’est pas propre à la France et concerne l’ensemble de la planète comme cela est le cas épisodiquement. Il semble que certains citoyens et politiques d’opposition du pays l’aient oublié… D’ailleurs depuis fin octobre, le prix du baril est de nouveau orienté à la baisse à 65 € contre 80 € au cours de l’été ; ce qui va rapidement faire baisser le prix à la pompe.

L’augmentation des taxes sur le carburant est pleinement justifiée face à l’augmentation des émissions de CO2 et de particules fines à l’origine de nombreux décès

Rappelons que la hausse des taxes sur les produits pétroliers (TICPE, ex. TIPP) de ces derniers temps par le gouvernement, était planifiée et inscrite dans la loi depuis de longues années déjà à l’initiative du précédent gouvernement. Qui plus est, lors de la campagne présidentielle, le candidat Emmanuel Macron, comme certains ses concurrents, avait clairement annoncé cette augmentation en indiquant que les prix du gazole devaient rejoindre à brève échéance ceux de l’essence. Là aussi, il semble encore que les français aient oublié ce fait pourtant connu de tous. Les politiques qui tentent de récupérer le mécontentement de certains sont de mauvaise foi.

En tout état de cause, voici au moins 20 ans et maintenant au moins 10 ans que les habitants de la planète, et donc les français, savent que pour tenter de lutter contre le changement climatique et les graves problèmes de santé publiques liés à l’utilisation de l’automobile dans les zones urbaines (près de 50 000 morts par an en France parmi les personnes les plus fragiles : les enfants et les personnes âgées), il va falloir réduire drastiquement la circulation automobile. Ce qui implique que le bon sens et la responsabilité de chaque automobiliste nécessitait de s’organiser individuellement pour limiter au maximum l’utilisation d’un véhicule automobile. Pour mémoire, un certain nombre de pays européens ont d’ores et déjà décidé d’interdire purement et simplement tout véhicule thermique dès 2030. En France, ce sera 2040 ! C’est dire l’urgence.

Malgré cela, une minorité de français par pur égoïsme refuse de s’adapter et continue de faire comme si de rien n’était : installation de sa résidence à la campagne loin des centres urbains et du lieu de travail, achat de véhicules énergivores à raison souvent de plusieurs par foyer, absence d’utilisation des transports en commun, faible utilisation des mobilités douces : vélo ou marche à pied…. Plutôt que de crier au loup, les inconditionnels du tout automobile seraient mieux inspirés de commencer par réduire leur nombre de véhicules, de rouler dans des véhicules plus adaptés, de supprimer les déplacements inutiles, de covoiturer, de pratiquer l’écoconduite et bien-entendu de respecter scrupuleusement les limitations de vitesse…

Il est à la portée de tout un chacun d’avoir une conduite responsable permettant une limitation sensible de sa consommation (et donc l’impact des taxes), tout en faisant un geste pour préserver la planète et sauver des vies tant qu’il en est encore temps. Eh oui, on n’est pas obligé de prendre la voiture pour quelques kilomètres et en plus, l’activité physique est excellente pour la santé, à condition de pouvoir utiliser des voies vertes, éloignées de la circulation automobile. Le glas du tout automobile a sonné depuis plusieurs décennies et les français sont aussi concernés. Hélas, pour que certains l’intègrent, il faut nécessairement en passer par l’augmentation des taxes.

N’en déplaise à certains automobilistes, l’utilisation quotidienne d’un ou plusieurs véhicules relève avant tout d’une décision strictement personnelle, prise en toute connaissance de cause, malgré les politiques publiques visant à réduire son utilisation. A ces automobilistes de faire preuve de responsabilité et d’avoir le courage d’assumer les conséquences de leurs propres décisions, plutôt que d’accuser les autres, et le gouvernement en particulier.

Il n’y a vraiment pas le choix et d’une certaine façon, il y a urgence…

En l’espèce, s’il y a quelqu’un à blâmer, ce n’est certainement pas le gouvernement actuel, qui contrairement à d’autres, fait preuve de détermination en assumant ses responsabilités. Comme elle s’y est engagée, la France doit lutter contre le dérèglement climatique en mettant en œuvre les mesures nécessaires à la réduction des gaz à effet de serre et protéger la santé du plus grand nombre. Il est vrai que les français en bons vieux gaulois conservateurs, hostiles au changement, ont été habitués à des gouvernements faibles qui cédaient à la première occasion faite aux mécontentements de toute sorte. Cette époque est révolue car c’est le devenir même de notre pays, de la planète et de ses habitants qui est en jeu.

Contraints ou pas, les français comme les autres n’ont le choix que de s’adapter et le populisme le plus rétrograde n’y changera rien.

Comment ne pas être pleinement en accord avec le Premier ministre, Édouard Philippe, qui a assuré ce 03 novembre que l’augmentation des taxes sur le carburant sera maintenue : « C’est compliqué mais il n’y a pas le choix… J’entends parfaitement la grogne, le mécontentement parfois, la colère aussi qui peut s’exprimer, mais je dis aujourd’hui comme je l’ai toujours dit qu’il n’y a pas de solution magique au problème du dérèglement climatique ».

Face à la polémique franco-française sur l’augmentation des prix des carburants, sous l’effet conjugué des hausses des prix du pétrole et de la TICPE, il a rappelé une réalité qui s’impose aujourd’hui à tout gouvernement responsable : « Il faut inciter nos concitoyens à changer un certain nombre de comportements qui sont problématiques du point de vue des équilibres environnementaux… Alors c’est facile à dire comme ça, et puis quand on rentre dans le détail, ça râle un peu il faut reconnaître. Théoriquement, tout le monde est d’accord (pour réduire les émissions) mais en pratique c’est difficile. Il faut accompagner ça. Il faut que les gouvernements essaient de dire à la fois : « attention il faut changer les comportements », mais en même temps qu’ils accompagnent leurs concitoyens pour que ces changements soient possibles ».

Et de citer les primes à la conversion mises en place par le gouvernement dans l’automobile ou pour changer les chaudières au fioul.

Dans ce contexte, certains opposants proposent l’instauration d’un chèque-carburant pour compenser la hausse des carburants. Pure démagogie et populisme le plus grégaire ? Probablement les deux. Tant qu’on y est, pourquoi ne pas exiger de l’Etat, et donc au contribuable, de payer l’intégralité de la facture de carburant des français ? Une belle manière d’encourager la gabegie et l’irresponsabilité de quelques-uns face aux citoyens qui font des efforts importants depuis des années pour réduire leur empreinte carbone et les rejets de particules afin de préserver leur santé et l’avenir de la planète ! Certains de ces politiques n’avaient-ils pas demandé lors de la dernière présidentielle de mettre fin à l’assistanat permanent ?

Ces appels à manifester contre les récentes hausses des carburants témoignent d’une forme de schizophrénie des français face aux questions environnementales, alors que dans le même temps, une grande majorité défend une politique de préservation de l’environnement. Les français, comme le reste du monde, vont devoir choisir entre la survie de la planète et leur porte-monnaie.

Une fois de plus, si les français sont d’accord pour les réformes, c’est uniquement lorsque ce sont les autres qui en paient le prix. L’égoïsme et le repli sur sa petite personne n’est guère de bon augure pour les générations futures et plus généralement pour l’avenir de notre planète. Ce n’est hélas pas par le populisme que les dirigeants de la planète vont enrayer le processus de destruction de celle-ci.

 


Terrible constat du WWF : 60% des animaux de notre planète ont disparu en 45 ans

5 novembre 2018

Chacun peut le constater au quotidien, même en Aveyron, depuis plus de 10 ans, de nombreuses espèces se font de plus en plus rares dans notre quotidien, notamment les oiseaux (hirondelles, mésanges, chauves-souris…) mais aussi les insectes (abeilles, papillons, hannetons…). Cette perte de biodiversité en si peu de temps est considérable et traduit nécessairement une dégradation de notre biotope. Rien de bien rassurant pour l’avenir de notre planète.

Dans son récent rapport, le WWF dresse un bilan alarmant de l’état de santé de notre planète.

Selon l’ONG, 60% des populations d’animaux sauvages qui ont disparu de la Terre depuis 1970, selon le dernier rapport « Planète vivante » publié récemment par l’organisation non gouvernementale. Cette disparition de plus de la moitié des vertébrés (à l’exception de l’homme, dont la population continue de croître), a donc été opérée en un peu plus de quarante ans (l’étude s’est arrêtée aux derniers recensements d’animaux en 2014). Même si aucune étude n’est disponible concernant les invertébrés, il y a tout lieu de croire que le bilan n’est guère meilleur.

La situation la plus inquiétante est localisée dans les zones tropicales d’Asie et surtout d’Amérique latine, très touchée par la déforestation avec une baisse de l’ordre de 89 %. Du jamais vu jusqu’alors.

Ce sont principalement les activités humaines qui sont en cause et expliquent la rapidité de cette dégradation profonde de l’environnement. Marco Lambertini, le directeur général du WWF International, vient de lancer un nouveau cri d’alarme pour tenter de sensibiliser l’opinion mondiale et essayer de trouver au plus vite « un nouvel accord global pour la nature et les hommes ». D’autres preuves scientifiques ont d’ailleurs été publiées ces derniers mois pour démontrer l’appauvrissement général de la biodiversité.

Selon une étude de Plos One publiée en octobre 2017, la plupart des régions de la planète sont touchées. Ainsi en Allemagne, les populations d’insectes ont diminué de plus de 75 % en trente ans. Une chute brutale liée à la perte d’habitats des insectes et à l’agriculture intensive, grosse consommatrice de pesticides, qui ont un fort impact sur les populations de pollinisateurs. L’Europe consomme en effet à elle seule plus de la moitié des pesticides de la planète !

Dans le célèbre magazine Nature, les chercheurs expliquent également que les trois quarts des plantes, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères ont disparu de la surface de la Terre depuis 1 500. A cela deux raisons : d’une part la surexploitation de certaines espèces et, d’autre part, l’agriculture. La demande mondiale d’alimentation et de terres agricoles exerce en effet une pression considérable sur les écosystèmes et la biodiversité.

Arnaud Gauffier, responsable « agriculture et alimentation » chez WWF-France est catégorique : « À elle seule, l’agriculture est responsable de 70 % de la déforestation mondiale. Pour se donner une idée, l’expansion de l’agriculture conduit à la perte d’une superficie de forêts tropicales équivalentes à 40 terrains de football chaque minute ». Et ce n’est pas l’élection du nouveau président du Brésil qui va arranger les choses, lui qui envisage d’accélérer le déboisement pour développer l’agriculture intensive.

L’étude montre également que l’expansion de certaines cultures, comme celle de l’huile de palme en Asie du Sud-Est, gagne progressivement d’autres pays en Afrique, notamment la République démocratique du Congo, le Congo-Brazzaville, le Gabon et le Cameroun».

Outre la déforestation mondiale, se pose la question de l’artificialisation croissante des sols sur l’ensemble de la planète

Pour le WWF, même l’Europe n’est pas épargnée en raison de l’intensification de l’agriculture, avec une forme d’importation de la déforestation.

C’est le cas notamment pour l’écosystème spécifique du Cerrado, en Amérique latine, composé à moitié de savanes et de forêts, qui couvre environ un tiers du Brésil. « Cet écosystème a perdu la moitié de sa surface au cours des trente dernières années ; or cette zone abrite 40 % d’espèces endémiques… » rappelle Arnaud Gauffier. « Cette évolution est provoquée par la culture extensive du soja et l’élevage de bovins. Sachant qu’une partie de ce soja est importé en France, notamment pour l’élevage de poulets, cela signifie aussi que derrière nos œufs et nos blancs de poulet, notre pays contribue à la déforestation du Cerrado ».

Dans les zones humides, constituées de marais et de zones inondables, de nombreuses autres activités humaines dégradent l’environnement et réduisent fortement le nombre d’espèces vivantes. Alors que ces milieux représentent moins de 1 % des surfaces immergées, ils constituent un habitat refuge pour 126 000 espèces, soit 10 % de celles qui sont connues dans le monde.

L’indice « planète vivante » des experts du WWF permettant de suivre l’évolution de la biodiversité, a plongé de 83 % depuis 1970.

Si cette baisse est un peu moins importante en France (environ 60 %) ; pour le WWF, force est de constater qu’ « en France, les zones humides ont perdu la moitié de leur superficie en trente ans. Elles disparaissent surtout à cause de l’artificialisation des sols, notamment du fait de l’extension permanente de l’habitat et des zones urbaines avec leurs zones commerciales. Après une relative pause ces dernières années, l’artificialisation des sols en France repart à la hausse…»,

Les pays développés ne sont donc guère plus exemplaires. Le constat du WWF est sans appel et montre une fois de plus que les hommes sont en train de détruite leur propre planète. Jamais depuis l’arrivée de l’homme, la Terre n’avait connu une si dégradation, preuve s’il en est que le plus grand prédateur et destructeur de notre planète que autre que l’espèce humaine.

Quand allons-nous commencer à réagir, si tant est qu’il est encore temps ?

Plus d’infos : Le rapport « Planète vivante « 2018 publié par le WWF


France : Quand le populisme pollue le débat sur la fiscalité écologique et parle de matraquage fiscal des automobilistes

29 octobre 2018

Ces dernières semaines, des automobilistes soutenus par une poignée d’hommes politiques s’activent pour dénoncer l’augmentation des prix du carburant et notamment du gazole, allant jusqu’à accuser le gouvernement de faire les poches des automobilistes pour faire rentrer de l’argent frais dans les caisses.

Une rhétorique qui revient régulièrement dès que les prix du carburant remontent.

Une hausse principalement imputable à la flambée des prix du brut

Au 24/10/2018, le prix moyen du gazole était de 1.53 € et de 1.57 € pour le sans-plomb 95 E5. Il s’agit de la plus forte augmentation depuis 2012 où les cours du pétrole avaient fortement augmenté en euros avec +23% pour le Brent et +35% pour le WTI, avant de rebaisser.

Voici encore 2 ans, le prix moyen du pétrole se situait autour de 30 dollars le baril, soit le prix le plus bas, contre plus de 80 dollars le baril en octobre 2018. Les spécialistes tablent aujourd’hui sur une hausse pouvant aller jusqu’à 100 dollars.

L’essentiel de l’augmentation actuelle des prix des carburants à la pompe résulte avant tout d’une forte augmentation des cours du pétrole brut (de l’ordre de 75%), imputable d’une part, à la volonté de certains pays de l’OPEP (Arabie-Saoudite) mais aussi de la Russie de réduire leur production pour faire augmenter les prix et, d’autre part, aux sanctions américaines contre l’Iran qui entraînent une chute de la production de ce pays.

A cela vient s’ajouter le fait que le président Trump a tout intérêt à voir les cours du brut remonter pour rentabiliser la filière américaine des pétroles de schistes, aujourd’hui en grande difficulté du fait des prix bas.

C’est la combinaison de l’ensemble de ces facteurs extérieurs qui fait grimper artificiellement les prix du pétrole et explique l’essentiel de l’augmentation subie à la pompe à ce jour. S’y ajoute aujourd’hui les incertitudes liées aux fortes tensions entre la communauté internationale (Europe & USA) et l’Arabie Saoudite du fait de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Cette augmentation n’est peut-être que le début d’une hausse plus durable !

Tous les moyens sont bons pour accuser le gouvernement de tous les maux

En effet, la réalité n’empêche pas certains groupes et élus d’opposition de laisser entendre que le gouvernement serait à l’origine de l’augmentation des prix du carburant par la hausse de la fiscalité écologique pour financer ses réformes. Ségolène Royal, ancienne ministre de l’Ecologie, n’a pas hésité à affirmer que le gouvernement « cherche à justifier un matraquage fiscal par l’écologie ».

La ficelle est un peu grosse, elle qui est notamment à l’origine de cette contribution et qui n’a pas eu le courage de mettre en place la célèbre « éco-taxe » qui n’a pu voir le jour. Belle preuve de démagogie politique et bien étrange posture de la part de quelqu’un qui prétend défendre l’écologie ! Certains n’ont pas peur du ridicule, quitte à discréditer l’écologie auprès de nos concitoyens.

Ce qui semble irriter au plus haut point certains automobilistes est le fait que le prix du gazole est en passe de rejoindre celui du SP95, et prochainement de le dépasser, en raison de l’augmentation progressive de la TICPE.

La contribution climat-énergie a été mise en place en 2014 en France par Mme Sigolène Royal fort justement. Il s’agit d’une composante de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TCIPE, ancienne TIPP) proportionnelle au taux de dioxyde de carbone contenu dans les carburants concernés. Elle évolue à la hausse depuis 2015 et jusqu’en 2022 selon un barème prévu. Le gazole étant le plus chargé en CO2 explique la plus forte hausse de cette contribution et la réduction progressive de l’écart de prix entre le gazole et le SP95.

Cette évolution n’est absolument pas nouvelle puisqu’elle remonte à 2015 et qu’elle avait été très largement commentée à l’époque dans les divers médias.

Ces personnes sont de parfaite mauvaise foi puisqu’elles avaient connaissance de cette évolution qui vise à réduire progressivement le niveau de CO2 dégagé par les véhicules automobiles. Voici au moins 4 ans déjà que chacun sait que les véhicules équipés de moteurs thermiques et notamment les diesels ont vocation à être pénalisés par la fiscalité écologique et que, de fait, le prix doit rejoindre celui des autres carburants. Voici quelques mois, la France après d’autres pays, s’est d’ailleurs engagée à interdire les véhicules thermiques dès 2040 et cela les français ne peuvent continuer à l’ignorer.

D’une manière plus générale, en raison du changement climatique en cours mais aussi des problèmes de santé générés par la circulation automobile dans les villes (près de 50 000 morts en France tous les ans), il est parfaitement connu de chacun depuis plus de 20 ans que l’utilisation des véhicules thermiques est condamnée à brève échéance et qu’il faut nécessairement s’adapter et revoir entièrement son mode de vie.

Heureusement, de nombreux citoyens responsables l’ont compris depuis bien longtemps et intègrent ces données dans les décisions quotidiennes.

Face à l’urgence climatique, un gouvernement responsable se doit de faire évoluer les comportements de ses concitoyens

Pourquoi certains français, en bons vieux gaulois ronchons, continuent de faire comme si de rien n’était, comme si la voiture à moteur thermique n’était pas condamnée ? Pourquoi choisir d’habiter à des dizaines de kilomètres de son lieu de travail alors que nombreux sont ceux qui peuvent généralement résider à proximité, souvent à des prix compétitifs et avec toutes les commodités ?

Pourquoi s’éloigner à tout prix des villes et villages, loin des grands axes de communication et des transports en commun, si ce n’est le plus souvent pour de simples convenances personnelles ?  Pourquoi utiliser si peu les transports en commun, généralement sous-utilisés et qui pratiquent des prix très bas ? Pourquoi le co-voiturage ou les autres mobilités comme le vélo, la marche à pied sont si peu développées en France ? Pourquoi continuer à rouler dans de gros et puissants véhicules diesels, fortement émetteurs de CO2, alors qu’il existe des véhicules bien mieux adaptés qui peuvent remplir les mêmes fonctions ? Pourquoi rouler à des vitesses excessives alors que le 80 km/h permet de faire des trajets dans des conditions de temps et de sécurité tout à fait satisfaisantes, tout en ayant de faibles consommations ?

Il appartient à chacun d’être responsable et d’assumer ses choix plutôt que de faire porter ses propres responsabilités sur les autres. A cet égard, les élus seraient mieux inspirés de donner l’exemple et de soutenir la fiscalité écologique mesurée mise en œuvre courageusement par le gouvernement.

Pourquoi accuser un gouvernement qui ne fait qu’appliquer la loi et veiller à la protection de la santé des français ? Pourquoi certains hommes politiques jouent les vierges effarouchées en tentant de faire croire que le gouvernement « matraquerait » ces pauvres automobilistes qui ne seraient des victimes innocentes ?

Une fois de plus, en France aussi, le populisme le plus primaire pointe son vrai visage en n’hésitant pas à manipuler nos concitoyens qui se sont laissés eux-mêmes piéger par le tout automobile. A défaut de véritable projet politique d’avenir à long terme, ces élus irresponsables sont prêts à tous les mensonges pour s’attirer la sympathie des électeurs au mépris de l’intérêt général.

Comme l’a déclaré le porte-parole du gouvernement : « On ne peut pas avoir un combat sincère pour l’écologie et dire : on ne change rien à nos comportements… ». Pour le Premier ministre, Édouard Philippe, il s’agit « d’une mesure courageuse qui vise à mettre en place la transition écologique que beaucoup de français attendent… ».

Comment ne pas être d’accord avec le président de la République lorsqu’il déclare que « tout le monde râle sur … l’essence et le diesel » mais en même temps, « on ne peut pas, dès qu’il y a un problème, appeler l’Etat à l’aide et juger que c’est insupportable quand il souhaite faire évoluer les comportements, en particulier pour protéger la planète… » et plus généralement les français !

Seul compte l’intérêt général, celui du pays dans sa globalité, et non la gestion des affaires courantes en faisant plaisir aux électeurs en leur laissant croire qu’il est inutile d’exiger d’eux le moindre effort. Si nous voulons préserver l’avenir des générations futures, comment refuser de faire quelques petits efforts ? Oui le monde change et ce qui était possible hier ne sera probablement pas possible demain parce que nous avons été trop égoïstes et irresponsables par le passé.

Reconnaissons-le et agissons en conséquence tant qu’il en est encore temps.


Le parc naturel régional de l’Aubrac enfin une réalité

4 juin 2018

Cette année, comme d’habitude autour du 25 mai, c’est déroulée la célèbre transhumance des troupeaux vers la montagne d’Aubrac ; le rendez-vous annuel de nombreux passionnés du massif de l’Aubrac venus des quatre coins de la région pour fêter cet évènement qui marque l’arrivée des beaux jours.

Par-delà la traditionnelle transhumance, le millésime 2018 marquera probablement pour longtemps le plateau de l’Aubrac car ce moment était attendu depuis de trop longues année. Le projet de Parc naturel régional (PNR) de l’Aubrac a enfin officiellement vu le jour le 23 mai 2018, date de publication par le Ministère de la transition écologique du décret (Journal officiel de la République française le 24 mai 2018), portant classement du nouveau Parc naturel régional de l’Aubrac.

Une grande victoire pour André Valadier, le porteur de ce projet, soutenu par les trois départements de l’Aubrac et deux régions. L’inauguration officielle du 53ème PNR de France a eu lieu le 26 mai en présence de nombreux élus des départements et régions concernées, au buron (mazuc) de Born au cœur de l’Aubrac lozérien.

Il s’agit du 7ème PNR de la région Occitanie et le 2ème sur les départements de l’Aveyron et de la Lozère avec le PNR des Grands Causses. D’une superficie de 2 207 km2, le nouveau PNR de l’Aubrac compte 36 326 habitants, soit environ 15 habitants au km2.

Le long combat d’André Valadier en faveur du PNR de l’Aubrac

Sans le combat acharné livré par le défenseur de l’Aubrac, André Valadier, le PNR n’aurait pu voir le jour. Plus de 12 ans ont été nécessaires avec la création du syndicat-mixte de préfiguration du Parc naturel régional l’Aubrac présidé par ce dernier, pour aboutir à sa création officielle. Les choses étaient d’autant plus compliquées que ce PNR s’étend sur 3 départements (Aveyron, Lozère et Cantal) et deux régions (Occitanie et Auvergne Rhônes-Alpes).

L’essentiel du mérite revient au seul André Valadier, le fondateur de la célèbre coopérative Jeune Montagne de Laguiole dans les années 1960, qui a su défendre et porter ce projet en fédérant 64 communes situées sur 3 départements, ainsi que les Conseil départementaux et régionaux concernés.

Cette ténacité et cette passion pour son pays d’Aubrac ont permis à André Valadier de mener ce vaste et noble projet à son terme, et ce, dans les meilleures conditions.

Le nouveau président du PNR de l’Aubrac, avec la modestie qui le caractérise, s’est contenté de déclarer : « C’était un chemin ardu mais je préfère les projets qui demandent des efforts. On ne se construit pas solidement avec une seule pierre. Nous sommes qualifiés, il faut maintenant qu’on joue la partie ». On reconnaît là le caractère bien trempé des gens de l’Aubrac qui rajoute : « Nous démontrons ainsi que l’économie et l’environnement peuvent cohabiter ». Il sait de quoi il parle lui qui a été éleveur de vaches d’Aubrac et chef d’entreprise à Jeune Montagne.

Une bien belle victoire pour André Valadier et tout l’Aubrac qu’il porte en lui. Sans cet homme d’exception, l’Aubrac ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Une nouvelle page passionnante s’ouvre pour l’Aubrac.

Laguiole se trouve ainsi confortée en tant que capitale de l’Aubrac avec son économie dynamique qui accompagne le tourisme : la fromagerie, la coutellerie et la gastronomie.

Plus d’information :

Projet PNR de l’Aubrac
La Maison de l’Aubrac


France : Le gouvernement met un terme au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes

22 janvier 2018

Voilà plus de 30 ans que les élus locaux bretons de tous poils portaient à bout de bras le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes. Ils estimaient que le développement des régions Bretagne et Pays de Loire passait impérativement par la construction d’un nouvel aéroport situé à 25 km au nord de Nantes pour mieux desservir la Bretagne et faire face à une augmentation du trafic d’ici 2020.

Revenons un instant sur la situation des grands aéroports français. En 2016, les principaux aéroports en nombre de passagers étaient, par ordre d’importance : Paris-Roissy Charles-de-Gaulle : 66 millions ; Paris-Orly : 31 millions ; Nice-Côte d’Azur : 12.5 millions ; Lyon-Saint Exupéry : 9.6 millions, Marseille-Provence : 8.5 millions ; Toulouse-Blagnac : 8.1 millions ; Bâle-Mulhouse : 7.3 millions ; Bordeaux-Mérignac : 5.8 millions et Nantes-Atlantique : 4.7 millions.

L’aéroport de Nantes-Atlantiques n’arrive qu’en 9ème place, derrière ceux de Toulouse et Bordeaux qui sont des villes bien plus importantes mais dont les aéroports sont également localisés au cœur de l’agglomération. Il y a quelques années déjà, le gouvernement de Nicolas Sarkozy avait mis fin à un projet de nouvel aéroport à Toulouse alors même que son trafic est bien plus important qu’à Nantes et que la présence de l’importante usine d’assemblage d’Airbus aurait pu le justifier, compte-tenu de sa prochaine saturation et des nuisances sur la ville rose.

Un projet inadapté et largement surdimensionné

Le projet de Notre Dame des Landes paraissait pour le moins démesuré à l’échelle de la région en dépit d’une augmentation régulière du trafic, notamment en raison de sa localisation et de son emprise au sol représentant plus de 1 600 ha pour un prix avoisinant un milliard d’euros.

Quoi de plus aberrant en effet que ce projet alors qu’une simple extension et modernisation de l’aéroport actuel de Nantes-Atlantiques suffit à faire face à l’augmentation du trafic pour les 10 ans à venir ; et ce pour un coût modéré de l’ordre de 300 millions d’euros. S’agissant des nuisances de l’aéroport actuel, si elles sont réelles, elles le sont tout autant pour les agglomérations de Nice, Toulouse ou Bordeaux qui ont un trafic plus important, sachant qu’un nouvel aéroport apporte globalement tout autant de nuisances. Va-t-on pour autant construire un nouvel aéroport pour ces viles ? Bien évidemment que non !

C’est oublier un peu vite que les progrès considérables de l’aéronautique et des nouvelles générations de moteurs d’avions permettent de réduire de l’ordre de 20% les nuisances sonores et les rejets de toutes sortes. Et cette évolution ne va cesser de s’accentuer dans la décennie à venir. Ce qui atténue sensiblement l’importance des nuisances. S’agissant plus particulièrement de l’actuel aéroport de Nantes, on sait aussi qu’une simple modernisation et adaptation des pistes et taxiways doit permettre de limiter considérablement l’impact du trafic sur l’agglomération.

Autre inconvénient de taille du projet d’aménagement du nouvel aéroport, il pénalisait lourdement la région sud des Pays de Loire, notamment les départements de la Vendée et le Maine-et-Loire pour qui la desserte de l’aéroport actuel est essentielle pour leur désenclavement.

Enfin, la proximité de nombreux aéroports régionaux en région Bretagne nord (Rennes-Bretagne, Brest-Bretagne, Lorient-Bretagne sud et Dinard-St Malo) offre déjà la meilleure desserte aérienne de proximité de France alors que le nouvel aéroport serait venu les concurrencer directement mettant un peu plus à mal leur rentabilité. Autre avantage considérable, la desserte par TGV de la région est aussi l’une des plus complète de France avec les principales gares TGV à moins de deux heures de Paris : Rennes/LeMans/Angers (1h20) et Nantes (1h56). Peu de villes françaises bénéficient d’une telle qualité de desserte permettant une liaison rapide avec les aéroports de la capitale.

Des arguments infondés et fallacieux

L’un des arguments avancés par les porteurs du projet était que le nouvel aéroport devrait permettre de créer un véritable hub aérien à l’ouest de la France, qui aurait permis une desserte aérienne transcontinentale directe, tout en permettant de délester les aéroports parisiens. Or, tous les spécialistes du transport aérien le savent, il est très difficile de rentabiliser plusieurs hubs sur un même pays européen comme le démontre les échecs rencontrés en ce domaine par les aéroports de Lyon ou Nice qui ont pourtant un trafic supérieur à 10 millions de passagers, soit le double de Nantes. Aujourd’hui, seuls les grands aéroports européens de plus de 40 millions de passagers comme Londres, Paris, Frankfort, Milan ou Amsterdam ont la taille requise.

Les faits sont là. Ils sont aisément vérifiables et ne sont pas contestables. Que ce soit sur un plan économique, au niveau du désenclavement ou de l’environnement, en 2018, rien ne pouvait justifier la construction d’un nouvel aéroport à Notre Dame des Landes pour la desserte des régions Bretagne et Pays de Loire.

S’agissant du prétendu déni de démocratie évoqué par divers élus locaux de tous bords, ces derniers seraient mieux inspirés de rester discret sur le sujet plutôt que de jouer les vierges effarouchées. Ce vote du 26 juin 2016 n’avait en effet aucune légitimité. Celui-ci a été organisé au dernier moment par les élus locaux, soutenus par l’ancien 1er Ministre de M. Hollande et ancien maire de Nantes : Jean-Marc Ayrault, pour tenter de forcer la main à l’Etat. Le choix du questionnement et surtout la décision d’organiser le vote au niveau du seul département de Loire-Atlantique avait en effet de fortes chances de leur être favorable. A l’inverse, s’il avait été organisé sur l’ensemble des départements directement concernés et par ailleurs membres du syndicat mixte de l’aéroport ou plus largement au sein de la région Pays de Loire, le résultat n’aurait très certainement pas été favorable. Tout le monde le savait ; c’est probablement la raison pour laquelle les partisans du projet ont pris la décision d’ignorer purement et simplement une part importante des électeurs pourtant directement impactés par le projet. Ne soyons pas dupes ; il s’agit d’une supercherie de bas étage qui n’honore pas certains élus régionaux.

Le choix lucide et courageux du gouvernement

Après 10 ans d’atermoiements et de non décision de l’Etat suivant la délivrance du permis de construire, après un dernier rapport d’experts, Emmanuel Macron et son Premier ministre Edouard Philippe ont enfin tranché courant janvier 2018 : le projet de création de l’aéroport de Notre Dame des Landes est définitivement abandonné. Il était temps car la crédibilité de l’Etat français était en cause. On ne peut que se féliciter de cette décision, somme toute courageuse et responsable.

Un grand bravo à ce gouvernement qui n’a pas cédé aux pressions de toutes sortes qui n’hésite à aller à l’encontre d’une majorité de français et d’élus lorsque l’intérêt du pays l’exige.

Oui, gouverner c’est préparer l’avenir, défendre l’intérêt général et non quelques intérêts particuliers, maîtriser les dépenses publiques et décider rapidement. Voilà qui est fait même si cela déplaît à certains ; la crédibilité de l’Etat ne s’en portera que mieux.

Rester maintenant à faire respecter la loi sur le terrain. La zone de non droit squattée par quelques extrémistes radicaux qui se sont approprié les terrains et les voies publiques devra être évacuée dès le printemps par la force si nécessaire. Le respect des droits et l’autorité de l’Etat sont ici en jeux.

 


Rodez : Plaidoyer pour la biodiversité et la préservation du loup

21 novembre 2016

Ce samedi 19 novembre se tenait à Rodez une conférence intitulée : « Loup, qui es-tu ? », organisée par le collectif Action loup, animée par Vincent Rigaux, naturaliste et spécialiste des carnivores en France venu des Hautes Alpes.

Cette conférence s’est déroulée en présence d’importantes forces de police en raison des tensions liées à la présence d’une poignée d’éleveurs de moutons de l’Aveyron et des départements voisins qui, une fois de plus, entendaient imposer leur vue lors de cette conférence dédiée au loup. Pour cela, les éleveurs n’ont pas hésité à affirmer des contre-vérités en imputant leurs difficultés à la seule présence du loup. Ce dernier ne saurait être le bouc-émissaire des difficultés des éleveurs et du pastoralisme en général. Une espèce animale ne saurait être sacrifiée pour assouvir la haine et les intérêts de quelques-uns qui s’avèrent incapables de s’adapter aux réalités d’aujourd’hui.

Revenons à notre cher loup, qui cherche simplement à retrouver la place qui est la sienne parmi les « Homo-Sapiens », l’autre grand prédateur terrestre !

L’actuel loup gris «  Canis Lupus » est apparu en France voici plus de 400 000 ans, bien antérieurement à notre espèce. Les hommes ont cohabité avec le loup jusqu’au 18ème siècle où notre pays comptait encore prés de 7 000 individus. Chassé et exterminé par les hommes, il a fini par disparaître de France vers 1930 avant de reparaître naturellement dans les années 1990 dans les Alpes du sud, en provenance d’Italie où il était protégé.

Après 25 ans de recolonisation naturelle en France, en 2015, sa population était estimée à environ 300 individus principalement installés dans le sud des Alpes et plus modestement dans le sud Massif-Central et les Pyrénées. Cette recolonisation ne représente cependant que 1 à 2% de leur ancien territoire. Les loups présents en France sont de gabarit moyen de l’ordre de 25 à 35 kg en général. La croissance de la population et son expansion géographique restent cependant limitées en raison des tirs légaux et illégaux qui fragilisent la population.

Rappelons que la protection du loup au niveau européen par la Convention de Berne en 1979, a été transcrite en droit français en 1989. Le loup est inscrit dans la directive Habitats Faune et Flore de l’Union européenne (92/43/CEE) au titre des espèces prioritaires. Raison pour laquelle la France doit veiller à la conservation de l’espèce et de ses habitats.

« Canis Lupus » fait partie des 19 carnivores présents en France. Il vit en meute de généralement 4 à 6 individus, rarement plus, sur une zone de 200 à 300 km2 qu’il défend contre les autres meutes. Il est taillé pour les longues marches et la course pour lui permettre de capturer les proies les plus diverses qui sont constituées à 80 – 90% par des ongulés sauvages : chevreuils, cerfs, chamois, bouquetins, isards, sangliers… Sans cette faune sauvage, le loup ne pourrait se maintenir dans les régions où il est présent actuellement.

Pour autant, la prédation du loup sur certains troupeaux de moutons est une réalité. La prédation attribuée au « loup non exclu », selon les chiffres officiels, serait de l’ordre de 9 000 ovins par an (soit 0.1% du cheptel français), même s’il est probable que certaines de ces prédations lui sont imputées à tort. En effet, lorsqu’il n’est pas possible d’établir la responsabilité d’un prédateur autre que le loup, comme le chien, le doute bénéficie à l’éleveur qui est indemnisé par l’Etat. On parle simplement de « loup non exclu ». Cette prédation reste pour autant marginale au regard des 500 000 ovins envoyés annuellement à l’équarrissage suite à des maladies, accidents et autres !

La prédation du loup est favorisée par le fait que de trop nombreux troupeaux sont trop souvent laissés sans gardiennage ou protection efficace. A l’inverse, la prédation des troupeaux protégés efficacement reste une exception. De nombreux exemples montrent que la cohabitation avec le loup reste possible comme en Italie et en Espagne où les loups sont bien plus nombreux, tout comme le cheptel ovin. Afin de limiter l’impact du loup sur l’élevage, l’Etat a mis en place et prend en charge une série de mesures de protection des troupeaux : salaires des bergers, clôtures, chiens de protection… L’Etat indemnise par ailleurs l’ensemble des animaux qui ont fait l’objet d’une prédation au titre du « loup non exclu ». Encore faut-il que les éleveurs adaptent leurs pratiques pastorales à la présence du loup qui est là pour longtemps car il est aussi chez lui, plutôt que de se contenter de s’opposer à sa présence !

Comme cela a été démontré un peu partout à travers le monde, le retour du loup est une chance pour la biodiversité et le développement des écosystèmes, et donc pour nous les « Homo-Sapiens. Le loup ne doit pas être le bouc-émissaire des problèmes économiques que rencontre l’élevage en France. Les pratiques pastorales doivent être adaptées à la présence des prédateurs naturels que sont le loup, l’ours, le lynx…

Gardons la raison, gardons les troupeaux… et gardons le loup qui est aussi chez lui !

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