France : la mort annoncé du centre incarné par le Modem

3 mai 2012

Comme il l’avait annoncé, François Bayrou qui avait obtenu 9.13% des voix au 1er tour de l’élection présidentielle, s’est prononcé ce jeudi 03 mai pour le second tour de scrutin.

Alors qu’il a toujours appartenu à des formations politiques de centre droit et participé à de nombreux gouvernement de la même couleur politique ces dernières décennies, à titre personnel, il a indiqué qu’il voterait pour François Hollande au deuxième tour. Pour autant, il a tenu à rappeler que son parti le Modem ne donnait aucune consigne de vote.

Voilà une décision qui constitue une première pour une formation politique de centre droit : rallier la gauche pour l’élection présidentielle. Il faut croire que les amicales pressions et autres propositions de François Hollande n’y sont pas étrangères. Car au final, quels peuvent être  les points communs entre une formation politique du centre et la gauche la plus radicale ? Comment ce même François Bayrou qui s’était fait le chantre de la lutte contre les déficits publics et la dette, peut-il rallier la gauche et Hollande qui refusent de mettre en œuvre la règle d’or et de réduire durablement les dépenses publiques ? N’y a-t-il pas là une imposture de la part de M. Bayrou ?

Pour justifier cet appel du pied à la gauche et à l’extrême gauche, M. Bayrou s’est dit offusqué par les prises de position de Nicolas Sarkozy en matière d’immigration et vis-à-vis du Front national qu’il ne saurait appuyer de quelques manières que ce soit. N’est-ce pas là une argumentation un peu simpliste et erronée ? En tout cas, l’immense majorité de ses anciens amis centristes de toujours restent fidèles à Nicolas Sarkozy et ne semblent pas heurtés par les discours de ce dernier. Ils sont pourtant au moins aussi centristes que lui, si ce n’est plus.

On le sait, M. Bayrou apprécie davantage Hollande que Sarkozy qu’il déteste. Et puis M. Bayrou, dont le parti végète régulièrement à moins de 5% aux élections, sait être opportuniste. Il ne lui a pas échappé que les instituts de sondages donnent M. Hollande comme favori du second tour. Après tout, pourquoi ne pas tenter de faire un bout de chemin avec la gauche puisque le vent semble souffler dans ce sens, quitte à s’allier avec le diable et à renier ses propres engagements et convictions. Et si au final Nicolas Sarkozy l’emportait contre tous ?

Une chose est sûre, pas sûr que les électeurs du Modem qui votent à prés de 50% pour Nicolas Sarkozy, apprécient une telle manœuvre politicienne et tellement opportune pour lui-même ; lui qui par le passé s’est si souvent montré virulent envers les deux grandes formations politiques traditionnelles.

Une chose est sûre, en ralliant sans conditions M. Hollande, François Bayrou signe sa mort politique à court terme. Jamais son électorat traditionnel et plus encore ses nombreux amis politiques ayant rejoint Nicolas Sarkozy ne lui pardonneront cet écart. D’ores et déjà, les personnalités politiques du centre vont monter à la manœuvre pour faire renaître dans les prochains mois cette formation politique au centre de l’échiquier politique français, comme le fut jadis l’UDF.

Le centre devrait ainsi renaître sans Bayrou. Après tout, l’abandon d’un centre mou au profit d’un centre droit pro-européen et représentatif devrait grandement contribuer à régénérer et redynamiser la vie politique française qui en a tant besoin. Le suicide de Bayrou aura peut-être du bon !


Présidentielle 2012 : un 2ème tour ouvert entre Nicolas Sarkozy et François Hollande

25 avril 2012

Le 1er tour de l’élection présidentielle française n’a finalement pas réservé de grosse surprise, même si Nicolas Sarkozy n’arrive qu’en deuxième position ; une première pour un président sortant.

François Hollande a finalement terminé en tête avec 28.63% des suffrages, devant Nicolas Sarkozy qui obtient 27.18%. Si le résultat du président sortant est en deçà de ses espérances, le score réalisé reste néanmoins fort honorable compte tenu qu’il avait été la cible de l’ensemble des candidats au cours de cette campagne. Par ailleurs, la grave et profonde crise que traverse notre pays n’est pas favorable aux candidats sortants, bien au contraire, comme on peut le vérifier dans divers pays européens.

Dans ce contexte, il faut bien reconnaître que le second tour s’annonce sensiblement plus ouvert que prévu, même si le candidat socialiste, dispose de réserves de voix qui lui permettent de rester confiant.

La surprise est plutôt venue du niveau élevé du vote en faveur de Marine Le Pen, la candidate d’extrême droite, qui atteint 17.90% des suffrages et lui permet d’arriver nettement en troisième position, devançant largement le candidat d’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon qui s’octroie 11.11% des voix, soit un peu moins que ne le laissait espérer les enquêtes d’opinion. Quant-à François Bayrou, le candidat centriste du Modem, il n’atteint pas les 10% et doit se contenter de 9.13% des voix. Enfin, la candidate écologiste, Eva Joly reste loin de son objectif et doit se contenter d’un piètre score de 2.31%.

La relative déception concerne le taux d’abstentionnistes qui s’établit à un niveau de 22.04%, bien plus élevé que celui de la présidentielle de 2007 où il avait été le plus bas, avec un taux de 16% seulement. Difficile de dire à qui a profité ce niveau élevé d’abstentionnistes mais nul doute que Nicolas Sarkozy en a été la principale victime. Feront-ils la grève du vote pour le deuxième tour et pour qui pencheront-ils s’ils se déplacent ?

Les résultats globaux établissent un rapport de force politique à 56% pour le bloc de droite et à 44% pour le bloc de gauche. Pour autant, cela ne signifie pas que Nicolas Sarkozy est favori pour l’emporter, d’autant qu’en 2007 ce rapport était de l’ordre de 60% – 40% en faveur de la droite. Pour le président sortant, contrairement au candidat socialiste qui bénéficie d’un excellent report des voix de gauche et d’extrême gauche pour le deuxième tour, le report des candidats de droite, d’extrême droite et du centre sur Nicolas Sarkozy n’est pas assuré au-delà d’un niveau de l’ordre de 50%.

Restent donc à savoir vers qui iront ces voix au deuxième tour : François Hollande ou l’abstention ? Probablement les deux à la fois. Tout aussi déterminant, les abstentionnistes du 1er tour se décideront-ils d’aller voter plus massivement et pour quel candidat ? Voilà beaucoup d’inconnues auxquelles il paraît bien difficile de répondre aujourd’hui.

Si François Hollande reste favori, rien n’est perdu pour Nicolas Sarkozy notamment s’il réussit son débat et sait remobiliser l’électorat de droite et du centre autour de lui. La campagne du deuxième tour s’annonce intense et devrait enfin aborder les sujets de fond qui préoccupent les français : la réduction de la dette et des dépenses publiques, la compétitivité de notre économie, l’avenir de l’Europe, la lutte contre le chômage et la précarité, l’avenir du système de protection sociale…

Espérons que les deux candidats apporteront des réponses précises à ces questions pour permettre aux français de se prononcer en toute connaissance de cause.