Dettes souveraines des Etats : faut-il s’inquiéter du rôle des agences de notations ? (1)

17 juin 2010

Dettes publiques : une explosion qui inquiète les marchés et le monde

La dette souveraine mondiale devrait atteindre 49.500 milliards de dollars d’ici à la fin de l’année, ce qui représente une hausse de 45 % par rapport à 2007, année de déclenchement de la crise, indique un document de Moddy’s.

La progression de 15.300 milliards correspond à plus de cent fois le montant du plan Marshall, plan destiné à la reconstruction de l’Europe à la sortie de la Seconde guerre mondiale. Les seuls pays du G7 représentent près de 80 % de cette hausse : leurs finances publiques ayant été les très affectées par la crise économique et financière.

L’endettement des Etats de toute la planète représentera quelque 80 % du PIB mondial en 2010 contre 63 % en 2008. Une évolution qui inquiète particulièrement les agences de notation.

France : déficits et dette publique, la cote d’alerte !

A l’instar des pays de la zone euro, la dette publique française a franchi le seuil de 80% du PIB alors que les déficits publics atteignaient 8% de ce même PIB. Des niveaux jamais atteints jusqu’alors. Le temps semble donc venu pour la France se s’imposer une plus grande rigueur dans la gestion de ses finances publiques.

Même si le chemin risque d’être long et périlleux à l’approche de l’élection présidentielle de 2012, la France n’a pas d’autre choix que de s’y atteler pour empêcher l’explosion de sa dette qui s’est fortement accrue du fait de la crise mondiale. Le pays doit aussi rassurer les marchés sur sa capacité et sa volonté à y parvenir.

Nul doute que le plan de rigueur annoncé récemment par François Fillon, premier Ministre, à l’instar de la réforme du régime des retraites, visent à envoyer un signal fort aux français, mais aussi aux agences de notation quelque peu inquiètes du laxisme budgétaire français. Si la note de la France a jusqu’alors été préservée par les agences qui lui ont toujours attribué la meilleure note : « AAA », on ne peut pas exclure une possible dégradation de celle-ci dans les mois à venir si le pays n’adopte pas à son tour une véritable politique de rigueur qui permette un progressifs rétablissement des finances publiques.

Ces derniers mois, de nombreux gouvernements européens n’avaient pas manqué de fustiger ces mêmes agences de notation. Les récents propos de M. Baroin, ministre du Budget, montrent au besoin, que la pression s’accroît sur la France, après la dégradation de la note de l’Espagne de AAA à AA+  par Standard & Poor’s en avril, puis par Fitch Rating fin mai. Seule l’agence Moody’s maintient encore la note AAA de l’Espagne.

La France peut-elle perdre son AAA?

La France fait partie d’un club très restreint de 14 pays que les trois agences de notation (Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch) gratifient d’un « AAA ». Comme les Etats-Unis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l’Australie, le Canada, le Danemark, la Finlande, la Suède, Singapour…, la France de par sa note AAA, ne présentait aucun risque pour ses créanciers. Ce qui lui permet de bénéficier des taux d’intérêt les plus bas possible (autour de 3%). Mieux, cette note AAA est actuellement assortie d’une « perspective stable » ce qui est plutôt encourageant.

Pour autant, selon Standard & Poor’s France, le gros point noir de la France, c’est son niveau d’endettement, déjà élevé avant le début de la crise, alors même que la lourdeur de ses impôts limite considérablement la possibilité de les relever afin de réduire les déficits. Par ailleurs, les dépenses publiques y sont élevées, sans que le pays n’ait jamais été en mesure de les réduire, même en période de croissance.

Par delà ce constat sans appel, il subsiste quelques éléments rassurants. Ainsi, les agences regardent non seulement l’évolution des finances publiques d’un pays, mais aussi son économie et sa politique générale. La France dispose ainsi de quelques points favorables : l’endettement des ménages y est modéré, l’épargne est importante, les institutions sont stables et la démographie reste étonnamment dynamique.

Bien qu’étant un pays prisé par les investisseurs, on ne peut exclure le risque que la note de la France puisse être dégradée, à défaut qu’une réponse adéquate ne soit donnée rapidement. Si les critères des agences de notation restent quelque peu opaques, on sait qu’elles prennent en compte, en plus de la dette et des déficits, de nombreux indicateurs qui concernent l’évolution des prix et du PIB par habitant, en passant par des critères plus subjectifs. Pour ces raisons, il reste difficile d’évaluer le seuil à partir duquel un pays peut voir sa note dégradée. Ce d’autant plus que ce seuil est différend d’un pays à l’autre.

Dans la présente situation, la France s’expose, comme d’autres pays, à perdre sa note AAA si elle ne s’engage pas fermement et durablement dans une politique de rigueur budgétaire raisonnée.

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France : l’urgence à s’attaquer à la réduction des déficits publics et à la dette (1)

22 février 2010

La Cour des Comptes a publié le 18 janvier 2010 son volumineux rapport annuel relatif à l’année 2009. Une fois de plus, la Cour épingle  certains services de l’Etat, qu’il s’agisse d’administrations, d’organismes ou d’entreprises publiques en mettant en évidence un certain nombre d’insuffisances ou de manquements à leur mission. En règle générale, les remarques formulées et les suggestions proposées pour régler certains disfonctionnements ne manquent pas d’à propos. Pour autant, au fil des ans, ces recommandations sont rarement suivies d’effet.

Les médias n’ont d’ailleurs accordé que peu de place à ce rapport, une fois de plus fort pertinent, pour les contribuables que nous sommes. Probablement est-il plus facile et moins complexe à présenter des faits divers, au demeurant sans importance, que de relater les conclusions de la Cour des Comptes. L’audimat a ses impératifs ! Dommage, car ce dernier rapport, présentait pour la première fois en des termes aussi développés et critiques, un sujet ô combien d’actualité : la maitrise des déficits publics et de la dette en France.

Les conclusions du rapport 2010 confirment la gravité de la situation et l’urgence de s’attaquer à ce fléau qui ronge notre pays.

« Le déficit public atteint un niveau sans précédent en temps de paix et la dette s’emballe. Dans le contexte de crise de l’année 2009, les limites posées aux déficits et aux dettes ne pouvaient qu’être repoussées ou dépassées. Les inévitables pertes de recettes dues à la crise ont en effet été considérables.

Le déficit a cependant été aggravé par une maîtrise insuffisante des dépenses publiques et par des mesures de réduction durable des prélèvements obligatoires. Les règles instaurées en ce domaine ont été insuffisantes, ou n’ont pas été respectées, et les données provisoires disponibles montrent que le déficit structurel a ainsi été accru.

Il est urgent de le réduire rapidement : les marges de manœuvre pour affronter d’éventuelles nouvelles crises se sont considérablement amoindries et, plus les efforts de redressement seront différés, plus ils seront difficiles. Les règles qui visent à contenir la croissance des dépenses et à préserver les ressources publiques doivent donc être strictement respectées et, pour certaines, renforcées.

Mais les règles ne suffiront jamais pour assurer le redressement des comptes publics qui viendra seulement de réformes structurelles d’une ampleur suffisante pour ralentir durablement et sensiblement la croissance des dépenses. La dégradation des comptes, notamment dans le domaine social, est toutefois telle qu’il faudra aussi augmenter le produit des prélèvements, notamment en remettant en cause les multiples « niches » qui le minorent.

Les ajustements nécessaires devront être réalisés quand l’activité sera suffisamment soutenue, mais aussi avant que la politique monétaire européenne ne soit resserrée et en profitant du soutien qu’elle apporte actuellement à la croissance ».

Au moment où le gouvernement français engage avec les partenaires sociaux, à l’instar de nombreux pays européens, le débat sur la réforme du régime des retraites dont le déficit  croissant met en cause leur avenir et où se pose plus généralement et de manière urgente, la question de la réduction des déficits et de la dette publics, la lecture de ce rapport nous éclaire sur la gravité de la situation présente et la nécessité d’une politique très rigoureuse de maitrise des dépenses publiques. Si aujourd’hui, la Grèce est en première ligne pour assainir ses finances publiques en raison de l’ampleur de sa dette, la France et bien d’autre pays européens ne sont pas à l’abri d’une grave crise. Il n’est que temps d’agir tant que c’est encore possible et supportable pour le contribuable.

De gré ou de force, après 30 ans de laisser-aller et de fuite en avant, la France n’a d’autre choix que de réduire drastiquement ses dépenses publiques. C’est le prix à payer pour conserver le niveau de vie de chacun.

Plus d’infos : rapport 2010 de la Cour des comptes