France : Les raisons d’une rafale de contrats pour le Rafale de Dassault Aviation

7 mai 2015

Alors que l’avions de combat français Rafale de Dassault Aviation, n’était pas parvenu à se vendre durant plus de 10 ans, en à peine quelques mois, même si c’est encore pour un nombre d’exemplaire somme toute limité, ce n’est pas moins de 84 avions de combat français qui viennent d’être vendus au Moyen-Orient.

Ne faisons pas la fine bouche. Avec les options, c’est 96 exemplaires qui devraient finalement sortir des usines de Dassault Aviation, soit 24 pour l’Egypte, 36 pour l’Inde et 24 pour le petit Qatar, plus 12 options. Bien sûr, ce ne sont pas nos alliés européens qui ont acquis ces appareils (en tout cas pas encore !) ; ces derniers préférant se fournir auprès de l’Oncle Sam. Ces clients, à commencer par l’Egypte et le Qatar, sont cependant loin d’être des pays exemplaires en matière de démocratie, loin s’en faut.

Mais il faut bien vendre ! Pour autant, on est en droit de s’interroger de savoir si c’est une bonne affaire au plan politique pour la France, compte-tenu de l’instabilité de ces pays et des risques de voir un jour ce matériel militaire moderne et performant tomber entre les mains de nos ennemis. On peut espérer que certains équipements stratégiques n’équiperont ces appareils. Et si les contrats de ventes du Rafale sont particulièrement juteux, c’est qu’ils comprennent d’importants contrats de maintenance sur place qui ont aussi l’avantage de permettre un certain contrôle sur ces appareils.

Revenons à nos chers Rafales. L’Armée de l’air et la Marine française devaient initialement en recevoir 286 exemplaires ; au final, leur dotation ne devrait pas dépasser les 200 appareils, restrictions budgétaires obligent. Le Rafale est en service opérationnel depuis 2006 dans l’Armée de l’Air (140 appareils) et la Marine (50 appareils). A ce jour, 142 Rafale ont été livrés. Le Rafale a été déployé sur de nombreux théâtres d’opérations pour multiples missions dans des nombreux pays dont l’Afghanistan, la Libye, le Mali et plus récemment l’Irak.

Au cours de ces missions, le Rafale a pleinement rempli ses missions et fait la preuve de sa grande fiabilité, sa disponibilité et son efficacité. C’est probablement là l’un des arguments majeurs qui a conduit au décollage des ventes. Son handicap a longtemps été son prix entre 100 et 120 millions d’euros, voire 150 millions d’euros pour les appareils dotés des dernières technologies et armements sophistiqués. Même s’il reste cher, il a fait la démonstration de sa redoutable efficacité et ce n’est pas rien. Autre avantage indéniable par les temps qui courent, son coût d’exploitation serait très raisonnable et très inférieurs aux appareils de 5ème génération.

Appareil de quatrième génération, le Rafale doit aujourd’hui affronter des appareils de cinquième génération que sont notamment les F-22 Raptor et F-35 américain de Lockheed Martin qui sont des appareils furtifs. Si le F-22, exclusivement réservé à l’Armée américaine, est entré en service depuis quelques années, il rencontre de nombreux problèmes techniques qui font qu’il est encore peu opérationnel face au Rafale. A croire certains experts militaires, en combat, le Rafale ferait jeu quasi-égal avec le F-22, la furtivité en moins. Mais on sait aujourd’hui que les radars à basses fréquences de dernière génération, développés par les russes, chinois et français, sont capables d’identifier les plus furtifs des chasseurs-bombardiers. L’avantage des avions de combat furtifs n’est donc plus démontré aujourd’hui.

S’agissant du F-35, appareil mono-réacteur, il n’est toujours pas en service opérationnel et rencontre lui aussi d’importants problèmes techniques et ses coûts de développement atteignent des profondeurs abyssales. Personne ne sait aujourd’hui quand il sera opérationnel et ne connaît son coût final. Outre l’armée américaine qui en a commandé plus de 2 500 exemplaires, de nombreux pays européens et alliés ont passé commande de plusieurs centaines d’exemplaires, parmi lesquels la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Italie, la Suisse, la Norvège, le Danemark, le Canada, l’Australie, la Corée du Sud, Israël…

Le coût actuel du F-35 est de l’ordre de 150 millions d’euros mais pourrait évoluer sensiblement à la hausse. Outre ses problèmes de développement qui repoussent sa mise en service opérationnelle, son coût d’exploitation serait son principal handicap. Autant dire que si la livraison des F 35 de Lockheed Martin devait s’éterniser, on ne peut exclure que certains pays clients habituels des USA ne se tournent vers le Rafale, au moins pour certains exemplaires, pour faire la jonction et de réduire leur budget. Verdict dans quelques années. Le match ne fait que commencer !

Bien que de conception plus ancienne, le biréacteur Rafale bénéficie des dernières technologies qui en font un avion de combat à la fois ultra-polyvalent et redoutablement efficace. Il est capable d’accomplir toutes les missions dévolues à un avion de combat : défense aérienne, attaque et appui au sol, reconnaissance, missions nucléaires… Autre avantage, c’est un appareil interopérable, c’est-à-dire apte à combatte immédiatement au sein d’une coalition amie avec des procédures communes.

Le Rafale a ainsi participé avec succès à de nombreux exercices internationaux : Red Flag, ATLC, Tiger Meet, etc. Sa version Marine, le Rafale M est le seul avion de combat non américain autorisé à opérer à partir des porte-avions américains. La compatibilité du Rafale avec ces bâtiments a été démontrée en 2008 par six Rafale qui ont pu s’intégrer sans aucun problème au groupe aérien du porte-avions Theodore Roosevelt dans le cadre de l’exercice JTFEX organisé par l’US Navy. JTFEX est un exercice d’interopérabilité de grande envergure, au cours duquel le Rafale a clairement démontré sa parfaite interopérabilité avec les unités aériennes et navales américaines et alliées.

Le Rafale, fabriqué par Dassault Aviation qui conçoit l’ensemble de la cellule (60%), Thalés pour les sytèmes et radars (22%) et Safran pour les moteurs Snecma (18%). Les autres principaux équipements optionnels (armement : missiles Mica, Méteor, Scalp, Exocet…) son fabriqués par l’entreprise franco-britannique MBDA.

En ces temps de conflits majeurs en Afrique et au Proche-Orient, alors que de nombreux pays doivent moderniser leurs avions de combat, nul doute que le Rafale français a encore de belles cartes à jouer pour les prochaines décennies aux côtés des F-22 Raptor, F-35 et autres Sukhoï T-50.


France : le Rafale enfin en passe d’emporter son premier contrat à l’exportation

2 février 2012

Ce 31 janvier 2012 sera-t-il le printemps du Rafale ?

Après un certain nombre d’échecs, l’avion de combat de Dassault Aviation vient d’entrer en négociation d’exclusivité pour la fourniture de 126 avions de 4ème génération à l’Inde.  Le Rafale l’a donc emporté dans la dernière ligne droite face à l’Eurofighter Typhoon d’EADS. Ces derniers avaient été sélectionnés face aux appareils américains de Boeing (F18) et Lockeed-Martin (F15), suédois de Saab (Gripen) et russe de Mikoyan-Gourevitch (Mig 35).

En développement depuis plus de 15 ans, le Rafale n’est à ce jour déployé qu’au sein de l’Armée de l’Air française avec 330 appareils et l’Aéronavale avec 60 appareils. La livraison de l’ensemble des appareils à la France se déroulera jusqu’en 2017. Appareil polyvalent contrairement au Typhoon, le Rafale excelle aussi bien dans les missions de sécurité aérienne que d’appui au sol. Il a été régulièrement modernisé et dispose aujourd’hui d’un ensemble de technologies dernier-cri, y compris dans ses systèmes d’armes et de protection qui en font aujourd’hui un appareil redoutable, même face à des concurrents plus récents.

Au plan militaire, le Rafale est aujourd’hui considéré par les experts comme un avion de combat moderne, performant, extrêmement sûr et fiable. Ces capacités opérationnelles ont fait merveille en Afghanistan mais surtout en Libye où il a effectué un nombre considérable d’interventions par toutes conditions, de jour comme de nuit, sans aucun incident notable. Ces états de service ont manifestement constitué un sérieux atout face au Typhoon qui n’a pas encore fait ses preuves sur le champ de bataille.

Ce contrat avec Rafale en Inde est également un succès du gouvernement français et de Nicolas Sarkozy en particulier, qui avait fait un voyage remarqué dans ce pays en 2011 pour soutenir le marché.

En dépit du coût relativement élevé du Rafale par rapport à ses concurrents, l’obtention de ce colossal marché est plutôt de bon augure pour l’industrie aéronautique, de l’armement et de l’ensemble des sous-traitants français. Estimé à environ 10 milliards d’euros, le marché devrait revenir à hauteur d’environ 40% à Dassault Aviation pour l’avionique, pour 22% à  Safran pour les moteurs Snecma et 20% à Thalés pour l’armement et les systèmes de guidage radar. Bien que non encore signé, ce contrat arrive au bon moment pour l’industrie française.

La négociation effective du contrat va s’engager très prochainement avec le soutien total des autorités françaises. Il inclura bien entendu d’importants transferts de technologie garantis par l’Etat français, qui a constitué un élément clef dans la conclusion du contrat. Seuls un dizaine d’appareils seront construits en France, les autres l’étant directement en Inde comme il est de couture pour ce genre de marché. Ce contrat va également générer un tout aussi important contrat lié à la maintenance des appareils pendant plus de 30 ans.

Ce premier contrat à l’exportation pourrait être le prélude à de nouveaux marchés en cours de négociation avec le Brésil, la Suisse, les Emirats Arabes Unis et quelques autres.

Pour l’avion de combat furtif de 5ème génération (F 22 Raptor de Boeing ou F35 Lightning II de Lockeed-Martin), gageons que l’Europe sera enfin capable de s’allier autour d’EADS pour produire un avion performant qui pourra équiper ses armées de l’Air à l’horizon des années 2030. C’est à ce prix qu’elle pourra préserver son industrie aéronautique et de l’armement, ses emplois et son indépendance.