France : tension sur le réseau électrique ou les limites du tout nucléaire (1)

26 janvier 2010

La France, depuis les années 1970 et le premier choc pétrolier de 1973, a fait le choix de l’électricité nucléaire pour assurer son indépendance énergétique.

Pour ce faire, en moins de deux décennies, sous des gouvernements différents, le pays a investi massivement pour développer son programme de centrales nucléaires. Si la mise en service de nouvelles centrales nucléaires se fait rare depuis 2000, EDF, premier électricien nucléaire mondial, gère en France un parc de production composé de 58 unités de production, réparties sur 19 centrales. Pour remplacer son parc de centrales, dont les premières pourraient être arrêtées vers 2020, l’opérateur électrique national construit actuellement le premier EPR français à Flamanville. Son démarrage est prévu en 2012 et la première production électrique en 2013. L’EPR constituera le premier exemplaire d’une nouvelle génération de réacteurs nucléaires.

Si l’énergie nucléaire participe à la production de prés de 81% de l’électricité en France, le vieillissement du parc, le retard pris dans son renouvellement et l’importance prise par le nucléaire au détriment des autres sources d’énergie : hydraulique (8%), gaz, éolienne, solaire…) ne sont pas sans poser aujourd’hui de réels problèmes d’approvisionnement pour les années à avenir. Au vu du coût très important du démantèlement prochain des vieilles centrales ou de leur modernisation jusque là non budgétisés par EDF et des surcoûts inhérents à la mise en service pour le moins difficile des EPR, on est en droit de s’interroger sur la capacité financière d’EDF à faire face à une situation qui s’annonce très tendue dans les prochaines années.

Pendant de trop longues années, EDF a tout misé son développement sur la seule énergie nucléaire, dévoreuse de capitaux, sans se soucier des lendemains. Après avoir incité durant des décennies les français à privilégier l’équipement de leur maison en énergie électrique, prétendument bon marché et abondante, l’électricien public, soutenu par les gouvernements successifs, a généré une demande en énergie électrique qui paraît aujourd’hui démesurée, et en tout cas, sensiblement supérieure à ses capacités de production, notamment en cas de forte demande en période hivernale.

EDF, ces dernières années, n’est plus en mesure de satisfaire la demande d’électricité en hiver et par grand froid. Elle doit en  importer massivement d’Allemagne et d’Italie, au tarif fort, comme cela a été le cas en janvier 2010, participant ainsi un peu plus au déséquilibre de notre balance commerciale. Si ce déficit de production d’électricité se trouve accentué par l’indisponibilité de certaines centrales nucléaires en maintenance, on peut légitimement s’interroger sur cette incapacité pour la France à produire l’énergie nécessaire à ses besoins.

Les responsabilités d’EDF et de l’Etat français depuis 30 ans sont pleines et entières. Nous payons aujourd’hui le prix fort pour avoir encouragé l’équipement des logements en tout électrique depuis des décennies et maintenu artificiellement, pour des raisons politiques, les tarifs de l’électricité à un prix inférieur au coût de revient de l’énergie nucléaire. Le manque à gagner pour EDF, aujourd’hui en difficulté pour financer ses investissements et le démantèlement des centrales nucléaires, est très important et nécessitera une augmentation substantielle du prix de l’électricité dés 2010. Il n’y a pas d’autre alternative pour compenser les erreurs passées et s’engager enfin sur le développement des énergies renouvelables.

Plus d’infos: http://energies.edf.com/edf-fr-accueil/la-production-d-electricite-edf/-nucleaire-120205.htmlArevawww.cea.fr/energiewww.asn.frwww.sfen.org/ –  www.criirad.orgwww.greenpeace.org/france/campagnes/nucleaire

A suivre :

  • (2) EDF sous tension en France
  • (3) L’ouverture à la concurrence des concessions de barrages
  • (4) L’hydroélectricité, une énergie renouvelable leader en Aveyron
  • (5) Les autres énergies renouvelables en Aveyron (éolien, solaire…)

France : vers la fin du tout nucléaire ?

7 novembre 2009

En Europe, la France comme la Finlande, se sont engagées dans la construction d’un nouveau type de réacteur nucléaire EPR, dit de 3ème génération.

Cette technologie, basée sur le principe des réacteurs à eau sous pression de dernière génération, est née de l’alliance d’Areva (France) et de Siemens (Allemagne). La puissance de ces réacteurs sera bien plus importante, tout en fonctionnant avec une quantité moins importante de combustible nucléaire et devrait assurer, au dire des constructeurs eux-mêmes, une sécurité bien plus grande que les réacteurs actuels. Une quinzaine de réacteurs de ce type sont prévus à travers le monde, dont plusieurs en Chine.

Pour autant, les exigences des autorités de sécurité nucléaire françaises, britanniques et finlandaise formulées en novembre 2009, concernant la modification du système de gestion de la sécurité du réacteur EPR, montrent à quel point la sécurité des installations nucléaires reste pour le moins aléatoire.

Dans un tel contexte et par delà la toute puissance du lobby nucléaire en France qui a réussi à imposer sa technologie au détriment de véritables énergies propres et renouvelables, on est en droit de s’interroger sur le manque de transparence des pouvoirs-publics et des autorités nucléaires françaises en charge du contrôle de ces installations envers nos concitoyens. Quel crédit accorder à l’autorité de sécurité nucléaire française ? Dispose-t-elle des moyens nécessaires au contrôle des installations nucléaires et de garantir leur sécurité ?

Face à ces risques, ne faut-il pas mettre en place une véritable autorité européenne ou mondiale indépendante chargée de la sécurité nucléaire de l’ensemble des installations ?

Plus raisonnablement, la relative unanimité française sur l’énergie nucléaire ne doit-elle pas être aujourd’hui réexaminée au vu des données récentes sur ses inconvénients face aux énergies propres et sûres ? N’est-il pas temps pour la France de s’interroger sur le fait qu’elle reste aujourd’hui un des rares pays à avoir basé son indépendance énergétique sur la seule énergie nucléaire ?

Après avoir ignoré les énergies renouvelables telles les énergies éoliennes et solaires qui connaissent aujourd’hui un fort développement en Europe (Allemagne, pays scandinaves, Espagne…) au profit du seul nucléaire dont la sécurité reste aléatoire et le démantèlement pose d’importants problèmes, ne serait-il pas plus raisonnable pour la France de revoir sa copie et d’investir massivement dans les énergies propres et renouvelables ?

L’enjeu économique et environnemental est de taille. Outre la préservation de notre planète, ces énergies renouvelables et durables sont aujourd’hui à même d’assurer l’essentiel de nos besoins, tout en permettant de développer notre industrie et nos emplois dans un domaine d’avenir. Il n’est pas trop tard pour se diversifier et mettre en œuvre une politique énergétique fondée sur le développement durable !

Plus d’infos :

>> http://www.cea.fr –   http://www.sfen.orghttp://energies.edf.com/edf-fr-accueil/la-production-d-electricite-edf/-nucleaire-120205.html

>> http://www.developpement-durable.gouv.fr/energie/sommaire.htmhttp://www.energies-renouvelables.orghttp://www.ademe.frhttp://www.greenpeace.org/france