France : entre les propos outranciers du patron de Titan, la surenchère de M. Montebourg et l’attitude du « syndicat fou » de Goodyear à Amiens-nord, c’est l’image de la France à l’étranger qui a du plomb dans l’aile

21 février 2013

Après des mois de négociations, le 11 février 2013, M. Montebourg, ministre du redressement productif avait dû se résoudre à annoncer que le groupe Titan, basé dans l’Illinois et spécialisé dans les pneus agricoles, jetait définitivement l’éponge. Ce dernier ne cachait d’ailleurs pas sa déception de n’avoir pas réussi à redonner vie à ce projet de reprise par Titan qui aurait évité le désastre social auquel ne manquera pas de conduire la fermeture du site de Goodyear à Amiens-nord.

Dans un récent courrier adressé à M. Montebourg, le patron de Titan, Maurice M. Taylor Jr déplore de n’avoir pu conclure un accord en vue de la reprise du site de l’usine Goodyear d’Amiens-nord en raison de l’attitude des syndicats. Ce dernier y dénonce la surenchère du syndicat majoritaire qui aurait voulu imposer au repreneur des conditions économiquement non viables, réduisant ainsi à néant les chances de reprise de l’établissement en difficulté.

Le patron de Titan n’y va pas avec le dos de la cuillère. Parlant de l’usine d’Amiens-nord : « J’ai visité cette usine plusieurs fois. Les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures. Je l’ai dit en face aux syndicalistes français. Ils m’ont répondu que c’était comme ça en France […]. Monsieur (parlant de Montebourg), votre lettre fait état du fait que vous voulez que Titan démarre une discussion. Vous pensez que nous sommes si stupides que ça ? Titan a l’argent et le savoir-faire pour produire des pneus. Qu’a le syndicat fou ? Il a le gouvernement français… » En conclusion : «Vous pouvez garder vos soi-disant ouvriers […] Titan n’est pas intéressé par l’usine d’Amiens-nord.»

Dans un entretien téléphonique au quotidien Les Echos, M. Taylor Jr a persiste et signe, tout en promettant à la France des jours difficiles : « Mais qu’est-ce que vous croyez ? Que vous allez pouvoir aller au restaurant, manger et boire du vin sans payer ? Et émettre une opinion sur tout en prime ? Vous allez finir comme la Grèce, c’est une question de temps […] En Allemagne, oui, ils travaillent, c’est bien mieux là-bas, ils ont la tête sur les épaules [… ] Le meilleur lieu de production en Europe, c’est l’Angleterre, eux ils font le boulot et ils n’ont pas d’imbéciles au gouvernement »

Par delà l’aspect provocateur et excessif des propos du patron de Titan, bien connu aux USA et dans l’Illinois pour ses excès de langage, il n’en reste pas moins que ces derniers traduisent une certaine exaspération face à la France qui persiste à vouloir donner des leçons aux autres. Même si la plupart des entreprises étrangères et américaines en particulier ne partagent pas du tout les propos de M. Taylor Jr, le désenchantement ne cesse de monter au sein des entreprises étrangères, notamment face à l’archaïsme de notre pays dans un monde en pleine mutation, aux difficultés du dialogue social qui conduisent souvent à des blocages, au manque de compétitivité du pays et sa bureaucratie omniprésente qui freinent lourdement son développement économique.

Dans ce contexte, on ne peut que regretter la surenchère de M. Montebourg envers le patron de Titan. Ce qui ne grandit guère la France qui donne l’impression de soutenir les syndicats les plus jusqu’au-boutistes, quitte à ruiner définitivement les chances de reprises du site par un nouveau repreneur et à précipiter ainsi sa fermeture et le licenciement de l’ensemble des salariés. Le ministre a ainsi assuré M. Taylor Jr, qui annonçait son intention de produire en Chine ou en Inde des pneus qu’il exporterait vers la France, « de pouvoir compter sur [lui] pour faire surveiller par les services compétents du gouvernement français avec un zèle redoublé les pneus d’importation.» Par de tel propos, dignes d’une république bananière, la France tombe bien bas.

Après ces propos outranciers de part et d’autre, une fois encore, pas sûr que l’image de la France en sorte intacte à l’étranger ! Reste maintenant à M. Montebourg le plus difficile à faire, à savoir, trouver enfin un repreneur pour le site de Goodyear Amiens-Nord. Pas sûr que toute cette publicité peu flatteuse pour le site d’Amiens soit de nature à lui faciliter la tâche.

Une fois de plus, le jusqu’au-boutisme de la CGT, alliée à M. Montebourg, risque de coûter très cher aux salariés de Goodyear à Amiens-nord.