Europe : le « Nein » ferme d’Angela Merkel à la France de François Hollande

24 mai 2012

Ce mercredi 23 mai 2012 se tenait à Bruxelles le sommet informel des chefs d’Etat et de gouvernement des 27 pays de l’Union européenne.

Le thème en était notamment les moyens de relancer la croissance, les délicates questions des eurobonds ou euro-obligations ainsi que le maintien de la Grèce dans la zone euro. Cette réunion  visait à préparer l’important sommet qui aura lieu les 28 et 29 juin prochain à l’issue des élections législatives française. Coïncidence ? Toujours est-il que ce dernier sommet n’a débouché sur aucune décision formelle ; au contraire, il a fait apparaître au grand jour des divergences de fond entre l’Allemagne et la France. D’ailleurs, quelques heures encore avant le début du sommet, la chancelière allemande Angela Merkel est revenue à la charge contre la mise en place d’eurobonds pour mutualiser la dette européenne ou soutenir la croissance.

Sur le fond, la chancelière allemande à toutes les raisons de rester ferme. Rappelons que la crise de l’euro est due au fait que les pays du sud de l’Europe, depuis la mise en place de l’euro, ne se sont pas conformés aux critères de Maastricht qui prévoyaient notamment une convergence des politiques budgétaires des pays membres, avec des déficits plafonnés à 3% du PIB et une dette inférieure à 60% de ce même PIB. Or, la plupart des pays du sud ont cédé à la facilité en laissant filer les dépenses publiques et en vivant largement à crédit, alors à des taux très bas, y compris pour les mauvais élèves de l’Europe. Ce qui a favorisé l’explosion de la dette de certains pays.

Le seul moyen de sauver la zone euro est aujourd’hui que ces pays retrouvent au plus vite l’équilibre des finances publiques. Tant que ces pays n’auront pas démontré qu’ils entendent contenir et réduire drastiquement leurs dépenses publiques, il est bien évident que la question de la mise en place de ces eurobonds ne peut être d’actualité. Ce d’autant plus que certains pays comme la France, ne semblent pas prêts à s’engager à respecter la fameuse règle d’or.

A ce stade, la mise en place d’eurobonds serait en effet un encouragement à la mauvaise gestion et conduirait immanquablement à la faillite de l’Union européenne à brève échéance, tout en faisant supporter à l’Allemagne et aux pays les plus vertueux, le coût de celle-ci. Preuve s’il en est de la solidité des finances allemandes et de la confiance des investisseurs dans ce pays, l’Allemagne a réussi ces derniers jours à lancer un important emprunt à court terme de 4.5 milliards d’euros au taux de zéro. Celui-ci a été souscrit sans la moindre difficulté pendant que d’autres pays, beaucoup moins vertueux, doivent le faire à deux taux bien plus élevés (4% à 7%) pour séduire les investisseurs de plus en plus réticents. Pourquoi demander à l’Allemagne et aux autres pays du nord de payer pour les pays « cigales » du sud de l’Europe ?

Dés lors que tous les pays de la zone euro se seront engagés à respecter la règle d’or et à gérer leurs finances avec la plus grande rigueur en s’attaquant aux dépenses publiques, nul ne doute que l’Allemagne verra moins d’obstacles à leur mise en place progressive. Mais nous n’en sommes pas là !

S’agissant de la croissance, il est bien évident que tous les pays y sont favorables car c’est un atout essentiel pour sortir de la crise et améliorer la situation des finances publiques. Mais n’oublions pas, comme cela semble être le cas de François Hollande, que la crise européenne actuelle trouve d’abord son origine dans la mauvaise gestion des finances publiques et notamment la dérive des dépenses publiques et de la dette de certains pays. La priorité doit donc rester au rétablissement des finances publiques, avec un volet « croissance » qui ne repose pas sur l’augmentation de la dette pour la financer.

Pas question de relancer la croissance par la dette car ce serait accélérer la crise de l’euro et engager une véritable descente aux enfers pour l’ensemble de l’Europe. Même si ce n’est pas ce à quoi pensent les socialistes français et François Hollande en particulier, la bonne manière de générer de la croissance, c’est de réduire progressivement les dépenses publiques en s’attaquant à la réforme de l’Etat et notamment aux fameuses réformes de structures entamées par Nicolas Sarkozy (RGPP, introduction de plus de souplesse sur le marché du travail, réforme des collectivités locales, …)

Lors de sa campagne, M. Hollande se faisait fort d’imposer ses vues et de changer le monde à lui tout seul. Quelques semaines après son élection et deux importants sommets plus tard, le G8 à Camp David aux USA et le sommet de l’Union européenne de Bruxelles, euh !… il faut bien l’avouer, le résultat est bien maigre, pour ne pas dire inexistant. Ces deux sommets ne débouchent sur strictement rien de concret et se contentent de quelques engagements. Au demeurant, on peut regretter la grande discrétion du nouveau président français. Peut-être était-il un peu intimidé ! Toujours est-il que cela devrait l’inciter à un peu plus de modestie et à concentrer ses efforts pour préparer la France à affronter la grave crise que traverse l’Europe.

La responsabilité de la France est engagée. Ce dernier sommet européen n’augure d’ailleurs rien de bon pour les relations franco-allemandes et par là-même, pour la stabilité de l’Union européenne. François Hollande par son attitude bornée et enfermée dans des positions idéologiques d’un autre âge,  mettra-t-il à mal plus de 40 ans d’entente cordiale entre la France et l’Allemagne ?

Fini les gesticulations électorales et les déclarations gratuites. La France ne saurait attendre les réformes courageuses qui s’imposent. Le changement dans le bon sens, on aimerait le voir maintenant, sans attendre !