France : tension sur le réseau électrique ou les limites du tout nucléaire (2)

5 février 2010

Electricité en France : les limites du tout nucléaire

Les insuffisances du réseau électrique à haute tension de RTE, largement sous-dimensionné pour alimenter les régions Bretagne et en PACA, très déficitaires en production d’énergie, sont loin d’expliquer les difficultés actuelles. Les problèmes sont anciens et complexes. Ils sont la résultante, d’une part, de l’importance du nucléaire au détriment des énergies propres d’origine éolienne et solaire (moins de 1% de l’énergie produite en France, contre 5% à 8% dans certains pays) et, d’autre part, du maintien d’un niveau élevé des consommations d’électricité dans notre pays favorisé par le tout électrique.

Nos principaux voisins européens (l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Espagne) dont la part d’énergie d’origine nucléaire est nettement inférieur à 50% (mais dont la production d’électricité éolienne et solaire bien plus importante), arrivent à satisfaire pleinement leurs besoins, y compris en hiver, contrairement à la France ! Qui plus est, ces mêmes pays sont en capacité de nous vendre leurs excédents au tarif fort !

Ceci démontre au besoin les limites du modèle français fondé sur le tout nucléaire. Nos voisins ont su développer les énergies renouvelables pour satisfaire leurs besoins énergétiques, tout en promouvant leur industrie dans ces domaines. Bien belle leçon données aux français restés figés sur l’énergie nucléaire qui a absorbée tous les financements publics et empêché l’émergence des énergies alternatives. Malgré les fonds considérables investis, la France s’avère incapable de satisfaire ses besoins énergétiques en hiver et a raté le train des nouvelles énergies. En dépit d’une prétendue expertise dans le domaine nucléaire, ses industriels (Areva, Total, Gdf-Suez, Edf) ont récemment perdu l’un des plus gros contrats de construction de réacteurs nucléaires de nouvelle génération (EPR) à Abou-Dhabi (28 milliards d’euros), au détriment d’un groupe d’entreprises mené par l’électricien coréen Kepko, nouveau venu sur le marché (en collaboration avec Samsung, Hyundai, Doosan, Westinghouse et Toshiba). Beaucoup d’argent public gaspillé et une belle gifle pour les entreprises françaises !

Il est temps pour le gouvernement d’impulser de profonds changements en favorisant la diversification des moyens de production de l’électricité, en encourageant les énergies renouvelables, créatrices d’emplois,  mais aussi en faisant en sorte que les consommateurs réduisent sensiblement leur consommation d’électricité à l’avenir. C’est le prix à payer pour nous préserver de coupures d’électricité, assurer notre indépendance énergétique et développer nos emplois industriels.

Cela passe inéluctablement par la réduction de la part de l’énergie d’origine nucléaire dans la production d’électricité française, énergie qui rappelons le, reste consommatrice d’énergie fossile, n’en déplaise à EDF et Areva. Cela passe aussi par la modulation des tarifs de l’électricité en fonction des saisons et des heures de la journée afin de pénaliser les gros consommateurs, mais aussi par une augmentation des tarifs dans les zones faiblement productrices d’énergie telles la Bretagne et la Côte d’Azur.

Plus d’infos: http://energies.edf.com/edf-fr-accueil/la-production-d-electricite-edf/-nucleaire-120205.htmlArevawww.cea.fr/energiewww.asn.frwww.sfen.org/ –  www.criirad.orgwww.greenpeace.org/france/campagnes/nucleaire

A suivre :

  • (1) Tension sur le réseau électrique français
  • (3) L’ouverture à la concurrence des concessions de barrages
  • (4) L’hydroélectricité, une énergie renouvelable leader en Aveyron
  • (5) Les autres énergies renouvelables en Aveyron (éolien, solaire…)

France : tension sur le réseau électrique ou les limites du tout nucléaire (1)

26 janvier 2010

La France, depuis les années 1970 et le premier choc pétrolier de 1973, a fait le choix de l’électricité nucléaire pour assurer son indépendance énergétique.

Pour ce faire, en moins de deux décennies, sous des gouvernements différents, le pays a investi massivement pour développer son programme de centrales nucléaires. Si la mise en service de nouvelles centrales nucléaires se fait rare depuis 2000, EDF, premier électricien nucléaire mondial, gère en France un parc de production composé de 58 unités de production, réparties sur 19 centrales. Pour remplacer son parc de centrales, dont les premières pourraient être arrêtées vers 2020, l’opérateur électrique national construit actuellement le premier EPR français à Flamanville. Son démarrage est prévu en 2012 et la première production électrique en 2013. L’EPR constituera le premier exemplaire d’une nouvelle génération de réacteurs nucléaires.

Si l’énergie nucléaire participe à la production de prés de 81% de l’électricité en France, le vieillissement du parc, le retard pris dans son renouvellement et l’importance prise par le nucléaire au détriment des autres sources d’énergie : hydraulique (8%), gaz, éolienne, solaire…) ne sont pas sans poser aujourd’hui de réels problèmes d’approvisionnement pour les années à avenir. Au vu du coût très important du démantèlement prochain des vieilles centrales ou de leur modernisation jusque là non budgétisés par EDF et des surcoûts inhérents à la mise en service pour le moins difficile des EPR, on est en droit de s’interroger sur la capacité financière d’EDF à faire face à une situation qui s’annonce très tendue dans les prochaines années.

Pendant de trop longues années, EDF a tout misé son développement sur la seule énergie nucléaire, dévoreuse de capitaux, sans se soucier des lendemains. Après avoir incité durant des décennies les français à privilégier l’équipement de leur maison en énergie électrique, prétendument bon marché et abondante, l’électricien public, soutenu par les gouvernements successifs, a généré une demande en énergie électrique qui paraît aujourd’hui démesurée, et en tout cas, sensiblement supérieure à ses capacités de production, notamment en cas de forte demande en période hivernale.

EDF, ces dernières années, n’est plus en mesure de satisfaire la demande d’électricité en hiver et par grand froid. Elle doit en  importer massivement d’Allemagne et d’Italie, au tarif fort, comme cela a été le cas en janvier 2010, participant ainsi un peu plus au déséquilibre de notre balance commerciale. Si ce déficit de production d’électricité se trouve accentué par l’indisponibilité de certaines centrales nucléaires en maintenance, on peut légitimement s’interroger sur cette incapacité pour la France à produire l’énergie nécessaire à ses besoins.

Les responsabilités d’EDF et de l’Etat français depuis 30 ans sont pleines et entières. Nous payons aujourd’hui le prix fort pour avoir encouragé l’équipement des logements en tout électrique depuis des décennies et maintenu artificiellement, pour des raisons politiques, les tarifs de l’électricité à un prix inférieur au coût de revient de l’énergie nucléaire. Le manque à gagner pour EDF, aujourd’hui en difficulté pour financer ses investissements et le démantèlement des centrales nucléaires, est très important et nécessitera une augmentation substantielle du prix de l’électricité dés 2010. Il n’y a pas d’autre alternative pour compenser les erreurs passées et s’engager enfin sur le développement des énergies renouvelables.

Plus d’infos: http://energies.edf.com/edf-fr-accueil/la-production-d-electricite-edf/-nucleaire-120205.htmlArevawww.cea.fr/energiewww.asn.frwww.sfen.org/ –  www.criirad.orgwww.greenpeace.org/france/campagnes/nucleaire

A suivre :

  • (2) EDF sous tension en France
  • (3) L’ouverture à la concurrence des concessions de barrages
  • (4) L’hydroélectricité, une énergie renouvelable leader en Aveyron
  • (5) Les autres énergies renouvelables en Aveyron (éolien, solaire…)