Grand Rodez : Un premier anniversaire porteur d’avenir pour le musée Soulages

1 juin 2015

Cette fin mai 2015 marquait le premier anniversaire de l’ouverture du musée Soulages à Rodez.

A cette occasion, la communauté d’agglomération du Grand Rodez qui assume la gestion du pôle muséal (Musées Soulages, Fenaille et Denys Puech) avait organisé une conférence-débat dans l’amphithéâtre de l’université Champollion à Rodez, avec pour maître de cérémonie Benoît Decron, le conservateur du musée Soulages. Parmi les invités, outre le maire et président d’agglomération du Grand Rodez : Pierre de Colette Soulages, Marc Censi ancien maire de Rodez et initiateur du projet, Estelle Pietrzyk conservatrice du musée de Strasbourg et 1ère conservatrice du musée Soulages, Carme Pigem architecte du cabinet catalan RCR et Pierre Encrevé, auteur d’ouvrages sur Pierre Soulages…

Avec un peu plus de 270 000 visiteurs en un an, on est bien loin des 60 000 à 140 000 visiteurs espérés dans le meilleur des cas. De ce point de vue, le succès du musée Soulages est incontestable et fait partie des musées français parmi les plus fréquentés. Côté recettes, pour cette première année (entrées + boutique), elles sont de l’ordre de 1 500 000 € pour un déficit de fonctionnement du pôle muséal estimé à 1 800 000 €. Ce qui n’est pas si mal lorsque l’on sait que les recettes avaient été budgétées à 200 000 € seulement. Rappelons que le coût global du musée Soulages a été d’environ 25 000 000 €, financé par l’agglomération du Grand Rodez, l’Etat, la région Midi-Pyrénées et le Conseil départemental de l’Aveyron.

Que de chemin parcouru en un an ! Même les plus septiques des ruthénois, Dieu sait qu’ils étaient nombreux, sont bien aujourd’hui forcés de reconnaître que le pari du musée Soulages est en passe d’être gagné, même s’il reste beaucoup de chemin à parcourir et qu’il faudra confirmer dans les prochaines années.

L’ouverture du musée Soulages a profondément modifié la vie ruthénoise et dynamisé le commerce de centre-ville. Il suffit pour cela de se promener dans les rues de Rodez aux beaux jours pour voir que les choses ont bien changé. Comble du miracle, même les autres musées et notamment le merveilleux musée Fenaille a battu des records avec plus de 30 000 visiteurs, à faire pâlir de nombreux musées de villes bien plus importantes.

La naissance du musée Soulages

Pour Marc Censi, l’ancien maire de Rodez et président de l’agglomération, c’est en 1976, à l’occasion de la remise du prix Rembrandt à Pierre Soulages à Rodez, que l’artiste peintre a été découvert par quelques ruthénois, dont lui-même. Elu maire de Rodez en 1983, il a pris contact avec Pierre Soulages en 1984 et l’a rencontré dans son atelier parisien.

Quelques années plus tard, en 1989, à l’initiative du préfet Degrémont, le maire de Rodez a pu rencontrer à plusieurs reprises l’artiste qui travaillait alors à la réalisation des vitraux de Conques. Pierre Soulages lui-même situe l’origine du musée qui porte son nom à cette époque, se plaisant d’ailleurs à rappeler qu’il a longtemps hésité avant d’accepter à la réalisation des vitraux. Finalement, par passion pour l’abbaye de Conques, ce haut lieu de l’art roman, l’artiste a finalement accepté d’en réaliser les vitraux. Sans cette réalisation, il affirme d’ailleurs que le musée Soulages n’aurait pu se réaliser.

Au cours de ces années, les discussions et échanges n’ont cessé entre Pierre Soulages  et Marc Censi ; l’élu ruthénois n’ayant de cesse de défendre l’idée d’un musée à Rodez consacré à l’artiste. Il aura fallu beaucoup de persévérance à Marc Censi pour finir par convaincre ce dernier de l’intérêt d’un tel projet, sachant que Pierre Soulages était très réticent à l’idée d’un musée consacré à sa personne. Finalement, au fil des ans, l’amitié entre les deux hommes a fait son chemin et l’artiste a fini par accepter le principe d’un musée à condition qu’il fasse une part significative à des expositions temporaires sur une superficie d’au moins 500 m2.

C’est dans ces conditions et après de longues années de négociations que Pierre Soulages a fait donation d’une partie de son œuvre à l’agglomération du Grand Rodez, chargée de porter le projet de musée. Celle-ci a eu lieu le 13/05/2005.

La réalisation du musée Soulages

Après ces années d’échange avec l’artiste et cette première donation que le projet de musée Soulages a commencé à prendre corps. Pour ce faire, la communauté d’agglomération a recruté une jeune femme, Estelle Pietrzyk qui est devenue la première conservatrice du musée. Elle a eu la lourde tâche d’élaborer le projet scientifique et culturel préfigurant le nouveau musée. Pas si simple d’imaginer à partir de rien, un nouveau musée. « De la haute couture » selon la jeune conservatrice qui a du batailler avec les administrations et le ministère de la culture pour obtenir en 2006 le label Musée de France, label qui est habituellement réservé à quelques grands musées déjà existants.

A force de persévérance, Estelle Pietrzyk a fini par l’obtenir à partir d’un simple projet qui n’était alors qu’embryonnaire. Cette étape franchie, il a fallu ébaucher au plus juste ce nouveau musée, tout en restant à l’écoute permanente de Pierre Soulages.

Un concours international a été lancé par l’agglomération pour la construction du musée en 2007. Pas moins de 104 projets ont été présentés. Début 2008, 4 projets ont été retenus par les élus. Au final et à l’unanimité du jury, c’est le projet porté par le cabinet d’architectes catalans RCR qui l’a emporté. Un projet qui répondait aux attentes de Pierre Soulages d’un musée s’intégrant dans un jardin paysager, tout en faisant en sorte que le bâtiment se fonde au mieux dans l’espace du foirail et de la cathédrale à proximité.

L’architecte Carme Pigem de RCR Arquitectes dit « avoir privilégié le rapport entre l’œuvre, l’espace et la ville. L’acier Corten amène la force de la matérialité et sa couleur se rapproche beaucoup de celle de la cathédrale ». De son côté, Pierre Soulages ne tarit pas d’éloge sur le bâtiment : « Il y a des volumes à l’extérieur, une fluidité remarquable à l’intérieur et une organisation de la lumière variée. C’est une architecture particulièrement réussie. »

Quel avenir pour le musée Soulages ?

Benoît Decron a assuré : « Nous avons créé un musée complexe et complet… C’est la force du musée ». Comme l’a reconnu, Christian Teyssèdre le maire de Rodez et président du Grand Rodez, il va maintenant falloir transformer l’essai et s’inscrire dans la durée. C’est le principal défi à relever.

Si l’effet nouveauté devrait encore durer cette année et probablement l’an prochain avec la belle exposition temporaire Picasso annoncée, il va falloir travailler pour assurer le succès des années à venir. Cela passe notamment par une plus grande collaboration avec les autres musées régionaux, mais aussi par une multitude de projets venant se greffer aux musées ruthénois.

Il y a la maison natale de Pierre Soulages, rue Combarel rachetée par l’agglomération et qui devrait être rénovée et ouverte à la visite. La gestion de celle-ci pourrait être confiée à l’association des amis du Musée Soulages qui y transférerait son siège. Il faut aussi penser à la vocation de la chapelle des Capucins, au sein de l’espace Combarel en cours d’aménagement.

Plus largement, un centre de recherche pourrait aussi voir le jour pour mieux faire connaître l’immensité de l’ouvre de Pierre Soulages qui comporte plus de 1 200 œuvres. Il pourrait aussi être envisagé une filière universitaire dédiée à l’art et à la culture.

Dans ce contexte, on ne peut que regretter que l’actuelle municipalité ait renoncé à la réalisation d’un palais de congrès qui aurait été un excellent moyen de profiter de l’attractivité du musée Soulages tout en permettant de fixer plus durablement les congressistes sur la ville. Les projets ne manquent pas mais les moyens financiers des collectivités seront de plus en plus limités. Il faudra donc faire plus avec moins à l’avenir.

Quoi qu’il en soit, ce qui est fait est fait. L’avenir du musée Soulages à Rodez paraît assuré et devrait contribuer largement à l’attractivité du Grand Rodez.

Bravo aux initiateurs du projet et à ceux qui ont su le concrétiser.

 

 


Grand Rodez : 3 mois après son ouverture, l’audacieux pari du musée Soulages est en bonne voie

15 septembre 2014

Le musée Soulages à Rodez est une longue histoire ! Entre l’inauguration du musée en mai 2014 et les premières approches entre l’artiste-peintre Pierre Soulages et Marc Censi, maire de Rodez et président de l’agglomération du Grand Rodez, plus d’une décennie s’est écoulée. Il fallait en effet convaincre Pierre Soulages, au premier abord peut enclin à voir un musée porter son nom. Ce n’est qu’aux termes de nombreuses années de discussions et de rapports de confiance entre l’artiste et l’ancien maire de Rodez que le projet a pris corps, lentement mais sûrement. La patience de l’ancien maire a finalement porté ses fruits et le projet a pu aboutir.

Sans ce long travail préalable, jamais le musée Soulages n’aurait pu voir le jour. Le mérite en revient d’autant plus à Marc Censi que le projet était fortement critiqué ; la plupart des élus d’alors ne voyaient dans ce projet qu’un investissement de prestige qui serait un véritable gouffre financier.

Si l’ancien maire de Rodez tenait plus que tout à l’aboutissement de ce projet, c’est avant tout en raison de l’opportunité qu’il présentait sur un plan touristique et économique. S’il ne fait aucun doute que les retombées d’un musée national dans une agglomération de 60 000 habitants constituent une chance pour la ville, elles n’en sont pas moins difficiles à évaluer tant les paramètres sont nombreux et complexes. Toujours est-il que Marc Censi, le visionnaire, a eu du flair et cela personne ne peut le contester. Il a su convaincre un artiste ruthénois de renommée internationale (même si inconnu des aveyronnais jusqu’alors) très attaché à sa ville natale en construisant patiemment un projet culturel de haut niveau pour renforcer l’attractivité de sa ville et développer un véritable pôle touristico-économique.

Il ne fait aujourd’hui guère de doute que dans les années à venir, le musée Soulages donnera tort aux plus sceptiques et confirmera le succès enregistré dés les premiers mois. Au fil des ans, le musée Soulages devrait s’avérer un formidable outil de développement économique et un gisement d’emplois indirects durables. Et ce n’est pas l’actuel maire de Rodez qui s’en plaindra, lui qui était pourtant au départ, peu enthousiaste pour le projet. Quoi qu’il en soit, il a eu le mérite de porter le projet à son terme. Ce qui, au final, est le plus important.

Construit sous le forme de 5 cubes en acier Corten par le jeune cabinet d’architectes catalans RCR Arquitecte (Ramon Vilalta, Carme Pigem et Rafael Aranda), son architecture originale et innovante constitue à elle seule une attraction par son intégration parfaite dans la pente du jardin du foirail. Au total, l’ensemble représente une superficie de 6 000 m2. Le musée est mis en scène par le talentueux conservateur en chef du musée : Benoît Decron qui a réalisé un travail remarquable de mise en valeur des œuvres de Pierre Soulages. L’une des ailes du musée abrite le nouveau « Café Bras », une brasserie gastronomique qui a ouvert ses portes à l’initiative de Michel et Sébastien Bras, les célèbres chefs étoilés de Laguiole (3 étoiles au guide Michelin).

Le coût total du musée s’établit à 22 millions d’euros hors-taxe, auquel il fait ajouter 3 millions pour le jardin public attenant. La communauté d’agglomération du Grand Rodez a financé le musée à hauteur de 12 millions et les 10 autres millions par l’Etat, la région Midi-Pyrénées et le Conseil général de l’Aveyron. Pour faire vivre le musée, le budget de fonctionnement prévu pour le seul musée Soulages est de l’ordre de 1,5 millions d’euros.

Le musée Soulages s’inscrit au sein du pôle muséal du Grand Rodez qui regroupe les deux autres musées existants : les musées Fenailles (statues-menhirs) et Denys Puech (beaux-arts). A noter que le prix d’entrée de 7 € seulement est valable pour l’ensemble des 3 musées ; un tarif imbattable qu’il conviendra probablement de revoir à la hausse. Le budget prévisionnel de fonctionnement du pôle muséal (incluant les 3 musées) a été fixé à 2 millions d’euros, mais pourrait bien s’avérer sensiblement supérieur. Au total, prés d’une quarantaine de personnes sont employées par les musées ruthénois en pleine saison.

Le musée Soulages a été inauguré le 30 mai 2014. A la surprise générale, les prévisions de fréquentation les plus optimistes sont en passe d’être largement dépassées. Benoît Decron, le conservateur en chef du musée Soulages tablait sur 150 000 visiteurs la première année. Or, à fin août, en à peine trois mois seulement, les 100 000 visiteurs auraient été atteints (1 200 entrées en moyenne par jour). Même si certains ont bénéficié d’une entrée gratuite, il faut bien l’avouer, la fréquentation est exceptionnelle et plus qu’encourageante pour l’avenir du musée, même s’il faudra attendre quelques années pour y voir un peu plus clair.

Il suffit d’avoir arpenté le centre-ville de Rodez cet été pour constater l’importance de la fréquentation touristique française et internationale. Jamais la ville n’avait connu pareille affluence et ce sans discontinuer. S’il est vrai que les conditions météo exécrables y ont contribué, les retombées sont inespérées et ce n’est pas les commerçants du centre-ville qui vont se plaindre, notamment du côté des cafés-bar-brasseries et autres hôtels et restaurants qui ont connu une belle affluence, preuve s’il en est de l’attractivité du musée Soulages.

Manifestement, Rodez est en passe de devenir une ville-étape incontournable dans le domaine culturel en France. Autre satisfaction, prés de la moitié des visiteurs sont originaires de la région Midi-Pyrénées ; le reste se répartissant entre le reste de la France et les visiteurs étrangers.

Si certains étaient sceptiques au départ, il ne fait aujourd’hui aucun doute que le musée Soulages participe activement à l’attractivité du Grand Rodez et au développement de l’industrie touristique régionale. Reste maintenant aux élus ruthénois à transformer l’essai et à terminer au plus vite le réaménagement du centre-ville qui en a bien besoin, que ce soit du côté de la rue Béteille, de la place de la Cité, de la place et du parking Foch ou du quartier Combarel. Il y a urgence à transformer l’essai pour faire de Rodez un pôle touristique et culturel incontournable en favorisant les longs séjours dans notre région.

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