Europe : avis de tempête sur la zone euro

22 octobre 2011

L’Europe et la zone euro en particulier, traversent la plus grave crise de leur histoire.

Les pays de la zone euro payent aujourd’hui au prix fort une Europe qui a été conçue dans la précipitation et qui a cru que l’union à celle seule suffirait à faire converger des pays disposant d’une histoire très différente et surtout de systèmes économiques, budgétaires et sociaux tout aussi différents. En 2011, les divergences apparaissent au grand jour entre les pays du nord, rigoureux et aux finances saines (Allemagne, Autriche, Pays-Bas…) et l’Europe du Sud aux économies fragiles et aux finances budgétaires exsangues (Grèce, Portugal, Espagne, Italie…). La France se situant entre les deux.

Sans une Europe fédérale qui seule permettrait de gommer ces écarts entre les pays du nord et du sud, l’euro tiré vers le haut par les économies fortes menées par l’Allemagne, ne pouvait que mettre en difficulté les économies de l’Europe du sud. Pour faire face à la dette colossale des pays du sud, dont certains sont en défaut de paiement, l’Europe n’a d’autre solution que de mutualiser les dettes des pays de la zone euro pour éviter l’implosion de celle-ci permettre à ces pays de s’en sortir au mieux.

Encore faut-il que l’Allemagne accepte de contribuer à l’effort commun pour financer la dette de pays qui n’ont aucune chance de rembourser un jour. Manifestement, la rigoureuse Allemagne qui a déjà demandé beaucoup d’effort aux allemands pour financer la réunification, ne semble pas prête à payer pour les cigales du sud de l’Europe. D’où les grandes difficultés pour le président français Nicolas Sarkozy de faire accepter le plan visant notamment à la mise en place du FESF (Fond européen de stabilité financière) permettant de mutualiser la dette pour venir en aide aux pays en difficulté et au renforcement du rôle de la BCE (Banque centrale européenne).

Les nombreux allers-retours entre Paris et Berlin pour préparer le sommet européen, finalement reporté au 26 octobre, suffiront-ils à trouver un terrain d’entente entre les deux pays pour sauver la zone euro ? Rien n’est acquis mais il faut espérer des avancées importantes lors de ce sommet car il y a urgence. Verdict le 26 octobre prochain.

De son côté, la France va devoir ajuster son budget 2012 à une croissance qui ne devrait pas dépasser 0.9 % l’an prochain alors que ses prévisions étaient basées sur 1.75%. Il vaut donc falloir trouver 10 milliards supplémentaires d’économies ou de recettes nouvelles. La France ne pourra échapper elle aussi à une véritable politique de rigueur budgétaire dans les prochains mois si elle ne veut pas voir la note de sa dette AAA dégradée, comme l’a laissé entendre récemment l’agence Moddy’s.

D’ici le 15 novembre, la France et l’Europe vont vivre  une période capitale de leur histoire. Une fois encore, face à l’ampleur de la crise financière et institutionnelle, il faut espérer que l’Europe saura faire bloc et éviter un éclatement de la zone euro qui serait catastrophique pour les pays du sud de l’Europe.


Europe : privilégier au plus vite la réduction de la dette et des déficits publics tout en favorisant la croissance

24 mai 2010

Selon les estimations réalisées par l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), l’endettement des principaux pays membres devrait connaître une forte augmentation en 2010.  Le tableau ci-après récapitule pour les principaux pays développés, les principales évolutions prévues au cours de l’année 2010.

Pays Dette totale en % PIB (Prévis 2010) Déficits publics en % PIB (Prévis 2010) Evolution de croissance PIB en 2010
1 Japon 197.20 % 8.2 % 1.9%
2 Islande 142.50 %
3 Grèce 123.30 % 12.4 % -0.9%
4 Italie 120.00 % 5.7 % 0.8%
5 Belgique 105.20 % 5.8 % 1%
6 Portugal 89.60 % 8.3 % -0.7%
7 France 89.00 % 8.1 %

1.5%

8 Etats-Unis 88.50 % 10.6 % 2.9%
9 Irlande 85.50 % 13.7 % 0.3%
Moyenne pays zone euro (estim. 2010) 84.00 % 7.1 % 1%
10 Royaume-Uni 84.40 % 12.1 % 1.3%
11 Allemagne 78.70 % 5 % 1.4%
12 Espagne 70.40 %

10.3 %

-0.5%
13 Canada 68.70 % 5.2 % 2.5%
14 Pologne 53.10 % 4.8%

1.4%

Objectifs fixés par pacte stabilité UE 60 % 3 %

Le tableau ci-dessus met en évidence les fragilités de certains Etats, notamment de la zone euro, au regard de l’augmentation de la dette publique et des déficits publics depuis 2009.

Pour autant, certains pays lourdement endettés, tels le Japon et l’Italie, et dans un moindre degrès, la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, restent pourtant moins exposés en raison de la relative qualité de leur dette souveraine (qualité de la signature du pays, dette détenue principalement par les ménages… leur assurant une note maximale : AAA). L’exposition de ces pays pourrait cependant augmenter à défaut de maitrise des déficits publics et d’un taux de croissance annuel inférieur à 2% pour 2011 et 2012. Ce qui, à juste titre, serait lourdement sanctionné par les agences de notation.

A l’inverse, des pays plus  modérément endettés, tels l’Espagne et le Portugal, sont actuellement plus exposés à la spéculation en raison de l’explosion de leur déficit public en 2010 et d’une croissance négative pour les années à venir. D’où une dégradation de leur dette souveraine par les agences de notations qui redoutent une rapide augmentation de leur dette.

Le tableau met en évidence les risques importants (forte augmentation de la dette et des déficits publics, croissance négative…) sur les pays tels la Grèce et l’Irlande, clairement au bord de la faillite.

Dans ce contexte, on comprend mieux l’ampleur du plan de sauvetage de 750 milliards d’euros mis en place dans la zone euro, à l’initiative de la France. Mais on peut craindre que cela ne suffise pas à éteindre l’incendie allumé par la Grèce. La situation financière (dette et déficits publics) de ce pays est telle que, sans perspective réelle de croissance, il lui sera très difficile de rétablir les équilibres financiers, même à long terme, sans une aide massive des autres pays de l’Union européenne.

Les économies de la zone euro ne sortiront de cette importante crise que par une politique rigoureuse de maitrise des dépenses publiques, la mise en place d’une véritable gouvernance économique européenne, l’instauration d’un budget européen conséquent, l’harmonisation au plus vite des règles fiscales et sociales, et plus généralement l’existence en son sein d’une véritable zone économique ouverte, soutenue par la croissance interne.

Ce qui veut dire que la zone euro, tout le moins, devra évoluer très rapidement et les Etats qui la composent abandonner une partie de leur souveraineté. Le monde a changé ! Afin de poursuivre son développement, la zone euro doit aller de l’avant et favoriser du mieux possible la convergence des politiques économiques, financières, sociales et fiscales des Etats qui la compose.

C’est le prix à payer pour maintenir notre niveau de développement et la stabilité de l’Europe. Il n’y a pas d’autres alternatives raisonnables.


Europe : nécessité d’un véritable gouvernement économique dans la zone euro

20 mai 2010

Après l’annonce du plan de soutien à l’euro, annoncé le 10 mai 2010 de 750 milliards d’euros, on pouvait légitimement penser que la crise au sein de la zone euro allait prendre fin, au moins pour quelques mois. Passée la première journée d’euphorie, les marchés ont vite déchanté et l’euro à repris sa chute en atteignant 1.22 pour un dollar le 18 mai.

Les raisons en sont que les marchés n’ont qu’une confiance limitée dans la capacité de certains Etats comme la Grèce, le Portugal et l’Espagne à réduire rapidement leurs déficits et leur dette, alors que la croissance est proche de 0. D’autre part, les récents propos d’Axel Weber, président de la Bundesbank et candidat à la succession de M. Trichet à la tête de la BCE, laissant entendre que les chances de la Grèce d’éviter la faillite étaient faibles, n’ont pas rassuré les intervenants. De son côté, Paul Volker, ancien patron de la FED (Réserve fédérale américaine) et conseiller économique d’Obama, aurait tenu des propos très pessimistes sur l’avenir de l’euro. Tout cela n’a pu que nourrir les craintes des marchés. Peut-on les en blâmer ?

De plus, l’économie de la zone euro ne peut durablement fonctionner que si l’ensemble des pays qui la compose mènent des politiques économiques et budgétaires convergentes, proches dans leurs grandes lignes. D’où la nécessité d’une véritable gouvernance économique européenne et une évolution institutionnelle vers un fédéralisme et une réduction sensible de l’indépendance des Etats de la zone euro. Enfin, il n’a pas échappé aux marchés que depuis plusieurs années, on assiste à une dérive budgétaire constante entre les pays du nord de l’Europe et ceux du sud, aggravée par une croissance en berne ces dernières années. Ce manque de rigueur des pays du sud, parmi lesquels la France, ne peut durer sans mettre en péril l’ensemble de la zone euro.

ll y a donc urgence à revenir progressivement aux critères de convergence assignés aux pays de la zone euro lors de sa création (traité de Maastricht). Passé le choc de la crise financière de 2008 qui a mis gravement à mal les finances publiques des Etats les plus fragiles, les pays de la zone euros doivent maintenant se rapprocher des objectifs assignés par le pacte de stabilité et de croissance, soit un déficit maximal inférieur à 3% du PIB et une dette publique inférieure à 60% du PIB. C’est le seul moyen pour la zone euro de retrouver durablement la stabilité et la croissance.

En effet, les experts économiques sont unanimes pour affirmer qu’au-delà d’une dette publique > 90% du PIB, on ne peut espérer une croissance supérieure à 1%. Or de nombreux pays de la zone euro ont déjà dépassé ce seuil de 90% et nombre d’entre eux, dont la France, risquent de l’atteindre dés 2011. Une spirale inquiétante qu’il faut inverser au plus vite.

Avec un taux de croissance inférieur à 2% depuis 2006, la zone euro est condamnée à l’implosion ou au déclin. Pour y remédier, il n’est que temps de s’attaquer une bonne fois pour toute à la réduction de la dette publique. Cela passe par une maitrise des dépenses publiques et notamment une réduction sensible des dépenses et des coûts structurels, une augmentation des impôts notamment pour les plus aisés, une taxation des revenus de l’épargne, un gel des salaires de la fonction publique et une modération des subventions et autres aides publiques.

Mais attention, la difficulté consiste à trouver un juste équilibre entre réduction des dépenses et augmentation des impôts pour ne pas pénaliser la consommation et la croissance. Cela implique une politique alliant rigueur et souplesse afin de retrouver une croissance proche de 2% au plus tôt. En cela, l’ampleur et la rudesse des mesures de rigueur prises par la Grèce, le Portugal et l’Espagne sont loin d’avoir rassuré les marchés. Car outre les difficultés à tenir de tels engagements, une politique aussi brutale risque en outre de stopper durablement la croissance de ces pays pour des nombreuses années. Sachant que sans croissance, il sera difficile de réduire la dette…

Alors, il n’y a pas de temps à perdre pour adopter rapidement un gouvernement économique dans les pays de la zone euro. La survie de l’Europe est à ce prix. En attendant, la baisse de l’euro devrait soutenir activement les exportations et donc la croissance…