France : aveuglé par les échéances électorales, le gouvernement Ayrault refuse de voir l’ampleur de la crise et les mesures de rigueur à prendre. Jusqu’à quand ?

4 juin 2012

A l’approche d’échéances électorales majeures, la gauche jouerait-elle au poker menteur ? C’est la question qu’on est en droit de se poser au regard d’un certain nombre de déclarations.

Voici quelques semaines, Jérôme Cahuzac, le ministre délégué au Budget avait estimé que « des mesures supplémentaires »  seraient très certainement nécessaires pour rééquilibrer les comptes publics. Pas plus tard que la semaine dernière, le nouveau président lors de sa première intervention télévisée, n’avait pas publiquement reconnu qu’il faudrait faire de nouvelles économies, sans en préciser la nature et l’importance.

Voici une semaine, c’était au tour de la Commission européenne de s’alarmer de la situation des finances publiques françaises. Si l’objectif de réduction des déficits publics à 4.4 % du PIB en 2012 paraît devoir être  atteint, tel ne serait pas le cas pour l’année 2013 où le déficit devrait rester à un peu plus de 4% du PIB contre un objectif de 3%. Bruxelles estime que la réduction du déficit public reste un des principaux défis à relever par la France et qu’il va falloir réagir très rapidement et réaliser de nouveaux efforts si le pays veut respecter son objectif pour 2013. Dans son dernier rapport, la commission européenne pointe également la faiblesse de la croissance de la France : 0,5% en 2012 et probablement pas plus de 1.5% en 2013. Voilà qui ne va guère dans le bon sens pour le nouveau gouvernement français.

Le rapport de la Cour des comptes et l’inspection générale des finances ne font d’ailleurs que dire la même chose. La Cour des comptes a notamment identifié « quatre problèmes qui sont au cœur des promesses de François Hollande : les dépenses de personnel, les niches fiscales, les aides sociales à l’emploi ou au logement ainsi que le financement d’opérateurs de l’Etat » (Météo France, CNRS, Pôle emploi…).

Avec un taux de prélèvements obligatoires à 42,5 % du PIB, soit environ 7 points de plus que la moyenne européenne, la France était en 2010 le quatrième pays le plus taxé de l’Union européenne, selon des données publiées récemment par Eurostats. Elle arrive au deuxième rang pour la taxation du travail (41% en France contre 33,4% dans l’UE).  Malheureusement, ces taux risquent fort d’augmenter dans les prochains mois compte tenu des augmentations d’impôts prévues par François Hollande, à commencer par la seule mesure déjà annoncée pour le financement du retour partiel à la retraite à 60 ans. Dans ce contexte, pas sûr que les augmentations d’impôts prévues par le gouvernement pour retrouver l’équilibre budgétaire suffisent. Loin s’en faut, alors que les marges de manœuvres budgétaires restent très limitées.

Dans ce contexte, on voit mal comment le gouvernement socialiste pourrait respecter ses engagements de réduction des déficits publics avec un retour à l’équilibre dés 2016 pourrait être tenu sans une politique de rigueur exemplaire et une réduction massive des dépenses publiques, y compris au plan social.

Malgré cela, alors même que l’Europe semble s’enfoncer chaque jour davantage dans la crise, le ton semble changer sensiblement à entendre certains membres du gouvernement. Serait-ce l’approche du 1er tour des élections législatives ? Ainsi, lundi 04 juin à Bruxelles, Pierre Moscovici, le ministre français des Finances, a assuré que la France parviendra à ramener son déficit public à 3% du PIB en 2013, le tout « sans mesure d’austérité », s’il vous plaît. Après tout, plus c’est gros, plus çà passe !

Une chose est sûre, passé le second tour des élections, la gauche française n’aura pas d’autre alternative que de s’engager à son tour dans une politique de réduction des dépenses publiques, à moins d’ignorer les nombreux signaux d’alarmes et de plonger la France, l’Europe et le monde dans l’une des plus graves crises de son histoire. Les discussions s’annoncent très chaudes entre les diverses composantes du parti socialiste et les partis les plus à gauche. La rentrée risque donc d’être animée pour François Hollande, surtout si sa majorité est faible et qu’il doit, par la force des choses, recourir à une alliance avec ses alliés les plus virulents et démagogiques. Pas sûr que la France en sorte gagnante !


France : l’urgence à engager une véritable politique de rigueur pour équilibrer les finances publiques

12 septembre 2011

Le dernier budget français en équilibre remonte de 1974, date du premier choc pétrolier.  Voici donc plus de 35 ans que le budget français présente un déficit en augmentation constante au fil des années. Ces déficits trouvent leur origine principalement dans l’incapacité des divers gouvernements à réduire les dépenses publiques, mais s’expliquent aussi par un déficit structurel lié à une étatisation excessive du pays qui génère à lui seul certains surcoûts. En 2010, plus de la moitié des dépenses de l’Etat français concernaient le paiement des seuls fonctionnaires, ce qui constitue un record mondial pour un pays développé.

Dans ces conditions, difficile de revenir à l’équilibre budgétaire sans une réforme en profondeur de l’Etat car la RGPP et le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux ne sauraient suffire. Contrairement à ce que voudraient laisser croire certains, l’important déficit public actuel reste très largement imputable à la crise financière mondiale plutôt qu’à la politique du gouvernement de François Fillon. Pour preuve, il a été contenu jusqu’en 2008, avant d’exploser sous le coup des plans d’aide aux banques et autres plans de relances, mais aussi du fait de la chute vertigineuse  de la croissance et des rentrées fiscales.

N’oublions pas  la lourde responsabilité des gouvernements passés, y compris socialistes, qui avaient bénéficié à certains moments d’une forte croissance qui aurait du permettre une réduction des déficits et de la dette. Comme toujours, le court terme l’emporte. Il est plus facile de laisser croître la dette et distribuer généreusement les revenus de la croissance plutôt que de réduire les dépenses, et plus généralement le train de vie de l’Etat. Résultat, la dette de la France représente aujourd’hui plus de 84% du PIB.

Au fil des ans,  la charge de la dette porte de plus en plus sur les générations futures. Face à cette situation, dans de nombreux pays européens, certains hommes politiques montent au créneau pour que soit inscrit dans la Constitution le principe du retour progressif à l’équilibre définitif et obligatoire des finances publiques. En ce sens, un projet de loi de réforme constitutionnelle a été adopté par le Parlement français en date du 13 juillet 2011. Selon Bercy, cette loi viserait à mieux encadrer la trajectoire budgétaire. Des planchers de recettes et des plafonds de dépenses seraient fixés annuellement. Les budgets proposés par le gouvernement et votés par le Parlement devraient ensuite se conformer à cette « règle d’or », sous peine d’être annulées par le Conseil constitutionnel.

Certains pays européens ont déjà inscrit la « règle d’or » dans leur constitution ; c’est le cas en Allemagne, …. A son tour, le gouvernement socialiste espagnol, soutenu par l’opposition du Parti Populaire, vient d’inscrire la règle d’or dans la constitution à une large majorité de son Parlement et l’Italie devrait suivre. En France, les socialistes (à l’exception de Manuel Walls) ne souhaitent pas l’instauration d’une telle règle, au moins avant la présidentielle de 2012. Bien étrange attitude des socialistes français ! Pourquoi attendre pour adopter une règle de bonne gestion qui devrait, à l’avenir, permettre de mieux encadrer les déficits publics ? Serait-ce parce que le parti socialiste n’entend pas se conformer à cette discipline budgétaire si demain il devait exercer le pouvoir ? Devant cette levée de bouclier, il semble que le président de la République ait décidé de reporter cette question après les élections. Il est vrai que cette question est tout à fait secondaire et qu’elle ne règle rien.

Pour autant, combien de temps va-t-on laisser croire aux français qu’on peut continuer à laisser filer nos déficits et notre dette, sans réduire drastiquement nos dépenses publiques ? L’Allemagne y est parvenue ces derniers mois, même si c’est avec une croissance plus importante, sans pour autant que le pays soit moins bien administré et géré. Alors, pourquoi pas la France ?

On ne peut que regretter le manque d’unanimité politique en matière de lutte contre les déficits ; ce qui, à l’approche d’une élection importante, laisse à penser que la France n’est toujours pas décidée à s’attaquer à ce fléau qui mine le pays. Que cela plaise ou non, tous les français devront pourtant passer à la caisse à hauteur de leurs moyens et rien ne sert d’attendre… L’ampleur de la crise des finances publiques l’impose. Et il va falloir frapper fort.

L’urgence est telle que la majorité des niches fiscales risque devrait être remise en cause et l’impôt sur les hauts revenus nettement revu à la hausse, tout comme l’augmentation de la TVA. A cela il faudra nécessairement ajouter une bonne pincée de réduction des dépenses publiques et d’amaigrissement de l’Etat. Voilà le seul programme possible pour le prochain gouvernement issu de l’élection présidentielle de 2012. A moins que Nicolas Sarkozy, devant l’urgence, oublie la prochaine échéance électorale pour se consacrer exclusivement à la résorption  de la crise financière actuelle, en engageant une politique d’austérité sans précédent pour rétablir les finances publiques. Ce serait un beau challenge qui honorerait la fonction présidentielle et par delà, l’homme. Mais le veut-il et le peut-il ? Devant tant d’obstacles, à commencer par celui des parlementaires de la majorité plus préoccupés par leur réélection que par le devenir de la France, c’est pas gagné.

Quoi qu’il en soit, français, le pire est à venir ! Les choses sont aujourd’hui très claires pour la France. Présidentielle ou pas, le programme est simple : labeur, sueur et larmes.

Plus d’infos :

Le livre du mois  : « L’échéance : français, vous n’avez encore rien vu » par François de Closets et Irène Inchauspé (31 août 2011 – Fayard)