France : L’hécatombe des accidents de la route en juillet démontre l’incapacité du gouvernement à mener une véritable politique de sécurité routière

25 août 2015

Après moult atermoiements, Hollande et son gouvernement socialiste paient au prix fort leur incapacité à construire et conduire une politique de lutte contre l’insécurité routière. D’où l’impatience et la colère des associations de lutte contre l’insécurité routière qui dénoncent le désengagement du gouvernement en matière de sécurité routière après une décennie de succès en ce domaine par les gouvernements précédents.

Depuis 2 ans, la France connaît à nouveau une forte augmentation des tués et blessés sur les routes

Les résultats en matière de sécurité routière se sont dégradés fortement depuis 2013 ; le nombre d’accidents, de tués et de blessés de la route est en augmentation constante. Le mois de juillet 2015 a même été une véritable hécatombe sur les routes de France avec une augmentation de 19.20% du nombre de tués par rapport au même mois de l’année précédente, avec 360 morts contre 302 en 2014. Pire, tous les indicateurs sont à la hausse. Les accidents corporels ont augmenté de 7%, les blessés de 7,7% et les blessés hospitalisés de 13,80%. Sur les 7 premiers mois de l’année, le nombre de tués est en augmentation de 3.8%.

Cette nouvelle forte dégradation est d’autant plus inquiétante qu’elle intervient après une décennie de baisse importante du nombre de victimes qui plaçait la France parmi les bons élèves en Europe avec 3 200 tués en 2012 et permettait d’espérer de voir rapidement de nombre de victimes passer sous 2 500 tués dés 2020. Malgré les promesses des gouvernements socialistes dans ce domaine (il promettait de parvenir à moins de 2 000 tués en 2020), le manque de réelle volonté de s’attaquer à ce fléau et les atermoiements successifs ont brouillé le message et encouragé les automobilistes à se laisser-aller sur les routes.

Ce ne sont pas les déclarations irresponsables du ministre de la Justice fin juillet dernier encouragé les automobilistes à la prudence ; bien au contraire. Son projet de suppression du délit de défaut de permis de conduire pour en faire une simple contravention, a constitué un nouveau mauvais signal donné par le gouvernement aux automobilistes. L’actualité s’est hélas chargée de donner tort à la ministre quelques jours plus tard avec deux terribles accidents de la route impliquant des conducteurs ne disposant pas du permis de conduire.

Le rapport de l’IGA en matière de sécurité routière est accablant pour le gouvernement socialiste

Le rapport de l’IGA (Inspection générale de l’administration) de 2014 sur la sécurité routière, dont des extraits ont été publiés récemment par le Journal du Dimanche, met directement en cause les Pouvoirs-publics qui ont fait preuve de laxisme avec une absence totale de coopération entre les diverses administrations en charge de la sécurité routière. Le rapport dénonce notamment l’absence de tenue de CISR (Comité interministériel de sécurité routière depuis 2012) qui constituait un outil essentiel de mobilisation des divers acteurs de la sécurité routière. En voici un extrait : «…Le pilotage au plan central de la politique de sécurité routière n’est pas suffisamment perçu. Le dispositif est dispersé entre de très nombreux acteurs y compris au sein de l’État. Lorsque le pilotage ne se situe pas au plus haut niveau de l’État, la responsabilité est diluée…. Rien ne remplace toutefois l’impulsion politique au plus haut niveau de l’État… »

Malgré le ton déterminé de Manuel Valls, les faits sont là et démontrent l’incapacité du gouvernement à poursuivre la politique de lutte contre l’insécurité routière entreprise avec succès par les gouvernements de droite. D’ailleurs, n’est-ce pas ce même Premier ministre qui a finalement décidé, contre l’avis de professionnels et d’associations en charge de la sécurité routière, de ne pas mettre en œuvre les limitations de vitesses sur routes hors agglomération à 80 km/h, en la réduisant à une simple expérimentation sur 3 axes routiers seulement ?

Pris au dépourvu par la publication du rapport de l’IGA qui montre clairement, qu’en ce domaine comme dans d’autres, il n’y a pas de pilote dans l’avion du fait notamment de l’absence d’interministérialité sur le sujet, Manuel Valls a fini par annoncer la convocation d’un prochain CISR en septembre… Après tant de gesticulations stériles, pas sûr que cela suffise.

Depuis plus de 2 ans, les associations de lutte contre l’insécurité routière et notamment la Ligue contre la violence routière, n’ont eu de cesse d’alerter le gouvernement socialiste sur la forte reprise des accidents de la route en France après plus de 10 ans de baisse continue. Madame Chantal Périchon, présidente de la Ligue contre la violence routière est d’ailleurs très claire sur le sujet et n’hésite pas à affirmer tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : « Pour le gouvernement, la sécurité routière n’est pas une priorité »

Extrait de l’interview accordée début août par Chantal Périchon au JDD (Le Journal du Dimanche)

Question : Pourquoi le nombre de morts augmente-t-il à nouveau?

La sécurité routière n’est pas la priorité de ce gouvernement. Pour qu’une politique de prévention fonctionne, il faut une feuille de route claire pour chaque ministre et un pilote pour la mettre en œuvre. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Depuis l’élection de François Hollande, il n’y a pas eu, comme durant les quinquennats précédents, de réunions communes, c’est-à-dire de comités interministériels de sécurité routière rassemblant à intervalles réguliers tous les ministres concernés (Intérieur, Justice, Écologie, Transports, Éducation nationale, Santé, Industrie). Ce travail collectif a pourtant fait ses preuves.

Question : Vous accusez le gouvernement de ne pas vouloir sauver des vies?

J’ai bien peur qu’il manque de conviction ou de courage politique face aux différents lobbys… Même s’il vient d’être retoqué par le Conseil constitutionnel, un article de la loi Macron visait à assouplir la communication sur l’alcool et à remettre en cause la loi Évin. C’est un très mauvais signal : le problème de l’alcool au volant, lié à celui de l’alcoolisme en général, reste à régler. Il n’existe actuellement pas de prise en charge médicale, administrative ou juridique pour aider les conducteurs sanctionnés pour un problème d’alcool. Il n’y a pas non plus de lutte contre la récidive (installation d’éthylotests antidémarrage, confiscation des véhicules après suspension du permis pour un délit concernant l’alcool chez ceux qui s’obstinent à conduire).

Question :Mais une série de mesures annoncées cet hiver par Bernard Cazeneuve entrent tout juste en vigueur…

La mesure la plus pertinente, préconisée par tous les experts sérieux, est restée dans les tiroirs. Il suffirait de limiter la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires, dépourvues de séparateur au milieu et donc dangereuses, pour sauver 400 vies. Ces axes concentrent 57 % des tués sur la route. Le ministère de l’Intérieur répète que cette mesure ne serait pas acceptée par les Français. C’est un faux argument. Plus personne aujourd’hui ne remet en cause l’obligation de porter la ceinture, pas plus que celle d’avoir des dispositifs spécifiques pour les enfants, qui avaient pourtant déclenché des protestations à l’époque… Il faut parfois avoir le cran d’affronter l’impopularité.

Il ne reste plus à espérer que les nouvelles promesses de M. Valls seront enfin tenues et que le gouvernement s’impliquera enfin pour de bon dans la lutte contre l’insécurité routière. Avec un peu de volonté et de courage, la France peut réduire considérablement le nombre de tués sur les routes !

Plus d’infos : Association Ligue contre la violence routière


Chantal Périchon, présidente de la Ligue contre la violence routière déplore les mauvais résultats en matière de sécurité routière en France

23 mars 2015

Extrait de l’émission « Inter Treize » sur France Inter du 13 mars 2015 à 13H10 – Interview de Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière

Claire Servajean: Nouvelle hausse du nombre de morts sur les routes de France au mois de février, +6,7%, après une hausse de 12% au mois de janvier, autant dire que la mauvaise tendance de l’année 2014 se poursuit. Alors pourquoi un tel relâchement ? La mobilisation des forces de l’ordre sur le plan vigipirate y est elle pour quelque chose ? C’est vrai ou c’est faux cela d’après vous ? Alors quelles en sont les causes on s’y arrête avec la présidente de la Ligue Contre la Violence Routière. Bonjour Chantal Perrichon.

Chantal Perrichon: Si cela joue un rôle, ce n’est pas un rôle majeur bien sûr. Mais cela joue un rôle parce qu’il ne faut quand même pas oublier que les forces de l’ordre ne sont pas en nombre suffisant dans notre pays, d’une part, et qu’ils sont là pour contrôler non seulement les vitesses, mais le problèmes d’alcool, les comportements dangereux, les franchissements de stop, de ligne continue. Donc nous demandons depuis des années qu’il y ait une police spécifique de la route bien évidemment pour contrôler ces comportements qui mettent la vie des autres en danger. Donc attendons de voir ce qu’il en est pour les chiffres de ces transferts finalement de policiers et gendarmes qui sont insuffisamment nombreux. Mais nous pensons nous que l’explication bien évidemment vient du fait que nous avons une gouvernance qui n’en est pas une en ce qui concerne la sécurité routière. Le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a décidé qu’il pouvait gérer seul ce domaine de santé publique qui est majeur. Rappelons quand même que c’est la plus meurtrière des délinquances et que c’est la première cause de mort de la jeunesse. Il refuse de rassembler un comité interministériel de sécurité routière…hallucinant ! Il n’y en a pas eu depuis mai 2011. .

Claire Servajean: Il a annoncé des mesures le mois dernier…

Chantal Perrichon: Oui… tous azimuts comme il dit. C’est-à-dire on tape dans tous les secteurs, mais surtout il n’a pas voulu écouter les experts que nous avons du Conseil National de La Sécurité Routière qui lui avaient indiqué une seule mesure, la seule qui devait être prise, une mesure de rupture pour faire baisser l’accidentalité. Non il a préféré faire 26 mesures, c’était le 26 janvier 26 mesures…

Claire Servajean: On rappelle quand même lesquelles, on ne se gare pas à moins de 5m d’un passage piéton, on baisse le taux d’alcoolémie pour les plus jeunes a titre expérimental…

Chantal Perrichon: Bien. Rappelons l’objectif, moins de 200 tués en 2020. Il nous promet 26 mesures…Parlons du 0,2g. Il va concerner combien de personnes ? Vous avez une idée du nombre de conducteurs novices qui sont concernés entre le 0,2 et le 0,5? Et bien nous allons faire une loi dans ce pays pour 7 personnes. Donc c’est dire la méconnaissance qu’il a de ce dossier, il est en train finalement de prendre des mesures qui enfument le paysage de la sécurité routière qui laissent entendre que c’est une priorité pour lui mais il ne peut pas balayer d’un revers de main la connaissance qui est acquise et qui permettrait de prendre les mesures qui permettraient de sauver des vies.

Claire Servajean: Vous êtes sévère avec le ministre de l’intérieur.

Chantal Perrichon: D’autant plus sévère que il s’est permis finalement de balayer d’un revers de main les décision du CNSR, des experts du conseil National de la Sécurité Routière, et ça c’est inadmissible parce que il n’a aucune connaissance de ce domaine et en plus il ne veut pas travailler en collaborateur avec les autres ministres. Rappelons qu’en 2002, ce qui a fait la force de 2002, c’était le fait que les gens travaillaient disons ensemble et il y avait une vrai volonté politique, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Claire Servajean: Et un vrai message clair pour tout le monde. Je voudrais vous faire écouter, Chantal Perrichon, le préfet D’île et Vilaine et de Bretagne parce qu’il connaît bien le sujet dans son département la mortalité routière a augmentée de 40%, l’an dernier. Patrick Strzoda parle de la route comme d’un exutoire pour tout ce qui est considéré comme oppressant dans la société. On l’écoute c’est Mathile Deligny qui l’a joint tout à l’heure.

Patrick Strzoda : Les accidents mortels ont augmenté de 40%. On est passé de 45 morts à 63 morts en 2014. Et quand on analyse toutes les causes on voit que pour un bon nombre deconducteurs, la route est devenue un exutoire. C’est-à-dire, on joue en fait à enfreindre la loi. Ce que nous disent les conducteurs verbalisés, c’est que ils se libèrent, ils se laissent aller parce qu’ils considèrent qu’ils vivent dans une société qui est trop réglementée. Et ça évidemment on ne peut pas l’accepter parce que c’est de l’irresponsabilité. Vous ajoutez à ce type de comportement des causes qui elles sont bien connues, c’est l’alcool, c’est les stupéfiants. Le dernier accident mortel dont j’ai eu connaissance, c’est 3,79g d’alcool dans le sang. Donc cela nécessite vraiment une réaction très forte des pouvoirs publics. Les contrôles se sont considérablement renforcés, mais je crois qu’il faut que chacun prenne ses responsabilités. On ne peut pas accepter que des situations de ce type perdurent et que malheureusement tous les deux où trois jours, on soit obligé d’annoncer à des parents à une famille que l’un de leur proche a disparu.

Claire Servajean: Voilà donc ce que dit le préfet D’île et Vilaine et de Bretagne. Chantal Perrichon, plus de 3000 morts l’an dernier dans un quasi indifférence générale, faut le dire quand même. Moi j’aimerais que vous nous disiez à nous par exemple les médias, on a tort de ne pas parler des accidents quotidiens ? Qu’est-ce qu’on devrait faire ?

Chantal Perrichon: Il faut en parler parce que regardez : Nous sommes tous secoués et blessés et vraiment très touchés par ce qu’il s’est passé en Argentine. Il y a eu dix personnes qui étaient importantes aux yeux de tous dans notre imaginaire pour nous tous. Nous sommes vraiment blessés par leur mort. Et bien aujourd’hui il va y avoir dix familles qui vont voir un policier ou un gendarme, ou un maire, comme a dit le député, qui va leur annoncer que soit le fils soit le père soit la mère est décédé(e). La douleur est la même. Le ravage est absolument identique. Et lorsqu’on voit les médias dire, de façon comme ça…comme si c’était un état de fait qu’on devait supporter, banaliser les résultats en disant « il y a eu une remontée du nombre de morts » et bien c’est inacceptable. Il y a eu l’an passé plus de 120 tués, ces vies auraient du être épargnées et le témoignage de ce député (ce préfet) est très très important, il parle de l’alcool, nous sommes incapables d’avoir une politique pour aider les gens qui ont un problème d’alcool dans ce pays.

L’alcool est mille fois moins contrôlé que la vitesse et nous attendons de la chancellerie qu’elle tienne ses promesses. Madame Taubira avait dit en 2012 que fin 2013 il y aurait des éthylotests antidémarrage dans tous les départements. Nous somme en 2015, il y en a une quarantaine. Nous ne sommes pas capables d’aider les gens qui ont un problème avec de l’alcool. Et en ce qui concerne la vitesse, regardez cette technologie qui avait été annoncée en mars 2013, et immédiatement grâce aux médias, qui avaient joué leur rôle d’ailleurs, qui avaient dit a quel point c’était important, la possibilité d’être contrôlé à tout moment et en tous lieux, et bien il y avait une baisse de l’accidentalité. Qu’en est-il aujourd’hui de ces radars troisième génération ? Il y en a 200, et ils sont utilisés moins de deux heurs par jour. C’est un véritable scandale. En Angleterre ils en ont officiellement 4000, ils en ont peut-être entre 6 et 8 mille, et ils sont utilisés eux a plein temps. Hors les Anglais ont 300 mille km de routes, nous en avons 1 million. Donc nous voyons bien que nous ne mettons pas les moyens pour contrôler les comportements dangereux que ce soit la vitesse ou l’alcool.

L’année 2014 aura été la plus mauvaise année depuis longtemps en matière de sécurité routière. La Ligue contre la violence routière s’insurge contre l’absence de véritable politique de sécurité routière des pouvoirs publics depuis 2012 et exige la mise en place de mesures fortes et énergiques pour réduire massivement le nombre de victimes de la route.