Etats-Unis : le dollar dévalué pour soutenir l’économie américaine

12 novembre 2010

Le 3 novembre dernier, la Fed (Federal Réserve), présidée par Ben Bernanke, a déclaré que la banque centrale américaine allait racheter 75 milliards de dollars de bons du Trésor américain par mois  jusqu’à fin 2011. Au total, ce sont 600 milliards de dollars qui vont ainsi  être injectés dans le système financier américain pour soutenir l’économie. Le communiqué de la Fed indique : “…To promote a stronger pace of economic recovery and to help ensure that inflation, over time, is at levels consistent with its mandate, the Committee decided today to expand its holdings of securities. The Committee will maintain its existing policy of reinvesting principal payments from its securities holdings. In addition, the Committee intends to purchase a further $600 billion of longer-term Treasury securities by the end of the second quarter of 2011, a pace of about $75 billion per month…”

Une mesure unilatérale qui est loin de faire l’unanimité de par le monde car elle conduit immanquablement à une dévaluation du dollar avec toutes les conséquences que cela entraîne pour les autres monnaies et pays. Une fois de plus, l’Amérique utilise le dollar comme arme protectionniste oubliant qu’elle est aujourd’hui une puissance déclinante.

Même si la Fed est indépendante et a un rôle de régulation de l’économie américaine, il est difficile de croire qu’elle n’a pas agit en accord avec Barak Obama.  Sorti très affaibli des récentes élections de mi-mandat, en raison de la déception des américains confrontés une crise persistante et à l’absence de résultats sensibles, le président américain se devait de réagir pour favoriser la reprise de l’économie américaine s’il veut que ses électeurs en sentent les premiers résultats avant 2012, terme de son mandat. Il n’a d’ailleurs pas manqué de saluer la décision de la Fed : « Le mandat de la Fed, mon mandat est de développer notre économie. Ce n’est pas seulement bon pour les Etats-Unis, c’est bon pour le monde entier… ». Il est bien le seul à en être convaincu !

Alors que le yuan est déjà très largement sous-évalué par rapport aux principales devises et que Pékin s’obstine à refuser de réévaluer, l’euro est au plus haut à 1.43 dollar. Facteur aggravant pour ce dernier, la BCE (Banque Centrale européenne) doit maintenir une politique de rigueur pour faire face aux difficultés financières de certains de pays de la zone euro. Les Etats-Unis qui exigeaient il y a peu une réévaluation du yuan sont aujourd’hui bien mal placés pour donner des leçons aux chinois, d’autant que personne n’a oublié qu’ils sont eux-mêmes  à l’origine de la grave crise financière et économique et se montrent incapables de retrouver le chemin de la reprise.  L’Europe est bel et bien prise en étau.

La décision de la Fed démontre que l’Amérique n’a aucun scrupule à faire supporter aux autres pays le coût de sa reprise économique. Dans un monde aujourd’hui ouvert et globalisé, cette politique de création de monnaie conduira nécessairement à une baisse du dollar par rapport aux autres monnaies ; ce qui rendra l’économie américaine plus compétitive, mais à quel prix ? Pourquoi le reste du monde devrait-il payer pour leurs propres erreurs alors que la plupart d’entre eux, à l’instar de ceux de l’Union européenne, se sont engagés dans des politiques de rigueur budgétaire sans précédent pour faire face à cette crise venue principalement d’outre Atlantique ?

De leur côté, les principales économies mondiales en croissance et fortement exportatrices (la Chine, le Brésil et l’Allemagne notamment), n’ont guère apprécié et se sont montrées extrêmement critiques sur cette décision unilatérale américaine. Rainer Brüderie, le ministre allemand de l’Economie n’a pas mâché ses mots dans une interview au Welt am Sonntag : « La politique expansionniste des Etats-Unis m’inquiète parce qu’une expansion monétaire excessive se résume à une manipulation du taux de change du dollar… Cela se traduira par une dévaluation de la devise… Le protectionnisme n’est pas un recours utile pour contribuer à la stabilité de l’économie mondiale…  ». Les réactions chinoises ont été encore plus dures envers les Etats-Unis, les accusant de favoriser un dollar faible pour encourager la reprise américaine aux dépens des autres et de risquer ainsi de ruiner la reprise mondiale. Plus modérée, la France par l’intermédiaire de Christine Lagarde, ministre de l’Economie, a regretté que l’euro doive porter la décision de la Fed.

La décision de la Fed ne va guère favoriser l’image de Barak Obama à l’étranger et en Europe. Probablement le monde avait-il oublié et l’Europe en particulier, qu’un président américain, fût-il démocrate, défend toujours et d’abord les intérêts de son pays, surtout à l’approche des élections. Les européens devront se rendre à l’évidence, la réforme du système financier international n’est pas d’actualité pour les Etats-Unis et, une fois de plus, le protectionnisme américain revient en force. La reprise économique européenne risque ainsi d’être plombée par un rapport euro-dollar de plus en plus défavorable.

Au final, la décision américaine ne risque-t-elle pas d’anéantir la reprise mondiale et relancer l’inflation ? Nul doute que ces questions devraient être au cœur des débats  du G20 qui se tient à Séoul (Corée du Sud) les 11 et 12 novembre et risquent de donner lieu à quelques crispations. La nouvelle gouvernance mondiale n’est pas pour demain à moins que sous la future présidence française du G20 ne se dessine une nouvelle alliance mondiale…