Copenhague : échec des négociations pour sauver la planète

23 décembre 2009

Quelques jours après l’échec de la conférence sur le climat organisée par l’ONU, beaucoup de délégations et d’ONG présences sont reparties avec la gueule de bois et l’impression d’un considérable gâchis qui risque d’avoir des conséquences lourdes sur l’avenir de notre planète.

Selon l’AFP, la conférence sur le climat de Copenhague a frôlé la catastrophe avant d’accoucher samedi d’un accord aux ambitions limitées pour lutter contre le réchauffement, loin de combler les attentes exprimées par la mobilisation sans précédent qu’elle a suscitée. »Ce n’est peut-être pas tout ce que nous espérions, mais cette décision de la conférence des parties est une étape essentielle », a estimé le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, après deux semaines de tractations chaotiques, un sommet à 130 chefs d’Etat et de gouvernement et une nuit de débats acides.

Un accord non contraignant pour l’avenir

La conférence a pris note de l’accord de Copenhague, adopté vendredi soir par les chefs d’Etat de 28 pays industrialisés et émergents. Une formulation juridiquement et politiquement moins engageante qu’une adoption formelle. L’accord de Copenhague a malgré tout le mérite d’enrôler pour la première fois les deux plus grands pollueurs de la planète, la Chine et les Etats-Unis. Bien que jugé « insuffisant » par MM. Obama et Sarkozy – ce dernier y voyait cependant « le meilleur accord possible » -, le document long de trois pages à peine, fixe comme objectif de limiter le réchauffement planétaire à 2 degrés par rapport aux niveaux pré-industriels, sans décliner le mode d’emploi pour y parvenir.

Cet accord à minima appelle les pays industrialisés et les pays en développement à affirmer leurs engagements de réduction de gaz à effet de serre par écrit d’ici à la fin janvier et prévoit des mécanismes garantissant la transparence de leur mise en œuvre. Mais il ne fixe pas de date pour un « pic » au-delà duquel les émissions commenceraient à décroître. Il prévoit également 30 milliards de dollars à court terme (années 2010, 2011 et 2012), puis une montée en puissance pour arriver à 100 milliards de dollars d’ici à 2020, destinés en priorité aux pays les plus vulnérables afin de les aider à s’adapter aux impacts du dérèglement climatique.

Un accord peu ambitieux qui déçoit beaucoup de délégations et d’ONG

Le délégué du petit archipel de Tuvalu, dans le Pacifique sud, directement menacé par la montée des eaux liée au réchauffement de la planète, a indiqué pour sa part que cet accord revient à proposer « une poignée de petite monnaie pour trahir notre peuple et notre avenir ».  Autre grande déception pour nombre de négociateurs engagés dans le processus : le paragraphe stipulant la nécessité d’aboutir à un traité « légalement contraignant » d’ici la conférence climat de Mexico fin 2010, un temps envisagé, a disparu du document final.

Nicolas Hulot : « Le résultat de Copenhague est affligeant et consternant. Garder l’espoir, ça va devenir un acte de bravoure, alors que le monde a manqué une occasion historique. C’est de l’improvisation, cela faisait deux ans qu’on travaillait pour arriver à ce résultat». Pour lui, la France a cependant été «digne et agressive». «La diplomatie française, avec Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo, a été en pointe. « Ils ont fait leur boulot. Quand ça ne va pas, il faut le dire mais quand ça va, il faut le dire aussi», a-t-il expliqué.

Pascal Husting, directeur de Greenpeace France : « C’est un désastre et un recul par rapport à Kyoto. Il n’y a plus aucune référence scientifique, pas de vision à long terme, et il n’y a qu’une série d’annonces de mesures nationales, totalement volontaires et que personne ne contrôlera, et qui ne seront de toutes manières pas à la hauteur des recommandations de la science».

Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, a estimé pour sa part que « l’accord à minima marquait le début d’un processus qui va être compliqué. On est passé à côté du désastre absolu. Je retiens un échec du système onusien, une déception sur les engagements de chacun à l’exception de l’Europe et de la France», a-t-il déclaré.

Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’Ecologie : «Nous avons un accord politique qui nous déçoit, qui n’est pas à la hauteur de ce que l’on souhaitait, mais qui reste quand même une étape importante», a confié au Journal du Dimanche. Elle regrette «l’attitude totalement fermée de la Chine et de l’Inde» et dénonce le système de l’ONU «obsolète».

Après Copenhague, les prochaines étapes

L’accord de Copenhague appelle à la conclusion d’un accord complet d’ici fin 2010, mais tout reste à faire au jour d’aujourd’hui. La chancelière allemande Angela Merkel a proposé d’organiser une conférence à Bonn en juin 2010 pour faire le point et préparer le prochain sommet sur le climat qui se tiendra normalement à la fin de l’année 2010 à Mexico. Il ne reste plus qu’à espérer que ce n’est que partie remise et que l’Europe unie sur le sujet, œuvrera activement à l’adoption d’un traité contraignant pour les grands pays pollueurs, en prenant en compte les exigences des pays les plus pauvres, victimes du changement climatique.

Plus d’infos :  Conférence Copenhague –   GIECONU –   www.copenhague-2009.com soutenu par WWF et Greenpeace


Copenhague 2009 : bataille ultime pour sauver la planète

15 décembre 2009

La conférence de l’ONU sur le réchauffement climatique devrait prendre fin jeudi 18 décembre à Copenhague, en présence d’une centaine de chefs d’Etat.

A quelques jours de sa clôture, en dépit de longs débats et échanges entre les pays industrialisés et les pays en voie de développement, en grande partie étrangers aux problèmes liés au réchauffement climatique, la perspective d’une avancée réelle et d’un accord sur des objectifs contraignants est loin d’être acquise. Force est de constater que si les européens apparaissent très ouverts et prêts à accepter des objectifs ambitieux, assortis d’un importante aide aux pays les plus pauvres pour leur permettre de se préparer au défi climatique, tel ne semble pas être le cas des Etats-Unis et de la Chine, les principaux pollueurs.

Dans se contexte, le risque d’échec ne peut être écarté ; ce qui serait dramatique pour l’avenir de l’ensemble de la planète et les générations futures.

Une fois encore, Nicolas Sarkozy, qui milite pour un accord « contraignant » avec des engagements chiffrés et la création d’une organisation mondiale de l’environnement pour le suivi et la vérification des mesures adoptées à Copenhague, mène une offensive diplomatique tous azimuts avant de partir pour la conférence de Copenhague. Après plusieurs déplacement et réunions à l’Elysée dont la dernière sur la déforestation, une des principales causes du réchauffement climatique, il a reçu le 15 décembre à l’Elysée le Premier ministre d’Ethiopie, Meles Zenawi, porte-parole à Copenhague des pays africains.

Les deux dirigeants ont lancé un appel commun dans lequel la France et l’Afrique se prononcent pour un « accord ambitieux » qui impose d’ici 2050 une réduction de 50% des émissions mondiales de CO2 par rapport à 1990, et met en place des « financements suffisants » pour aider les pays vulnérables à faire face au défi climatique. »Un tel enjeu pour la planète est tellement important qu’une alliance entre l’Afrique et l’Europe est absolument cruciale », a affirmé M. Sarkozy. M. Zenawi a ajouté : « Il n’y aura pas d’accord mondial qui n’inclut pas l’Afrique ».

MM. Sarkozy et Zenawi envisagent la création d’un fonds dit « fast start » de 10 milliards de dollars par an jusque fin 2012 afin de « financer les actions d’adaptation et d’atténuation, y compris la lutte contre la déforestation, principalement dans les pays pauvres et vulnérables ». Lors du sommet du Commonwealth à Trinidad le 27 novembre, Nicolas Sarkozy et Gordon Brown avaient donné leur accord sur ce chiffre « auquel les Etats-Unis doivent contribuer », a précisé M. Sarkozy. « Nous avons besoin que les Etats-Unis donnent leur accord au « fast start ». « Les Etats-Unis sont le premier pays du monde. Ca donne des avantages et ça crée des contraintes », a insisté le président français.

Ce même 15 décembre, Nicolas Sarkozy s’est entretenu par visio-conférence, pendant prés d’une heure avec Barack Obama, Angela Merkel et Gordon Brown pour le faire le point des négociations engagées à Copenhague. Dans son communiqué, l’Elysée n’a pas détaillé les discussions et s’est borné à préciser que « les quatre dirigeants sont convenus de rester en contact très étroit » d’ici vendredi.

Après le président brésilien Lula, il y a quelques semaines, indonésien lundi, le chef de l’Etat doit poursuivre mercredi ses efforts en recevant à l’Elysée les pays du bassin du Congo, le deuxième « poumon vert » de la planète après l’Amazonie. Objectif avoué de la réunion, enrôler ces onze pays africains derrière la France et l’UE pour arracher un accord à Copenhague par le biais de la lutte contre la déforestation, responsable de 20% des émissions de gaz à effet de serre. « Une alliance entre l’Afrique et l’Europe est absolument cruciale », a répété mardi M. Sarkozy. Cette alliance doit aussi permettre d’isoler la Chine, principal pollueur de la planète qui rechigne à s’engager à Copenhague.

Si la conférence de Copenhague devait être un demi-échec, ce ne sera certainement pas faute à l’Europe et encore moins au président français Nicolas Sarkozy qui aura fait montre d’un engagement diplomatique sans précédent afin de parvenir à un accord. Espérons que les résultats seront à la hauteur des enjeux : sauver durablement notre planète tant qu’il en est encore temps.

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