WikiLeaks : information et transparence ou manipulation médiatique ?

Selon le site de WikiLeaks, depuis le 28 novembre 2010, celui-ci a commencé à publier 251.287 mémos diplomatiques résultant de fuites en provenance de diverses ambassades des États-Unis. Il s’agirait du plus grand ensemble de documents confidentiels jamais rendus publics qui devrait donner aux habitants du monde entier un aperçu des activités du gouvernement américain à l’étranger.

Une semaine après leur mise en ligne, les documents diplomatiques révélés par WikiLeaks continuent d’agiter le landerneau politico-médiatique. Si les précédentes fuites orchestrées par Julian Assange avaient été vite circonscrites, cette nouvelle série de publications semble vouloir durer dans le temps. En choisissant de distiller la publication des mémos en sa possession, le site tente de s’imposer comme une source d’information incontournable et dicter ainsi son propre rythme à la presse traditionnelle. Sous couvert de prétendue transparence, ne s’agit-il pas  d’une forme de manipulation de l’information ?

Les documents publiés à ce jour, ne dépassent pas le millier sur un total de plus de 250 000. Ils auraient été préalablement étudiés et vérifiés par une équipe de journalistes d’investigation appartenant aux journaux partenaires (le Guardian, le New York Times, Der Spiegel, Le Monde et El Pais). A cet égard, Julian Assange, fondateur et animateur de WikiLeaks, affirme que ce sont ces mêmes rédactions qui choisissent les informations qu’elles publient ou non.  Serait-ce donc aux journalistes de protéger les secrets d’Etats ?

Quant-à la transparence absolue proclamée par WikiLeaks, elle est loin d’être établie : filtrage des mémos publiés, publication restreinte d’un nombre limité de documents, mise en ligne via une interface inaccessible au grand public, impossibilité de vérifier l’origine précise et l’authenticité des documents… Au passage, ceux qui s’étaient enflammés contre WikiLeaks ne sont-ils pas aujourd’hui les mêmes qui avouent que les dernières révélations diplomatiques n’apprennent finalement rien de nouveau ?

Fallait-il publier ces documents internes à la diplomatie américaine alors qu’ils ont été volés ? Les journaux partenaires ne se sont-ils pas rendus coupables de recel ? En diffusant ces documents secrets volés dont certains pourraient s’avérer dangereux pour diverses personnes impliquées, voire pour la sécurité de certains Etats, la presse ne va-t-elle pas trop loin en profitant de la liberté d’expression et d’information qui fait la force des grandes démocraties ? Plus simplement, WikiLeaks par sa volatilité née de la multitude de ses serveurs à travers le monde,  n’a-t-il pas organisé lui-même une véritable machine à faire du buzz ?

Les documents publiés ont-ils une utilité ? On peut en douter au jour d’aujourd’hui. En effet, en y regardant de plus près, force est de constater que la plupart des articles publiés, souvent rédigés par des spécialistes du domaine de l’information, ne font finalement que confirmer des informations que la presse connaissait déjà plus ou moins. Au final, bon nombre de ces documents ne semblent pas avoir grand intérêt politique ou stratégique, si ce n’est pour la presse en mal d’audience, de trouver là le moyen distiller auprès du grand public certains détails parfois croustillants. Tout çà pour çà ?

Beaucoup de questions demeurent sans réponse. Qui alimente WikiLeaks en documents diplomatiques américains et dans quels buts ? Cette volonté de distiller les documents au compte goutte et de créer le buzz permanent ne participe-t-elle pas à une forme d’instrumentalisation de l’information, voire à la désinformation ? Au service de qui travaille WikiLeaks ? Pourquoi s’acharner à divulguer des informations confidentielles d’une grande nation libre, où il demeure très facile de percer les secrets d’Etat, plutôt que celles émanent de nations non démocratiques et autres dictatures qui menacent quotidiennement la sécurité et notre propre liberté à travers le monde ? Qui manipule qui ?

Loin de la transparence affichée et de la liberté d’information, WikiLeaks relève davantage de la manipulation et de l’affairisme médiatique.

En attendant, le fondateur du site, Julian Assange est accusé d’agressions sexuelles en Suède. Il s’est rendu à la Police britannique ce mardi 07 décembre, avant d’être placé en détention provisoire, le temps pour la justice britannique de se prononcer sur la demande d’extradition émise par les autorités suédoises.

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