France : concessions de barrages hydroélectriques (4)

16 mars 2010

Le norvégien Statkraft serait très intéressé par l’exploitation des installations de la Truyère (4)

Le groupe public norvégien Statkraft détenu à 100% par l’Etat norvégien, est le deuxième producteur européen d’électricité d’origine hydraulique. Depuis sa création en 1895, le groupe exploite à ce jour plus de 225 centrales hydrauliques, dont 149 en Norvège, 58 en Suède et 11 en Allemagne. Statkraft a produit 45 térawattheures (TWh) d’électricité hydraulique en 2008. Forte de sa longue expérience dans l’exploitation de centrales hydrauliques, la société  est candidate à la reprise de certaines centrales hydroélectriques actuellement exploitées par EDF qui seront prochainement ouvertes à la concurrence.

Bard Mikkelsen, PDG du groupe norvégien déclarait dés novembre 2009 à Paris : « Nous sommes intéressés par la France du fait de notre expérience dans l’électricité hydraulique ». Le parc hydroélectrique français est le 3ème en importance en Europe avec une production de 64 TWh, derrière la Norvège 136 TWh et la Suède 67 TWh.

Le groupe norvégien dit viser en priorité les concessions de taille importante (supérieure à 100MW) « là où sa compétence est la meilleure ». Installée à Lyon, Statkraft France vend déjà une partie de sa production sur la Bourse française de l’électricité Powernext. Le groupe norvégien s’intéresse aux trois regroupements de centrales hydrauliques dont la mise en concurrence devrait être annoncée prochainement : les barrages de la rivière de la Truyère (en Aveyron), ceux de la Dordogne et du Drac (affluent de l’Isère).

 »Sur les trois critères fixés par le gouvernement, Statkraft utilisera son expérience pour répondre aux différents besoins des concessions. La protection des éco-systèmes, le respect des usages alternatifs de l’eau, le dialogue avec les autorités locales constituent des exigences auxquelles Statkraft a l’habitude de répondre », a souligné Statkraft dans un communiqué.  »La France est confrontée à un défi grandissant : sécuriser la production d´énergie flexible, notamment lors des pics de consommation. Ni le nucléaire, ni l´éolien ou le solaire ne sont des énergies flexibles, il est donc nécessaire d´assurer et de développer ce type d´énergie : dans ce cadre, les barrages hydroélectriques jouent un rôle déterminant », a déclaré Emmanuel Soetaert, président de Statkraft France.

Rappelons que le premier fournisseur de gaz de la France n’est autre que la Norvège et que GDF-Suez s’est vu attribuer, il a y peu, l’exploitation dans ce même pays, d’un important champ gazier. Dans ce contexte de développement des échanges économiques entre la France et la Norvège, la mise en concession des équipements hydroélectriques français pourrait permettre à Statkraft de se voir attribuer la concession d’un certain nombre d’installations hydroélectriques françaises, permettant ainsi à celles-ci de se moderniser et de « doper » la production d’énergje propre et renouvelable.

L’ouverture à la concurrence des concessions de barrages français devrait être un excellent moyen d’atteindre  l’objectif fixé par l’Europe en 2020, soit une part de 23% pour les énergies renouvelables dans la production électrique, aujourd’hui de l’ordre de 10%.
Plus d’infos sur les autres exploitants d’installations hydroélectrique : EDFGDF SuezVerbundHydro-Québec

Publicités

France : concessions des barrages hydroélectriques (2)

26 février 2010

Un plan de relance de la production hydroélectrique française (2)

La mise en concurrence des concessions est le premier volet d’un plan plus large visant à relancer l’hydroélectricité en France dans le cadre de l’exercice de programmation énergétique pour 2020. L’Etat prévoit en effet un soutien massif aux investissements effectués dans les barrages, conformément aux engagements du Grenelle Environnement. Il s’agira dans un premier temps d’augmenter les capacités de production en installant des turbines de nouvelle génération qui permettront d’accroître de 25% à 30 % la puissance électrique des installations hydroélectriques.

Le deuxième objectif est de renforcer la sécurité d’approvisionnement en électricité en développant particulièrement les stations de pompage (STEP) pour assurer une alimentation stable en période de pointe sans recourir aux centrales au fioul. Les STEP reposent sur deux bassins : l’un situé en amont, l’autre en aval, reliés entre eux par des conduites forcées avec un dénivelé important. En mode turbinage, l’eau est lâchée du bassin supérieur et fait tourner les turbines. En mode pompage, l’eau est remontée dans le bassin supérieur pour être relâchée ultérieurement.

Ces installations permettent de stocker de l’énergie qui peut, selon les besoins, être mobilisée très vite surtout en période de forte demande. Le département de l’Aveyron dispose de l’une des principales STEP de France avec son installation de Montézic-Couesque. Située sur la rivière Truyère, d’une puissance installée de 910 Mw, soit l’équivalent d’une tranche nucléaire, elle constitue un outil essentiel de production d’électricité par sa puissance, sa souplesse et sa disponibilité.

Les premières annonces d’appels d’offre sur les barrages hydroélectriques d’EDF doivent intervenir début 2010 au plus tard pour un début de concession en 2012. Outre EDF, candidate à sa propre succession, plusieurs grands groupes internationaux, spécialisés dans l’exploitation de centrales hydrauliques ont déjà fait part de leur intérêt, dont le français GDF Suez, l’autrichien Verbund, le norvégien Statkraft et le canadien Hydro-Québec.

Plus d’infos : Tout savoir sur les concessions hydroélectriques par la DRIRE

A suivre prochainement :

  • (3) Renouvellement de la concession des installations hydroélectriques de la Truyère (Aveyron et Cantal) en 2012
  • (4) Le norvégien Statkraft intéressé par l’exploitation des installations de la Truyère

France : concessions des barrages hydroélectriques (1)

19 février 2010

Depuis 2008, date de l’ouverture à la concurrence des renouvellements de concessions de prés de 400 barrages hydroélectriques français, l’opérateur public national n’a plus le monopole des concessions.  Ces installations hydroélectriques représentent 95% de la puissance électrique installée (sur un total de 744 barrages de plus de 10 m de haut). Ces concessions avaient été, pour la plupart, attribuées pour une durée de 40 ans à l’issue de laquelle les biens de la concession reviennent à l’État. EDF est titulaire de plus de 80 % des concessions et le groupe GDF-Suez de 12 % par le biais de la Compagnie nationale du Rhône (CNR) et de la Société hydroélectrique du midi (SHEM). Les derniers 8 % sont constitués de petites installations concédées à des producteurs indépendants.

Des appels à candidature doivent être lancés début 2010  pour les concessions arrivant à terme dans les années à venir. La procédure de renouvellement devrait durer près de trois ans et les premières concessions délivrées en 2012. Le ministre de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de l’Aménagement du Territoire (MEEDDAT), Jean-Louis Borloo avait annoncé dés la signature du décret autorisant la mise en concurrence des concessions hydroélectriques françaises : « L’Etat choisira pour chaque renouvellement de concession la meilleure offre au triple plan énergétique, environnemental et économique, explique le MEEDDAT. Il s’agit de tirer le meilleur parti de cette ressource naturelle, de ce bien commun que constitue la force motrice de l’eau. »

De très loin la première filière de production d’énergies renouvelables en France, l’hydroélectricité représente environ 8% de la production d’électricité nationale. La puissance installée s’élevait en 2009 à 24.000 MW, contre 63.000 MW pour le nucléaire et contribuait à produire 70 TWh d’électricité par an sur les 480 TWh consommés chaque année. Une énergie propre et renouvelable qui s’avère vitale pour faire face aux pics de consommations hivernaux.

Toutefois, cette production hydroélectrique est encore loin des objectifs fixés par la Directive Européenne sur le développement des Energies Renouvelables (ENR) qui impose à la France de faire passer à 23% en 2020, la part des ENR dans la production électrique. L’hydroélectricité, l’éolien, le solaire mais aussi la biomasse devraient contribuer à cet objectif à condition d’investir massivement dans ces domaines. En France, comme ailleurs, seule l’hydroélectricité permettra d’y parvenir.

A suivre prochainement :

  • (2) Vers une relance de la production hydroélectrique en France
  • (3) Renouvellement de la concession des installations hydroélectriques de la Truyère (Aveyron et Cantal) en 2012
  • (4) Le norvégien Statkraft intéressé par l’exploitation des installations de la Truyère