France : le pays champion du monde de la consommation de médicaments, souvent prescrits abusivement et pourtant remboursés par la sécurité sociale (3)

16 novembre 2012

Parmi les prescriptions abusives, on trouve les médicaments anti-cholestérol : Tahor, Crestor… En effet, en France, les médecins qu’ils soient généralistes ou hospitaliers, n’hésitent pas à prescrire à titre purement préventif ces statines qui sont le principal traitement contre le cholestérol, souvent dés l’âge de 40 ans dés lors que le taux de cholestérol total est légèrement élevé mais inférieur à la limite haute 2.4 g/l (6 mmol) qui est valeur officielle normale. Les statines permettent effectivement, selon les doses, une réduction cholestérol de 25% à 50%.

Or, la prescription de ce type de médicament devrait être réservée aux seuls patients qui, en dépit d’un régime strict, n’arrivent pas à contenir le niveau de cholestérol dans la fourchette haute préconisée et qui présentent par ailleurs plusieurs facteurs de risques (c’est-à-dire les hypertendus traités avec trois facteurs de risques, avec ou sans hyperglycémie ; les hypercholestérolémies familiales ; les diabètes de type 2 avec deux facteurs de risques ou les pathologies cardio-vasculaires avec athérome). Ce qui fait dire aux auteurs du livre que « les statines sont distribuées au robinet par les cardiologues et les généralistes à presque tous les hommes ou femmes de plus de 50 ans qui passent à leur portée, donc hors indications ».

Ainsi, en France, entre 2 millions et 5 millions de patients seraient traités avec des statines ou autres hypolipémiants alors qu’en réalité moins de 500 000 nécessiteraient une telle prescription si les indications étaient strictement respectées. D’autre part, lors de leur prescription, on oublie régulièrement d’informer les patients sur certains effets indésirables et importants qu’engendre, chez plus de 80% des personnes traitées, la prise régulière de statines : les douleurs musculaires et autres détériorations ou inflammations des muscles parfois si importantes qu’il n’y a d’autres issues que d’interrompre le traitement.

Des économies conséquentes pourraient ainsi être réalisées par la Sécurité sociale sur de nombreux autres médicaments, souvent très chers et pas ou peu efficaces sur un plan santé. C’est notamment le cas des médicaments contre l’hypertension. Trop souvent, les cardiologues ou généralistes ont tendance à prescrire les molécules les plus récentes mises sur le marché par les grands laboratoires ; or, elles sont beaucoup plus chères que les médicaments plus anciens et souvent beaucoup moins efficaces et avec de nombreuses contre-indications. Dans le domaine de l’HTA (hypertension artérielle), certaines classes de médicaments anciens, tels les diurétiques, les bétabloquants et les IEC (inhibiteurs de l’enzyme de conversion) sont bien plus efficaces et surtout beaucoup moins chers (jusqu’à cinq fois moins et parfois plus) que de nombreuses molécules récentes dont l’efficacité reste à démontrer.

Cette dernière remarque et valable pour de nombreux médicaments. Ces derniers sont trop souvent vendus par des visiteurs médicaux , excellents vendeurs, mais sans aucune connaissance médicale, comme des marchandises banales. Or, les médicaments sont tout sauf des marchandises ordinaires. Dans le monde médical français, il subsiste trop de conflits d’intérêts entre, d’une part, l’industrie pharmaceutique dont l’objectif est avant tout de vendre à tout prix en rentabilisant au mieux leurs molécules et autres « blockbusters » pour doper leurs résultats, et d’autre part, certains médecins, chercheurs et responsables d’agences publiques. De nombreux médicaments sont ainsi mis sur le marché et prescrits avec remboursement intégral alors que leurs prix sont très élevés et que leur efficacité médicale n’a jamais été démontrée.

En cela, en pleine affaire du Médiator, qui met en cause les dirigeants du laboratoire Servier, le livre courageux des professeurs Even et Debré doit être l’occasion d’ouvrir un débat public afin d’instaurer une plus grande transparence entre le monde médical et les laboratoires, mais aussi sur les autorisations de mise sur le marché des médicaments, la fixation des prix et leur niveau de remboursement.

Dans un monde médical largement contrôlé par les laboratoires pharmaceutiques comme en France, le rôle de revues indépendantes devrait être renforcé, à l’instar de la revue « Prescrire » dont la qualité des informations et l’indépendance n’est plus à faire.

Il s’agit d’abord, pour la France, d’un véritable enjeu de santé publique : assurer une meilleure santé pour tous au meilleur prix, tout en assurant une gestion plus efficace des fonds publics en réduisant drastiquement les déficits de la Sécurité sociale. Le débat est ouvert et promet d’être houleux au vu des enjeux financiers considérables.

RAPPEL : Les présentes données sont communiquées à titre de simple information et ne peuvent en aucun cas constituer des recommandations médicales. Elles sont extraites du « guide des 4 000 médicaments » des professeurs Philippe Even et Bernard Debré paru en octobre 2012 aux éditions Cherche Midi. Il est rappelé que toute prescription de médicament  doit être impérativement réalisée par un professionnel de la santé.

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France : de nombreux médicaments remboursés n’ont aucune efficacité médicale ou présentent des risques pour la santé (1)

22 octobre 2012

« Le guide des 4 000 médicaments, utiles, inutiles ou dangereux » publié à l’initiative des professeurs Philippe Even et Bernard Debré, est paru début octobre aux éditions Cherche Midi. Il figure d’ores et déjà parmi les meilleures ventes en librairie de France, preuve que le livre répond à certaines interrogations du grand-public.

Qu’est-ce qui a pris ces deux imminents spécialistes français de publier un tel livre qui affirment que plus de 50% des médicaments autorisées en France sont inutiles, 20% mal tolérés et 5% potentiellement dangereux pour la santé ? Aujourd’hui en fin de carrière, ces personnalités reconnue (Philippe Even est l’ancien doyen de la faculté de médecine  Necker et président de l’institut du même nom, tandis que de Bernard Debré est vice-président de l’institut Necker et membre du Comité national d’éthique pour la recherche et les sciences de la vie), ont manifestement voulu, au travers de ce livre, tirer le signal d’alarme sur la prescription excessive de médicaments en France, les risques que cela entraîne pour la santé, l’énorme pression des laboratoires pharmaceutiques et le surcoût généré pour la collectivité toute entière.

Tout le monde est d’accord pour reconnaître que la situation française, au regard des importantes prescriptions pharmaceutiques (le France est le pays qui détient le record du monde de la consommation de médicaments par habitant), est intenable sur un plan financier et que, pour autant, la population n’est pas mieux soignée que dans ces mêmes pays.

Ce livre dénonce le fait que les dépenses liées au remboursement des médicaments sont, en France, de 1.3 à 2 fois plus importantes que celles de la plupart des pays développés, soit un surcoût de l’ordre de 10 à 15 milliards d’euros par an, sans aucun bénéfice pour la santé et au détriment des dépenses qui devraient être la priorité : les hôpitaux, les infirmières, les handicapés et la dépendance.

Il se veut à la fois un guide pour les patients et les praticiens médicaux afin de les alerter et les éclairer sur l’efficacité réelle et les risques liés à certains médicaments, mais aussi un signal d’alarme adressé aux pouvoirs-publics et aux diverses agences publiques de santé.

Les auteurs du livre dénoncent les risques liés à la prescription de certains médicaments comme les antibiotiques, les statines, certains antihypertenseurs…, sans oublier le tristement célèbre Médiator des laboratoires Servier qui aurait causé la mort de plusieurs milliers de personnes. Non seulement les laboratoires pharmaceutiques manquent singulièrement de transparence dans l’évaluation de la plupart de leurs médicaments, mais leur principale motivation serait de privilégier leurs profits au détriment de la santé des patients. Ces laboratoires n’ignoreraient pas que nombre de leurs molécules seraient sans réels effet alors que d’autres seraient même dangereuses pour la santé. Qui plus est, nombre de médicaments seraient souvent vendus à des prix exorbitants, sans rapport avec leur efficacité réelle, alors que des molécules plus anciennes mais moins chères ou certains génériques seraient bien plus efficaces !

De leur côté, les agences publiques en charge de délivrer les autorisations de mise sur le marché feraient preuve d’une grande naïveté, pour ne pas dire d’un manque d’indépendance, à l’égard des évaluations et des fiches descriptives produites par les laboratoires pharmaceutiques. De plus, les prix de vente homologués pour bon nombre de médicaments seraient manifestement surestimés eu égard à une efficacité pour le moins douteuse. Enfin, le niveau élevé de remboursement de certains médicaments réputés peu ou pas performants, ne serait pas justifié, accordant ainsi une rente de situation à certains laboratoires qui engrangeraient ainsi de confortables bénéfices au détriment du creusement des déficits de la Sécurité sociale.

Les professeurs Evin et Debré dénoncent le manque d’éthique d’une industrie pharmaceutique  qui engrange des bénéfices de plus en plus importants sur le dos des patients alors qu’elle n’a jamais si peu inventé de nouveaux médicaments depuis plus de 20 ans ainsi que le silence complice d’une grande part de l’élite médicale universitaire à leur égard.

Un livre très complet, qui s’avère une véritable encyclopédie des médicaments à la portée du grand public, qui a le courage de dire un certains nombre de vérités, même si elles sont dérangeantes, tant pour les patients, les praticiens médicaux, les laboratoires pharmaceutiques que les agences de santé publique.

Gageons que cet ouvrage très documenté, contesté par une partie des professionnels de santé et les laboratoires, soit l’occasion de renforcer l’indépendante et l’autorité des agences de santé publiques et de revoir les prix et les modalités de remboursement de nombreux médicaments peu ou pas efficace. Ce qui permettrait en même temps de réduire considérablement les déficits de la Sécurité sociale, tout en confortant la santé les français.