France : quand les syndicats préfèrent la grève à la négociation (2)

23 mars 2010

Le recours systématique à la grève dans les services publics : un aveu de faiblesse des syndicats français !

En France, les grèves à répétition dans les transports publics (SNCF, RATP, DGAC notamment) sont d’actualité depuis plus de 40 ans. Alors qu’il s’agit souvent de salariés parmi les plus protégés et les mieux rémunérés, et bien que les grévistes y soient souvent minoritaires, certains syndicats encouragent la plus large paralysie des transports !

Tout récemment, les contrôleurs aériens se sont mis en grève en clouant au sol une bonne part du trafic aérien français, durant plus d’une semaine. Tout cela pour s’opposer à une adaptation de la DGAC (Direction générale de l’aviation civile) dont certains personnels intégreraient une structure européenne en charge du contrôle aérien. Le but de cette réforme : mieux faire face à l’explosion du transport aérien européen et assurer une meilleure sécurité du trafic.  L’égoïsme et les petits intérêts personnels de quelques-uns doivent-ils primer l’efficacité et la sécurité aérienne en Europe ?

Ces grèves à répétition, le plus souvent sans motif sérieux, ne semblent avoir qu’un but : pénaliser un peu plus les usagers qui vont travailler et qui se battent au quotidien pour préserver leur emploi. Etrange attitude de la plupart des syndicats français qui usent largement du statut privilégié de certaines entreprises ou administrations publiques où ils sont bien implantés (c’est plus facile qu’ailleurs), pour imposer leurs vues, au détriment de l’intérêt général et de la majorité des salariés, ainsi pris en otage. On comprend mieux la mauvaise image de la France à l’étranger et les difficultés des entreprises s’implanter et investir durablement ici.

Récemment, c’est une minorité de salariés-grévistes de Total qui sont allés jusqu’à bloquer les raffineries du groupe, et même davantage, pour s’opposer à la fermeture prévue de longue date d’une raffinerie. Ceci est d’autant plus surprenant que l’entreprise ne licenciait personne et proposait des mutations dans des unités voisines  à des conditions que beaucoup d’autres salariés auraient probablement aimé avoir. La vérité est pourtant simple : l’Europe et la France disposent aujourd’hui d’un trop grand nombre de raffineries, par rapport à une demande en forte baisse, notamment pour les supercarburants. Une fois de plus, l’attitude dogmatique des syndicats apparaît fort éloignée des réalités économiques qui imposent de fermer bon nombre de raffineries en Europe. Peut-on maintenir durablement en vie une activité qui n’a plus aucune raison d’être, sans mettre en péril une entreprise et la conduire à terme à des licenciements secs ?

Tout aussi désolante a été l’attitude des syndicats, en réponse à l’ouverture de discussions en vue de la réforme du régime des retraites prévue d’ici la fin 2010. Immédiatement, dans leur majorité, ces derniers ont annoncés une série de grèves générales sur les sujets les plus divers, dont l’augmentation des salaires. On voit bien là que la préoccupation des syndicats, c’est d’abord d’engager l’épreuve de force plutôt que  le dialogue. Quant à faire des propositions constructives pour régler la grave question du manque de compétitivité et du financement des retraites, ce n’est manifestement pas leur souci !

Etrange attitude des syndicats français alors que ces dernières années, pour préserver leurs emplois industriels, les syndicats allemands ont accepté le prolongement des gels des salaires : ce qui donne à leur pays une incontestable compétitivité par rapport à la France et aux autres pays de l’Europe du sud qui connaissent une constante augmentation des salaires et donc une chute de leurs exportations, d’où des licenciements plus importants et une moindre croissance. Force est de constater que les syndicats allemands ont tout compris et sont les garants du développement et de l’emploi !

Hélas, les syndicats français comme un grand nombre d’entreprises, sont à des années lumières de la réalité qui nécessite un dialogue social serein et responsable pour trouver les compromis nécessaires pour préserver l’avenir. C’est pourtant le meilleur moyen de maintenir durablement nos chers acquis sociaux, lourdement mis à mal par la crise internationale et la concurrence non équitable avec certains pays en voie de développement, comme la Chine, qui ne respectent pas la plupart des règles internationales (économiques, fiscales et sociales).

Heureusement, il subsiste encore en France quelques syndicats qui pratiquent le dialogue constructif et la négociation. On ne peut qu’espérer que ce syndicalisme responsable et moderne finira par l’emporter prochainement. Ce serait un atout pour conforter le dynamisme économique de la France et donc l’emploi et les salaires.

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