France : la taxe carbone reportée sine die ? (2)

5 avril 2010

Grenelle 2 : les raisons d’espérer

Heureusement, au sein de ce gouvernement de François Fillon, il y a des ministres en charge des questions environnementales qui bossent,  qui savent de quoi elles parlent et qui osent dire ce qu’elles pensent. Voici quelques mois, Nathalie Kosciusko-Morizet avait imposé ses vues aux parlementaires lors du débat sur les OGM ; ce qui lui avait coûté son poste de secrétaire d’Etat. Une décision saluée par une bonne partie de la classe politique, mais il est vrai qu’elle avait l’appui des français sur le sujet.

Après la décision de Nicolas Sarkozy de reporter la mise en place de la taxe carbone, c’est Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’écologie qui est montée au créneau en affirmant qu’elle entendait « reprendre le combat contre l’écolo-scepticisme ». Voilà qui ne manque pas de cran ! Heureusement que les femmes de l’UMP sont là pour faire le boulot. Pourtant, ces propos ont, semble-t-il, choqué ce brave Jean-François Coppé dont le seul souci n’est autre que de lisser ses chers électeurs dans le sens du poil. Eh oui, il n’oublie pas que les élections approchent et qu’ils devront se faire réélire. Courageux mais pas téméraire le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale. Au fait : « gouverner », n’est-ce pas « prévoir et préparer l’avenir du pays » plutôt que de préparer les échéances électorales?

Après l’échec du sommet de Copenhague, le Grenelle de l’environnement cher à Nicolas Sarkozy semble avoir du plomb dans l’aile. Espérons qu’il n’en est rien et qu’il ne s’agit là que d’un repli stratégique. Nous seront fixés les 4, 5 et 6 mai prochains, dates auxquelles le « Grenelle 2 » doit être présenté devant le parlement. Au moment où la Fondation Nicolas Hulot décide momentanément de ne plus participer au Grenelle de l’Environnent pour marquer sa déception sur l’abandon du projet de taxe carbone, gageons que Chantal Jouanno, notre brillante secrétaire d’Etat à l’Ecologie saura convaincre Nicolas Sarkozy et le gouvernement de faire marche arrière et de s’engager fermement dans une démarche environnementale salutaire, sans se soucier des humeurs à court terme des uns et des autres. Sur un plan politique, Nathalie Kosciusko-Morizet, Alain Juppé et Michel Rocard soutiennent la mise en place de la taxe carbone.

Les enjeux liés au défi climatique sont immenses et vitaux pour l’avenir de la planète. La France doit être un pays pionner et tracer la voie dans le combat environnemental pour entrainer derrière elle l’ensemble des pays du monde. Il y a urgence. N’oublions pas que les pays qui seront les premiers capables d’intégrer la préservation de l’environnement dans leur développement, seront aussi les premiers gagnants sur un plan économiques, tant en termes d’emploi que d’investissement et de richesse.

Un peu de courage. L’avenir de la planète se joue maintenant et pas dans 10 ans ! Demain, il sera trop tard pour pleurer.

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France : la taxe carbone reportée sine die ? (1)

30 mars 2010

Au lendemain de l’échec de l’UMP aux élections régionales, Nicolas Sarkozy, le président de la République, a annoncé le report sine die de la mise en place de la taxe carbone prévu en juillet 2010.

Après le rejet du projet présenté par le gouvernement par le Conseil Constitutionnel,  en décembre dernier, la taxe carbone avait plomb dans l’aile, même si on nous promettait un nouveau projet pour une mise en œuvre mi-2010. Le Conseil Constitutionnel avait principalement remis en cause les exonérations prévues par le projet de loi de finances 2010, notamment concernant l’agriculture, la pêche, et les transports.

Lors de la campagne présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy avait fait de la mise en place d’une contribution climat-énergie, l’un de ses objectifs au plan environnemental, conformément à son engagement en faveur du pacte écologique de la Fondation Nicolas Hulot. Il s’était engagé à adopter la taxe carbone et avait désigné à cet effet la conférence des experts, présidée par Michel Rocard, afin de faire des propositions sur le sujet.

Si le projet présenté lors de la loi de finances pour 2010 ne faisait pas l’unanimité, notamment à Gauche où une bonne part du Parti socialiste et des Verts (mais oui, rappelez-vous) y étaient hostiles, on était en droit d’espérer un projet sensiblement modifié, sur des bases plus volontaristes et plus équitables car l’urgence climatique est toujours là, plus évidente encore après l’échec du sommet de Copenhague. Peine perdue pour Nicolas Sarkozy qui avait là l’occasion de prendre la tête de la lutte contre le changement climatique en Europe et dans le monde.

Le report de la mise en place de la taxe carbone constitue indiscutablement une reculade peu glorieuse. Le motif allégué selon lequel la mise en place de cette taxe en France, alors que nos principaux concurrents européens en étaient exemptés, aurait pénalisé nos entreprises est difficilement recevable surtout quand elles polluent. Cette taxe aurait permis au plus grand nombre de s’adapter, de prendre en compte l’environnement dans leur développement et, par là même, d’acquérir une avance substantielle dans ce domaine. En outre, la France aurait donné le tempo aux autres pays du monde, imposant par là même une harmonisation européenne afin de ne pas mettre en péril la compétitivité. A moyen terme, la France aurait été largement gagnante.

S’il est incontestable que le Medef a fait le forcing pour s’opposer à la mise en œuvre de cette taxe, il est plus probable que la pression des parlementaires UMP parmi les plus anciens, aura été tout aussi forte. C’est vrai que la taxe carbone n’était pas populaire chez les électeurs de base pour qui on ne touche pas à la chère voiture. Il y avait déjà les limitations de vitesses et leurs sanctions, les malus pour les moteurs polluants ; s’en était vraiment trop ! Alors qu’hier elle était contre, une partie de la gauche dénonce aujourd’hui l’abandon de la taxe carbone. Certains ne manquent pas d’air !

Après la déroute des élections régionales, il fallait bien un coupable. La taxe carbone constituait le bouc émissaire idéal ! Dommage et triste à la fois car les raisons de l’échec électoral sont probablement ailleurs ; il suffit d’écouter et d’ouvrir les yeux. Les conseillers de Nicolas Sarkozy seraient mieux inspirés de sortir un peu de leur tour d’ivoire élyséenne et de laisser travailler le gouvernement.

Prochainement : Taxe carbone, les raisons d’espérer


France : la taxe carbone face à la démagogie socialiste !

31 août 2009

Elle ne changera jamais Ségolène Royal. Probablement par pure démagogie électorale, elle n’hésite pas à se lancer dans des affirmations pour le moins fantaisistes et simplistes comme on en voit rarement. Prête à faire feu de tout bois pour occuper le terrain et faire oublier son absence de programme. Une fois de plus, lors de la dernière université d’été du PS, la partisane de l’ «ordre juste », a ainsi cru bon de gesticuler à propos du projet gouvernemental d’instaurer une contribution énergie-climat à partir de 2010. Elle a tout simplement demandé le retrait de la future taxe carbone, un impôt qui selon elle serait « absurde, injuste et historiquement décalé dans le tempspuisque les alternatives propres manquent » Des propos pour le moins farfelus et irresponsables !

Les réponses ne se sont pas fait attendre (Sources Nouvelobs.com avec AFP)
:

« Toutes celles et tous ceux qui s’aventurent à critiquer dans son principe et dans ses fondements la fiscalité écologique ne sont que des démagogues face au mur de la réalité« , a déclaré Cécile Duflot, invitée à l’université d’été du PS à la Rochelle, sans citer directement Ségolène Royal.
« L’écologie, c’est pas pour les bobos. L’écologie, c’est un projet qui anticipe que demain ce seront les prolos qui paieront le plus la facture de la crise que nous sommes en train de connaître« , a-t-elle affirmé. Et de continuer :   » Cette contribution climat-énergie doit être la première pierre d’une nouvelle redistribution, d’un nouveau partage des risques parce que ceux qui polluent le plus ce ne sont pas les plus démunis », a-t-elle ajouté.

Daniel Cohn-Bendit sur Europe 1 a abondé : « Ce qu’elle a dit est complètement ridicule, absolument ridicule. C’est Ségolène Royal qui pendant toute la campagne électorale nous a suggéré l’ordre juste, avec les punitions nécessaires et qui aujourd’hui, se fait le chantre d’un néo-libéralisme du comportement ! C’est aberrant. Il faut une réglementation« , a-t-il poursuivi.
Après avoir montré les différentes fiscalités écologique dans le monde entier, il a rajouté : « La présidente de Poitou-Charentes, elle seule, avec Claude Allègre – voilà une alliance révolutionnaire maintenant – Ca, c’est contre le peuple… C’est de la mauvaise politique« , conclut-il. « Si voter pour les primaires c’est dire : la contribution climat-énergie, on n’en veut pas, c’est complètement idiot, on ne peut pas y participer », car « nous croyons que la fiscalité écologique est une nécessité, une urgence« , a-t-il lancé.

Qu’ajouter d’autre à ces propos pleins de bon sens. Manifestement, le pragmatisme et le réalisme ne sont pas la tasse de thé de Mme Royal.

L’ancien Premier ministre Michel Rocard (membre du PS et président de la commission qui a proposé cette taxe carbone au gouvernement) dénonce le débat selon lui faussé, lancé par les socialistes sur cette contribution. « Mon rapport dit ça« , a-t-il ajouté, en rappelant qu’il avait proposé de compenser « pour les classes populaires et l’essentiel des classes moyennes les surcharges qui seront à payer par les gens qui ne peuvent pas ne pas prendre leur voiture par exemple, les banlieusards lointains, tous les ruraux, tous ceux qui travaillent la nuit« …. « Si on ne les compense pas, la taxe sera en effet injuste« , a-t-il conclu en soulignant qu’on ne pouvait se prononcer tant que le gouvernement n’en aurait pas arrêté les modalités d’application, qu’il attend pour le début de 2010.

Il n’y a rien à ajouter aux déclarations des verts et de Michel Rocard, sachant que des mesures d’atténuations sont effectivement prévues par le gouvernement pour les plus modestes et les foyers les plus éloignés de leur lieu de travail. C’est bien affligeant que Mme Royal et une partie du parti socialiste en soient réduits à rejeter le principe de la contribution climat-énergie que la plupart des pays ont instaurée ou vont instaurer. Cela l’est d’autant plus que cette contribution a été suggérée par Michel Rocard et soutenue par de nombreuses organisations écologistes. En 2009, nous n’avons hélas d’autre alternative que d’instaurer une telle contribution pour inciter nos concitoyens à réduire leurs rejets de Co2. C’est le problème de tous. Il y a urgence.

C’est vrai que c’est plus facile d’affirmer qu’on peut continuer ainsi et qu’on verra plus tard ! Tout cela n’est pas très courageux et politiquement si peu responsable, même si c’est probablement plus rentable électoralement parlant. Quoi que… Il ne faudrait pas trop prendre les électeurs pour des imbéciles ! De toute façon, le gouvernement français qui est là pour défendre l’intérêt général n’a pas d’autre alternative que de mettre en place cette contribution dans les meilleurs délais et selon les modalités prévues. C’est une question de survie collective.

Plus d’infos : http://www.developpement-durable.gouv.fr I http://www.greenpeace.org/france I http://www.fondation-nicolas-hulot.org