France : l’urgence à s’attaquer à la réduction des déficits publics et à la dette (3)

29 avril 2010

Une maîtrise insuffisante des dépenses publiques

Selon la Cours des Comptes, les données disponibles semblent montrer une poursuite de la dérive des dépenses publiques en France en 2009. Le taux de croissance des dépenses publiques en volume était estimé à 1,2 %, hors mesures de relance, dans le projet de loi de finances initial ; puis il a été plusieurs fois relevé au cours de l’année jusqu’à 2,6 %, hors mesures de relance, dans le Projet de Loi de Finances pour 2010, si l’on neutralise l’effet de la hausse des allocations de chômage. Ce surcroît de dépenses publiques en volume est dû à une augmentation plus forte que prévu des dépenses de toutes les catégories d’administrations publiques (administrations centrales, locales et de sécurité sociale).

La Cour des Comptes met en évidence un déficit structurel persistant

L’OCDE et la Commission européenne évaluent l’augmentation du déficit public structurel 2009 à environ 3 points de PIB (2,7 points pour la première et 3,2 pour la seconde). Les ministères financiers estiment également que l’application d’une méthode de calcul semblable à celle de ces institutions internationales conduit à une hausse de 2,9 points de PIB. Mais ils considèrent que cette méthode repose sur des hypothèses discutables, supposant notamment que les recettes publiques évoluent comme le PIB en valeur et que les mesures de relance sont durables. En posant l’hypothèse que la sur réaction des recettes à la baisse du PIB est entièrement conjoncturelle et que le plan de relance est temporaire, le déficit structurel n’aurait pas varié en 2009.

La mesure du solde structurel de 2009 est particulièrement délicate et la Cour aura certainement l’occasion d’y revenir prochainement dans son rapport sur les finances publiques. Sur la base des prévisions pour 2009 figurant en annexe au Projet de Loi de Finances pour 2010, il est en revanche possible d’estimer dès maintenant la contribution des dépenses publiques et des baisses des prélèvements obligatoires à l’évolution du solde structurel, ce qu’il est convenu d’appeler « effort structurel ».

L’effort structurel (qui peut être négatif) mesure la contribution de deux facteurs, plus facilement identifiable par un gouvernement : d’une part, la maîtrise des dépenses publiques en volume, et d’autre part, le coût des mesures nouvelles de hausse ou de baisse des prélèvements obligatoires. Sauf mesures structurelles appropriées, la reprise de la croissance ne permettra pas à la France de ramener durablement le déficit au-dessous de 4 % du PIB.

La France doit montrer sa capacité à maitriser ses déficits structurels pour relancer la croissance et l’emploi

En ces temps de crise majeure au sein de la zone euro, notamment du fait de la forte augmentation des déficits publics et de la dette alors que la croissance demeure très faible ou est négative, les Etats les moins rigoureux sur un plan financier, sont aujourd’hui extrêmement fragilisés. Sous le double effet de la spéculation, mais aussi des risques émis par certaines agences de notation quand à la capacité de certains états à rembourser leur dette, la Grèce, le Portugal et l’Espagne ont vu récemment leur note sensiblement dégradée. Ce qui a pour conséquence immédiate de réduite leur possibilité d’emprunt en raison de la méfiance des créanciers et du surcoût considérable généré par l’impossibilité à bénéficier de taux d’intérêts attractifs (prés de 10% contre moins de 3% pour l’Allemagne, les Pays-Bas, la France…, pays notés triple AAA, la meilleur note).

On constate aujourd’hui à quel point les pays de la zone euro qui ne respectaient pas les critères du pacte de stabilité défini par l’UE ces dernières années se trouvent aujourd’hui dans une situation difficile. D’où l’urgence pour la France de revenir au plus vite aux critères fixés par le pacte de stabilité (déficits publics inférieurs à 3% du PIB et dette publique inférieure à 60% du PIB). Si les déficits et la dette française bien qu’importants, restent encore supportables et ne menacent pas encore sa note privilégiée de « AAA », la situation reste fragile et précaire. Pour sortir de cette situation de déficits excessifs, la France doit accélérer les réformes de structures afin de favoriser une croissance aujourd’hui insuffisante pour réduite rapidement ses déficits.

A l’instar de l’Allemagne et des pays nordiques, la France doit retrouver au plus vite une politique budgétaire saine et rigoureuse.

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Rodez : état des lieux 2 ans après l’arrivée de la gauche à la mairie

22 avril 2010

Voici maintenant plus de deux ans que la nouvelle municipalité de gauche, conduite par Christian Teyssedre, est aux commandes de la ville de Rodez. Un premier bilan peut d’ores et déjà être tiré, sans crainte d’être démenti : certaines promesses ne sont pas tenues et surtout, aucun projet porteur de développement pour la ville n’a vu le jour. Et ce ne sont pas les allégations fantaisistes et délirantes du maire qui vont y changer quelque chose. Il est aujourd’hui clair que la ville de Rodez est pilotée à vue, au grès des vents et sans véritable cap. Ce qui, il faut bien l’avouer, n’est pas très rassurant s’agissant d’une ville de 26 000 habitants !

N’en déplaise à M. Teyssedre, cette triste réalité est incontournable. Même certains électeurs de gauche le reconnaissent volontiers : la ville est au point mort depuis deux ans. Dans la situation de crise actuelle, il est pour le moins étrange de constater que les investissements indispensables pour améliorer la qualité de la vie, renforcer l’attractivité commerciale et touristique du centre-ville font défaut. Pire, les grands projets d’aménagements du centre ancien, sont toujours bloqués alors qu’ils étaient pourtant prêts à être lancés dés 2008 (Cité cœur de ville, aménagement de la place Foch…).

Heureusement, quelques grands dossiers sont portés par l’agglomération du Grand Rodez.  Ainsi la réhabilitation de l’îlot Combarel, qui a pris beaucoup de retard, devrait prochainement démarrer par la déconstruction de l’ancien hôpital. Du côté du foirail voisin, la construction du palais de congrès est purement et simplement abandonnée alors qu’il était un atout complémentaire, indissociable du musée Soulages. Il est remplacé par une salle des fêtes, entièrement à charge de la ville de Rodez, dont le coût paraît pour le moins élevé. Autres grands chantiers de l’agglomération, le multiplex de cinéma, le parking souterrain, le jardin public et le musée Soulages. Après avoir traîné en longueur depuis 2008, les travaux devraient débuter prochainement.

Au final, à quelques détails près, force est de constater que les seuls véritables projets sur la ville de Rodez qui subsistent et qui devraient démarrer prochainement sont portés par la communauté d’agglomération du Grand Rodez Rodez. M. Teyssedre, maire de Rodez (qui a parfois la fâcheuse tendance à se prendre pour le président de l’agglomération), ne pourra longtemps cacher l’inertie de sa municipalité et son incapacité à porter le moindre dossier structurant, en s’octroyant le mérite d’investissements futurs qui sont portés et mis en œuvre par une collectivité tierce. Merci à l’agglomération du Grand Rodez !

Ce ne sont pas la rénovation d’un stade de quartier, la réfection de quelques bitumes et autres places de parking, sans parler du flop du projet de réaménagement de la place d’Armes qui permettront à la ville de Rodez d’être attractive. Après des décennies de développement, la ville de Rodez semble aujourd’hui figée au moment où d’autres villes voisines, comme Albi, passent à la vitesse supérieure au niveau des aménagements et équipements structurants. Rodez est loin d’être un art de ville où il fait bon vivre. On n’a jamais autant fait pour favoriser la voiture (on parle de fluidifier le trafic), au détriment des voies et des espaces piétonniers et des transports urbains. Manifestement, l’environnement et le développement durable ne sont pas encore dans les priorités de la municipalité. Pourtant, n’y a-t-il pas au sein de cette municipalité des élus « écologistes » ?  Que font-ils ?

Croit-on vraiment que le seul musée Soulages va permettre à Rodez de tirer son épingle du jeu, si autour de ce dernier, la municipalité ruthénoise s’avère incapable d’embellir la ville et de la doter des équipements qui lui font encore défaut afin de pouvoir accueillir et fidéliser une clientèle exigeante ? Il est aujourd’hui permis d’en douter. Les ruthénois ne peuvent que s’interroger sur l’avenir de leur ville, d’autant qu’il n’est un secret pour personne que les graves dissensions au sein de la majorité municipale sont en train d’éclater au grand jour.

Plutôt que de gesticuler à corps et à cri sur la petite scène médiatique locale pour tenter d’enfumer les ruthénois, M. Teyssedre serait mieux inspiré de se concentrer sur les affaires municipales et l’avenir de la ville de Rodez. Ce n’est pas avec un départ, ni même avec une arrivée du Tour de France à Rodez ou le soutien massif à une équipe de football de seconde zone que l’on construit une politique municipale ambitieuse. Gouverner, c’est prévoir, mais c’est aussi se projeter dans l’avenir en portant un projet cohérent pour l’ensemble des habitants de la ville et de l’agglomération.

De la part d’un élu qui se destinait aux plus hautes responsabilités nationales et régionales il y a peu de temps encore, deux ans plus tard, le retour sur terre est brutal. Manifestement, et pas que pour les ruthénois, on est en droit de s’interroger sur les capacités du maire de Rodez  à faire face aux défis actuels. Gesticuler à tout va est une chose, mais écouter, dialoguer, travailler et construire ensemble en est une autre. Cela ne s’invente pas.

A SUIVRE prochainement :

  • Rodez : les promesses non tenues de la municipalité
  • Rodez : la véritable opposition n’est peut-être pas celle que l’on croit

France : l’urgence à s’attaquer à la réduction des déficits publics et à la dette (2)

16 avril 2010

Le pacte de stabilité mis à mal par la crise

Le traité instituant la Communauté européenne prévoit que les Etats membres doivent éviter les « déficits publics excessifs ». Ces derniers sont caractérisés par un déficit public supérieur à 3 % du PIB et une dette

publique supérieure à 60 % du PIB. Le traité institue une simple procédure de surveillance, visant notamment à mettre un terme à une situation de déficit excessif. Il  a été complété par des règlements et une résolution du Conseil de l’Union européenne formant le « pacte de stabilité et de croissance ».

Comme la plupart des pays européens, la rigoureuse Allemagne qui a elle aussi vu ses déficits et sa dette exploser en 2009 en raison de la crise, va même plus loin. Début 2010, elle a toutefois inscrit dans sa constitution que les déficits publics de l’Etat allemand ne pourront dépasser 0.60% du PIB à partir de 2014. Un exemple que d’autres pays ne semble pas encore prêt à suivre, y compris en France.

La capacité de la France à réduire sa dette plus faible que celle des autres pays

La dette publique s’emballe dans beaucoup d’autres pays et celle de la France, à fin 2010, pourrait être voisine de la moyenne des pays comparables (de l’ordre de 80 % du PIB dans la zone euro selon la Commission européenne). L’appréciation des marchés sur la qualité de la signature des Etats dépend non seulement du niveau de la dette publique, mais aussi et surtout, de la capacité des Etats à réduire leur endettement excessif dans le passé.

De nombreux pays ont réduit leur endettement de plus de 15 points de PIB à un moment ou un autre, sur les trois dernières décennies. Ainsi, les Etats-Unis ont réduit leur dette de 17 points de 1993 à 2000 et le Royaume-Uni de 12 points de 1998 à 2001, après 22 points de 1984 à 1990. En dépit de déficits considérables imputables à l’ampleur de la récession, sa dette publique devrait encore être inférieure à celle de la France fin 2010. L’Allemagne, qui avait fortement réduit son déficit structurel avant la crise, maintiendrait aussi sa dette au-dessous de celle de la France fin 2010, malgré l’ampleur de la récession et de son plan de relance.

De son côté, la France n’est parvenue à réduire sa dette que de 6 points de PIB au cours de la période de forte croissance des années 1998 à 2001. Elle s’est engagée à réduire son déficit et son endettement publics conformément au pacte de stabilité et de croissance, mais les moyens mis en oeuvre n’ont jamais été à la hauteur des objectifs affichés et ceux-ci n’ont jamais été atteints. De fait, la situation de la dette en France reste inquiétante et le pays ne pourra faire l’économie d’une véritable politique de rigueur dans les années à venir. Les français devront passer à la caisse sans tarder pour exister et préserver l’essentiel tant qu’il en est encore temps.

En tout état de cause, il faudra également en passer par de profondes réformes structurelles qui seules, permettront de redresser la situation des finances publiques en France. Alors, au travail !

Plus d’infos : rapport 2010 de la Cour des comptes


France : la taxe carbone reportée sine die ? (2)

5 avril 2010

Grenelle 2 : les raisons d’espérer

Heureusement, au sein de ce gouvernement de François Fillon, il y a des ministres en charge des questions environnementales qui bossent,  qui savent de quoi elles parlent et qui osent dire ce qu’elles pensent. Voici quelques mois, Nathalie Kosciusko-Morizet avait imposé ses vues aux parlementaires lors du débat sur les OGM ; ce qui lui avait coûté son poste de secrétaire d’Etat. Une décision saluée par une bonne partie de la classe politique, mais il est vrai qu’elle avait l’appui des français sur le sujet.

Après la décision de Nicolas Sarkozy de reporter la mise en place de la taxe carbone, c’est Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’écologie qui est montée au créneau en affirmant qu’elle entendait « reprendre le combat contre l’écolo-scepticisme ». Voilà qui ne manque pas de cran ! Heureusement que les femmes de l’UMP sont là pour faire le boulot. Pourtant, ces propos ont, semble-t-il, choqué ce brave Jean-François Coppé dont le seul souci n’est autre que de lisser ses chers électeurs dans le sens du poil. Eh oui, il n’oublie pas que les élections approchent et qu’ils devront se faire réélire. Courageux mais pas téméraire le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale. Au fait : « gouverner », n’est-ce pas « prévoir et préparer l’avenir du pays » plutôt que de préparer les échéances électorales?

Après l’échec du sommet de Copenhague, le Grenelle de l’environnement cher à Nicolas Sarkozy semble avoir du plomb dans l’aile. Espérons qu’il n’en est rien et qu’il ne s’agit là que d’un repli stratégique. Nous seront fixés les 4, 5 et 6 mai prochains, dates auxquelles le « Grenelle 2 » doit être présenté devant le parlement. Au moment où la Fondation Nicolas Hulot décide momentanément de ne plus participer au Grenelle de l’Environnent pour marquer sa déception sur l’abandon du projet de taxe carbone, gageons que Chantal Jouanno, notre brillante secrétaire d’Etat à l’Ecologie saura convaincre Nicolas Sarkozy et le gouvernement de faire marche arrière et de s’engager fermement dans une démarche environnementale salutaire, sans se soucier des humeurs à court terme des uns et des autres. Sur un plan politique, Nathalie Kosciusko-Morizet, Alain Juppé et Michel Rocard soutiennent la mise en place de la taxe carbone.

Les enjeux liés au défi climatique sont immenses et vitaux pour l’avenir de la planète. La France doit être un pays pionner et tracer la voie dans le combat environnemental pour entrainer derrière elle l’ensemble des pays du monde. Il y a urgence. N’oublions pas que les pays qui seront les premiers capables d’intégrer la préservation de l’environnement dans leur développement, seront aussi les premiers gagnants sur un plan économiques, tant en termes d’emploi que d’investissement et de richesse.

Un peu de courage. L’avenir de la planète se joue maintenant et pas dans 10 ans ! Demain, il sera trop tard pour pleurer.