Zone euro : un sauvetage in extrémis qui permet d’espérer

27 octobre 2011

Les dirigeants de la zone euro, sous la conduite d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy ont arraché ce jeudi 27 octobre un accord qui stoppe momentanément les risques d’implosion qui menaçaient la monnaie unique, même si certains risques pèsent encore sur la restructuration de la dette grecque et le renforcement du fonds de soutien à l’euro.

A l’issue d’une longue nuit d’effort, le couple franco-allemand appuyé par Christine Lagarde, directrice générale du FMI, a finalement conclu un accord avec les banques pour réduire de 100 milliards d’euros la dette privée grecque et mis en place un mécanisme permettant de porter le montant du Fonds européen de stabilité financière (FESF) à 1 000 milliards d’euros. Les pays de la zone euro devront ultérieurement s’entendre pour sa mise en place. Le cas échéant,  certains pays émergents appartenant aux BRIC pourront contribuer à ce plan.

Les banquiers devront confirmer leur engagement volontaire à prendre part au nouveau plan de sauvetage de la Grèce. Par ailleurs, un plan de recapitalisation des banques à hauteur de 106 milliards d’euros d’ici le 30 juin 2012, a été adopté, représentant prés de 9 milliards pour les seules banques françaises.

En ce qui concerne la Grèce, alors que les créanciers privés devront éponger quelques 100 milliards, la dette publique de l’Etat devrait être ramenée de plus de 160% du PIB actuellement à 120% en 2020, un niveau jugé soutenable par les autorités européennes. Pour ce faire, la zone euro mettra à sa disposition quelques 130 milliards d’euros sous forme de prêts et de garanties.

Dés ce jeudi, les marchés européens ont bondi et atteint leur plus haut niveau depuis trois mois, à commencer par les établissements financiers, alors que l’euro s’appréciait à plus de 1,40 dollar, une valeur qu’il n’avait plus franchi depuis début septembre.

Preuve que les décisions prises prennent enfin à bras le corps les questions de la dette grecque et la contagion de la crise aux pays plus importants et sont de nature à permettre à la zone euro de sortir de la crise actuelle.

Dans son intervention télévisée du même jour sur France 2, le Président de la République Nicolas Sarkozy a confirmé les avancées dans le règlement de la crise de la dette en Europe, tout en reconnaissant que les choses avaient été difficiles et que beaucoup de choses restaient à faire, à commencer par le renforcement de la gouvernance de la zone euro, la poursuite de la politique de réduction des déficits et de la dette publique des Etats et l’accentuation de la convergence des politiques économiques, fiscales et sociales.

Pour retrouver le chemin de la croissance, il est impératif pour la France de retrouver un budget en équilibre dés 2016. D’où la nécessité de poursuivre la politique de réduction des dépenses publiques de fonctionnement au profit de l’investissement. Dans l’immédiat, la France va revoir à la baisse son projet de budget 2012, sur le fondement d’une croissance de 1% au lieu des 1.75% initialement prévus, soit 8 à 10 milliards d’euros d’économies supplémentaires à trouver. Les mesures qui seront prises devraient s’harmoniser avec celles en vigueur en Allemagne, notamment en matière d’impôt sur les sociétés et de TVA.

Attendons maintenant les mesures qui devraient être prises lors du prochain G20 qui sera présidé par la France, pour conforter les avancées au niveau de la gouvernance économique mondiale, l’éventuelle mise sous surveillance des banques et la mise en place d’une taxe sur les transactions financières.

Un pas important a été réalisé par les dirigeants de la zone euro ; reste maintenant à passer aux actes et à conduire les politiques de rigueur qui s’imposent, sans pour autant pénaliser la croissance à venir qui seule permettra à l’Europe de sortir durablement de la crise actuelle.


Europe : avis de tempête sur la zone euro

22 octobre 2011

L’Europe et la zone euro en particulier, traversent la plus grave crise de leur histoire.

Les pays de la zone euro payent aujourd’hui au prix fort une Europe qui a été conçue dans la précipitation et qui a cru que l’union à celle seule suffirait à faire converger des pays disposant d’une histoire très différente et surtout de systèmes économiques, budgétaires et sociaux tout aussi différents. En 2011, les divergences apparaissent au grand jour entre les pays du nord, rigoureux et aux finances saines (Allemagne, Autriche, Pays-Bas…) et l’Europe du Sud aux économies fragiles et aux finances budgétaires exsangues (Grèce, Portugal, Espagne, Italie…). La France se situant entre les deux.

Sans une Europe fédérale qui seule permettrait de gommer ces écarts entre les pays du nord et du sud, l’euro tiré vers le haut par les économies fortes menées par l’Allemagne, ne pouvait que mettre en difficulté les économies de l’Europe du sud. Pour faire face à la dette colossale des pays du sud, dont certains sont en défaut de paiement, l’Europe n’a d’autre solution que de mutualiser les dettes des pays de la zone euro pour éviter l’implosion de celle-ci permettre à ces pays de s’en sortir au mieux.

Encore faut-il que l’Allemagne accepte de contribuer à l’effort commun pour financer la dette de pays qui n’ont aucune chance de rembourser un jour. Manifestement, la rigoureuse Allemagne qui a déjà demandé beaucoup d’effort aux allemands pour financer la réunification, ne semble pas prête à payer pour les cigales du sud de l’Europe. D’où les grandes difficultés pour le président français Nicolas Sarkozy de faire accepter le plan visant notamment à la mise en place du FESF (Fond européen de stabilité financière) permettant de mutualiser la dette pour venir en aide aux pays en difficulté et au renforcement du rôle de la BCE (Banque centrale européenne).

Les nombreux allers-retours entre Paris et Berlin pour préparer le sommet européen, finalement reporté au 26 octobre, suffiront-ils à trouver un terrain d’entente entre les deux pays pour sauver la zone euro ? Rien n’est acquis mais il faut espérer des avancées importantes lors de ce sommet car il y a urgence. Verdict le 26 octobre prochain.

De son côté, la France va devoir ajuster son budget 2012 à une croissance qui ne devrait pas dépasser 0.9 % l’an prochain alors que ses prévisions étaient basées sur 1.75%. Il vaut donc falloir trouver 10 milliards supplémentaires d’économies ou de recettes nouvelles. La France ne pourra échapper elle aussi à une véritable politique de rigueur budgétaire dans les prochains mois si elle ne veut pas voir la note de sa dette AAA dégradée, comme l’a laissé entendre récemment l’agence Moddy’s.

D’ici le 15 novembre, la France et l’Europe vont vivre  une période capitale de leur histoire. Une fois encore, face à l’ampleur de la crise financière et institutionnelle, il faut espérer que l’Europe saura faire bloc et éviter un éclatement de la zone euro qui serait catastrophique pour les pays du sud de l’Europe.