Europe : les européens entre espoir et désenchantement en raison de l’absence de visibilité sur la sortie de crise

15 octobre 2012

Depuis le début de la crise de l’euro, voici déjà quelques années, l’Europe n’en finit pas de rebondir de crise en crise, au gré des vents contraires qui soufflent sur les principaux pays de l’Union du sud : Grèce, Portugal, Espagne, Italie et peut-être bientôt la France.

Au train où vont les choses et en l’absence de véritable gouvernance au sein de la zone euro, les derniers sommets des chefs d’Etat et de gouvernement n’ont hélas pas permis des avancées significatives permettant de s’attaquer efficacement et durablement à la crise de la zone euro. Chacun campant sur ses positions en attendant que l’autre fasse éventuellement un geste pour débloquer la situation. Après les élections françaises, ce sont les élections allemandes qui se profilent en 2013, favorisant le status-quo. Ce qui nuit considérablement à la gouvernance de l’Union européenne.

Ceci est d’autant plus dommageable que le couple franco-allemand, véritable moteur de l’Europe est en panne depuis l’élection de M. Hollande. Il suffit de regarder ! Depuis 6 mois, il ne s’est rien passé de notable entre la France et l’Allemagne qui s’observent, figés sur leurs positions respectives. Rien de bien encourageant à un moment où le processus de construction européenne devrait s’accélérer pour mieux affronter la crise actuelle. Hélas, la confiance semble aujourd’hui rompue. Pour combien de temps ?

Le prix Nobel de la Paix 2012 attribué à l’Union européenne

Petit réconfort, en cette bien maussade fin d’année 2012, le comité Nobel a salué la construction européenne et la volonté des Etats qui la composent à œuvrer ensemble à l’union du vieux continent pour consolider la paix et la sécurité. Au moment où l’Europe traverse la plus grave crise financière de son histoire, ce prix Nobel est un encouragement à la poursuite des efforts pour parachever la construction européenne et l’encrer dans la démocratie, la liberté et le développement durable.

Thorbjorn Jaglad, président du jury du Comité Nobel et par ailleurs secrétaire général du Conseil de l’Europe, a déclaré que l’UE avait joué un rôle clé dans la transformation de l’Europe « d’un continent de guerres en un continent de paix. L’Union et ses pionniers ont contribué pendant plus de six décennies à promouvoir la paix et la réconciliation, la démocratie et les droits de l’homme en Europe« . Il a souligné que cette distinction avait pour objet de rappeler tout ce qui serait perdu « si on permettait l’effondrement de l’Union. C’est un message adressé à l’Europe pour qu’elle fasse tout ce qui est en son pouvoir pour préserver ce qu’elle a réalisé et pour aller de l’avant« .

En effet, la crise actuelle ne doit pas faire oublier les importantes avancées de l’Union européenne depuis 60 ans au profit des divers pays européens dans leur ensemble, des plus riches aux plus pauvres.  Ces acquis sont considérables et sont le ciment de l’Europe de demain. Ce prix Nobel attribué à l’UE doit être en encouragement à la poursuite de la construction d’une union plus forte et durable.

L’échec du rapprochement EADS – BAE Systems : une occasion manquée pour l’Europe

Le projet de fusion entre deux géants européens, le franco-allemand EADS principalement spécialisé dans l’aéronautique, avec notamment Airbus, et le britannique BAE Systems, spécialisé dans l’armement, avait de l’avis des spécialistes énormément de sens. Ce projet présenté fin août dernier par les managements des deux entreprises et notamment de Tom Enders, président d’EADS, avait pour but de rapprocher deux entreprises de haute technologie qui présentaient bien des complémentarités afin d’en augmenter leur résistance face à la crise. Ce qui aurait permis de constituer le premier groupe mondial dans l’aéronautique et l’armement, devant Boeing et les autres groupes américains.

De ce point de vue, l’Europe se serait ainsi trouvée en position de force sur les marchés mondiaux où la concurrence sera de plus en plus dure dans les années à venir. D’autant plus que de nouvelles coupes dans les budgets militaires des Etats-Unis, du Royaume-Uni et les autres pays de l’UE risquent de fragiliser les entreprises exclusivement tournée vers l’armement, telle BAE Systems dont plus de 40 % du chiffre d’affaires est réalisé outre-Atlantique. Bien difficile de présager l’avenir même si aujourd’hui, la tendance est à la baisse des commandes dans la défense. A l’inverse, la position d’EADS n’est pas acquise comme en témoigne les parts de marchés gagnées par Boeing en 2012, sachant que l’aéronautique est une activité cyclique très dépendante des prix du pétrole.

Après l’échec des négociations entre EADS et BAE Systems, certains observateurs n’excluent cependant pas qu’une deuxième opportunité se présente pour les deux groupes. Pourquoi ne pas imaginer un revirement de l’Allemagne qui aurait eu le temps de revenir sur sa décision ? Quand bien même l’Allemagne reviendrait sur sa position après les élections législatives 2013, les plats risquent de ne pas avoir la même saveur. L’opération aurait alors peu de chances de se faire dans les conditions prévues dans le projet initial, avec une parité 60 %-40 % retenue en faveur d’EADS très favorable.

Une occasion manquée pour l’Allemagne et la France de construire une solide industrie européenne de l’aéronautique et de la défense, préfigurant demain la création d’une armée commune plus efficace et opérationnelle, tout en ayant un coût de mise en œuvre bien moins importante que l’ensemble des budgets des armées de l’UE.  Cet échec est d’autant plus dommageable que les négociations complexes et difficiles entre les deux pays risquent de laisser des traces des deux côtés du Rhin.

En cela, c’est échec européen, s’il est largement imputable à l’Allemagne, n’exclut pas la France de toute responsabilité. C’est là preuve que le couple franco-allemand ne fonctionne pas depuis l’arrivée de François Hollande et quelque part, un échec de ce dernier. L’inaction et le manque d’activisme de la France sont un frein à la construction européenne.


Birmanie : avec l’élection de Aung San Suu Kyi, l’espoir d’une fin prochaine de la dictature

4 avril 2012

Bien que partielles avec 44 sièges renouvelables sur un total de  445, les premières élections législatives démocratiques depuis plus de 25 ans ont eu lieu ce dimanche 1 avril en Birmanie (Myanmar en birman).

Aung San Suu Kyi, la « Dame de Rangoon » et célèbre opposante à la dictature birmane, a été élue députée pour la première fois de sa carrière. Selon les estimations, elle aurait recueilli plus de 80% des suffrages. Son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), a obtenu une large victoire dans les circonscriptions renouvelables du pays.

Fille du héros de l’indépendance birmane, le général Aung San, qui fut assassiné alors qu’elle était âgée de deux ans, Aung San Suu Kyi est lauréate du prix Nobel de la paix 1990. La « Dame de Rangoon » avait triomphé aux élections de 1990, mais la junte n’avait jamais reconnu les résultats. Incarcérée à maintes reprises, elle avait refusé de quitter son pays pour rester prés de son peuple, mais loin de son mari et de ses enfants. Elle était encore en résidence surveillée vingt ans plus tard en novembre 2010, lors de législatives boycottées par la LND et qualifiées de mascarade par l’Occident.

Considérée il y a encore deux ans comme l’ennemie publique numéro un par la junte militaire, Aung San Suu Kyi était très largement favorite de ces législatives partielles. « Nous avons attendu ce jour si longtemps. Je suis si heureuse. Je ne peux pas décrire ce que je ressens« , a-t-elle déclaré. Le gouvernement actuel, composé d’anciens militaires réformateurs arrivés au pouvoir il y a un an, tente de démontrer que ses réformes démocratiques en cours justifient la levée progressive des sanctions occidentales qui étranglent l’économie du pays.

Au terme d’un processus de transition non violent et sous contrôle de l’armée, ce nouveau gouvernement avait proposé à Aung San Suu Kyi d’intégrer l’échiquier politique à l’occasion de ces élections partielles. La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton s’est dite satisfaite de cette avancée, tout en restant prudente sur l’évolution politique de la Birmanie. « Nous sommes engagés à soutenir ces efforts de réforme », a déclaré Mme Clinton. « Il est trop tôt pour juger de la signification des progrès réalisés au cours des derniers mois et si ceux-ci se poursuivront« , a-t-elle dit.

Grâce à la ténacité de Aung San Suu Kyi et à l’ouverture du régime actuel, les sanctions économiques occidentales contre le régime birman pourraient être levées progressivement, pour peu que des avancées  démocratiques soient réalisées. Une évolution pleine d’espoir pour l’ensemble de peuple birman si longtemps opprimé.