Catalogne : La victoire des indépendantistes aux élections régionales 2015 interpelle l’Union européenne

4 octobre 2015

Dimanche 27 septembre avaient lieu les élections régionales en Catalogne. Les partis en faveur de l’indépendance ont obtenu la majorité absolue des sièges au Parlement catalan. Artur Mas, président sortant de la Generalitat de Catalunya et de CDC (Convergència Democràtica de Catalunya), parti de centre droit favorable à la scission avec l’Espagne, avait fait de ce scrutin un test grandeur nature. Ce dernier est le fils spirituel de Jordi Pujol qui fût longtemps l’emblématique président de la Généralité de Catalogne.

A peine les résultats proclamés, la victoire a aussitôt été interprétée comme un appui à la sécession par le président de la région catalane. « Nous avons gagné….  », a clamé Artur Mas en catalan, espagnol, anglais et français devant la foule rassemblée au centre de Barcelone. Et d’ajouter : « Cela nous donne une grande force et une forte légitimité pour mener à bien notre projet ».

Selon des résultats officiels, la coalition « Ensemble pour le oui – Junts pel Si », qui regroupait des partis de centre droit (CDC) et de centre-gauche (ERC), a obtenu 62 sièges, soit 39.54% des voix. De son côté, la liste de la CUP (extrême gauche indépendantiste) a obtenu 10 députés, soit 8.20%. Au total les indépendantistes emportent 72 sièges, soit la majorité absolue qui était de 68 sièges, mettant ainsi la main sur le Parlement catalan. Ce qui devrait permettre à Artur Mas de retrouver la présidence de la Généralité de Catalogne. Les indépendantistes échouent cependant à rallier la majorité absolue des voix, les deux listes n’ayant obtenu que 47,8 % des suffrages.

Artur Mas et les indépendantistes avaient donné à ces élections régionales un caractère référendaire, promettant d’engager la Catalogne sur la voie de l’indépendance si leurs listes récoltaient la majorité des 135 sièges du Parlement régional. Cette étape étant franchie, leur objectif est maintenant d’enclencher le processus en vue d’obtenir le statut d’indépendance d’ici 18 mois. De son côté, Madrid s’oppose fermement à l’indépendance de la Catalogne et estime que la constitution du pays ne permet par aux régions autonomes de quitter l’Espagne.

La participation à ces élections a été très forte avec plus de 77 % des Catalans qui ont exprimé leur vote. Le parti Ciudadanos est arrivé en deuxième position avec 17.93% des voix, soit 25 sièges. Par contre, les deux principaux partis au niveau national, le Parti populaire (PP) du président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy et le Parti socialiste (PSOE) d’opposition, ont réalisés des scores extrêmement faibles par rapport au scrutin régional de 2012, avec respectivement 8.50% et 12.72% des voix.

Malgré la défaite cinglante du PP, son porte-parole a affirmé le soir même : « la majorité des Catalans a rejeté l’indépendance », les deux listes indépendantistes n’ayant pas réuni la moitié des suffrages aux élections régionales. « Nous allons continuer à garantir la légalité, nous allons continuer à défendre l’unité de l’Espagne », a déclaré Pablo Casado. La victoire des indépendantistes pourrait néanmoins mener à des concessions de la part du gouvernement central. La Catalogne pourrait obtenir un statut particulier au sein de l’Espagne et bénéficier d’un régime fiscal plus avantageux. Pas autant, pas sûr qu’Artur Mas s’en contente.

Même si la majorité des voix n’a pas été atteinte, l’adhésion des catalans à l’indépendance n’a jamais été aussi proche surtout lorsque l’on sait que nombre de ses partisans se trouvent aussi noyés dans les partis qui n’ont pas officiellement prônés la sécession. Cette avancée des catalans vers l’indépendance ne peut que réjouir de nombreuses régions d’Europe et du monde. On pense bien sûr à l’Ecosse, au Pays-Basque, à la Flandre, au Piémont, à la Lombardie, à la Bavière et bien sûr à certaines régions françaises comme l’Alsace, la Savoie, la Bretagne, la Corse mais aussi la future grande région occitane (Midi-Pyrénées & Languedoc-Roussillon ) qui ne peut rester totalement indifférente à ce qui se passe chez sa grande sœur : la Catalogne voisine.

La victoire des indépendantistes catalans a même été soulignée de l’autre côté de l’Atlantique, par le Parti québécois et Québec solidaire. « C’est stimulant de voir tous ces gens mobilisés pour leur rêve de liberté », a déclaré le chef du parti québécois Pierre Karl Péladeau. « La victoire du peuple catalan est la victoire de tous les peuples épris de liberté ».

En Europe, il se trouve que les partis indépendantistes sont généralement de fervents partisans de l’Union ; ce qui ne va pas manquer de poser quelques soucis du côté des institutions européennes qui, à terme, risquent devoir faire face à la scission de nombreuses régions avec leur pays. Il semble d’ailleurs que l’Europe des nations ait aujourd’hui du plomb dans l’aile et qu’au contraire, l’Europe des régions ait le vent en poupe. Une telle évolution vers le renforcement des régions au détriment des nations traditionnelles aujourd’hui dépassées, paraît inévitable et même souhaitable car la prise en compte de cette diversité devrait plutôt être une chance pour l’Europe. Celle-ci paraît d’autant plus inévitable que l’Europe est appelée à aller vers plus d’intégration pour une plus grande efficacité politique, économique, monétaire et sociale.

Cette évolution de fond mettra probablement de longues décennies pour s’imposer mais paraît inévitable car bénéfique à l’ensemble de l’Europe. L’Europe n’est-elle pas le berceau de la tolérance et de la démocratie ?

Mai de Catalunya :


Catalogne : Plus de 80% des personnes qui ont pris part au vote ont dit « oui à l’indépendance »

14 novembre 2014

Depuis la suspension du référendum prévu par le gouvernement catalan par le tribunal Constitutionnel espagnol voici quelques semaines à la demande du chef de gouvernement espagnol Mariano Rajoy , la tension n’a cessé de monter d’un cran entre les protagonistes.

Les Catalans se sont rendus massivement aux urnes pour dire « oui » à l’indépendance : « A Catalunya ara »

Le bras de fer s’est poursuivi dimanche 9 novembre 2014 avec l’organisation d’un vote se substitution, en lieu et place du référendum prévu par Artur Mas, le président de la Generalitat de Catalunya. Après deux ans d’attente et de rebondissements, les catalans ont finalement pu déposer leurs bulletins l’urne. Répondant à l’appel du gouvernement catalan et des représentants de citoyens favorables à ce vote, 2.305millions d’électeurs résidents en Catalogne ont répondu hier aux deux questions sur leur futur : Voulez-vous que la Catalogne soit un état ?  Si oui ; voulez-vous que cet état soit indépendant ?

Le caractère symbolique de ce vote n’a pas freiné les catalans ; bien au contraire, il semble que la décision de Madrid de s’opposer au référendum ait largement motivé les partisans de l’indépendance.

Même si le résultat ne peut être considéré comme réellement représentatif puisque organisés directement par des comités de citoyens et non des agents publics, il n’en représente pas moins l’opinion d’une part importante de catalans, même si les votants ont été majoritairement ceux qui sont favorables à l’indépendance. Selon les résultats de la consultation du 9 novembre, prés de 81 % des votants se sont prononcés pour l’indépendance : « A Catalunya ara »

Artur Mas en ordre de bataille pour l’après consulta : « És el moment de l’alta política, no dels tribunals

Pour Artur Mas, le président de la Generalitat de Catalunya, ce scrutin a été un véritable « succès ». Conscient du poids médiatique et politique de ce scrutin non reconnu par les autorités espagnoles, il s’est rapidement exprimé dans la soirée de dimanche en plusieurs langues face aux médias venus du monde entier : « …Nous avons de nouveau démontré clairement que nous voulons nous autogouverner. Nous avons fait un pas de géant dans notre légitime aspiration à vouloir décider de notre futur politique… ».

Le président de la Généralitat de Catalunya a réaffirmé son entière responsabilité légale dans l’organisation de ce scrutin. L’essentiel pour Artur Mas était, au travers de ce vote, était de démontrer que la Catalogne « aura mérité le droit d’organiser un vrai référendum » et surtout de faire pression sur Madrid qui refuse toute forme d’indépendance de la Catalogne, la province la plus riche d’Espagne avec le Pays-Basque qui revendique également son indépendance.

Les négociations avec Madrid vont se poursuivre de plus belle avec une Catalogne renforcée dans sa volonté d’indépendance. Mais il reste encore un long chemin à parcourir avant de faire plier Madrid qui ne semble pas prête à céder au vu des enjeux.

Nombres d’autres régions d’Europe aspirent à une grande autonomie, voire à l’indépendante

Si la Catalogne reste l’une des régions d’Europe qui revendique haut et fort son souhait d’être indépendante, de nombreuses autres régions bataillent dans ce sens, même si c’est parfois avec une moindre mobilisation.

Voici quelques semaines, il y avait eu le référendum des Ecossais qui aspirent eux aussi à l’indépendance. Malgré la forte pression du gouvernement du Royaume-Uni, prés de 48% des Ecossais s’étaient prononcés pour l’indépendance. Jamais une grande région d’Europe n’a été aussi prés de l’indépendance. Ce n’est probablement qu’une question de temps.

Outre ces importantes régions, on peut la Flandre en Belgique ; le Pays-Basque en Espagne et bien sûr nombre de régions françaises parmi lesquelles : l’Alsace, la Bretagne, le Pays-Basque, la Corse et bien sûr l’Occitanie, la plus grande région française dont Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. A défaut pour l’Etat français d’avoir accordé une certaine autonomie à ces régions à fort caractère et ignoré, pour ne pas dire méprisé les spécificités culturelles régionales, le jacobinisme centralisateur des gouvernements français est en train de provoquer un véritable mouvement de fond qui va voir les revendications de ces régions s’affirmer au fil des ans. Pas sûr que la constitution française, aussi solide soit-elle, suffise à interdire toute évolution en ce sens à moyen terme.

Vers la fin des Etat-nation d’Europe ?

Avec l’Union européenne et le nécessaire développement fédéralisme qui paraît être le seul moyen de sortir l’Europe de l’impasse actuelle, n’en déplaise à certains nationalistes nostalgiques, les Etats nations sont condamnés à perdre de l’influence au profit des régions dont nombre d’entre-elles chevauchent d’ailleurs plusieurs pays. Cette évolution est inéluctable et salvatrice pour l’Europe car les spécificités régionales qui sont une réelle richesse.

Demain pourrait ainsi voir apparaître la grande nation occitano-catalane qui partage la même histoire et une langue sœur. N’oublions pas qu’à la fin du Moyen-âge, cette région était l’une des plus riches et des plus avancées au plan économique, politique et culturel de toute l’Europe.

La probable fusion prochaine, sous l’impulsion de l’Etat français, des régions de Midi-Pyrénées et de Languedoc-Roussillon, le cœur des régions occitanes de France, ne pourra que contribuer à favoriser le développement d’une grande région du Languedoc homogène et cohérente et à renforcer son identité occitane. Ce qui, à terme, conduira à un rapprochement avec les catalans dont nous partageons beaucoup de valeurs et une longue histoire commune.

C’est la raison pour laquelle le combat de la Catalogne pour l’indépendance est suivi avec beaucoup d’intérêt dans de nombreuses régions d’Europe.