France : le gouvernement français envisage enfin de prendre des mesures pour améliorer la compétitivité des entreprises. Ira-t-il jusqu’au bout ?

13 novembre 2012

Le rapport Gallois, publié le 05 novembre dernier, préconisait invitait le gouvernement à la mise en place d’un véritable choc de compétitivité de 30 milliards d’euros pour redonner un peu d’oxygène aux entreprises françaises, face aux autres économies européennes et allemande en particulier, aujourd’hui beaucoup plus performantes.

On se rappelle que durant la campagne présidentielle, au printemps dernier, le candidat Hollande avait accusé le président sortant de mener une politique d’austérité, niant ainsi aux yeux des français l’importance de la crise et l’urgence des mesures à prendre. Il avait également rejeté l’idée selon laquelle l’économie française avait un problème de compétitivité et déclaré qu’il s’opposait à inscrire dans la constitution l’obligation pour la France de revenir à un objectif d’équilibre budgétaire. Tout le contraire des dispositions que prenaient la plupart des autres pays européens.

A peine élu, François Hollande s’est d’ailleurs empressé de continuer dans la voie de l’ignorance de la crise. Il est ainsi revenu partiellement sur la retraite à 60 ans et sur le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, allant même jusqu’à embaucher plus de 50 000 enseignants supplémentaires. Bien entendu, il renonçait à toute reforme de structure de l’Etat, contrairement aux autres pays comme l’Italie, le Royaume-Uni et l’Espagne et s‘engageait même dans une politique d’augmentation de certaines dépenses publiques et des impôts, y compris pour les entreprises. Plus récemment, le gouvernement Ayrault avait annulé la loi adoptée par le gouvernement précédent qui devait entrer en vigueur à l’automne 2012, pour rendre les entreprises françaises plus compétitives par la baisse des charges patronales mises à leur charge en contrepartie de l’augmentation du taux normal de la TVA de l’ordre de 2.4 points. Ce dispositif de TVA sociale, visant à alléger les charges des entreprises en pénalisant principalement les produits importés, avait ainsi un double objectif : favoriser la compétitivité des entreprises et pénaliser les importations. Ce qui, de l’avis des chefs d’entreprises et de nombreux experts, allait dans le bon sens. Et pourtant…

Plus de 6 mois après l’arrivée de la gauche au pouvoir en France, aucune décision sérieuse n’a été prise pour soutenir l’économie et l’Etat ne s’est toujours pas engagé dans une politique de rigueur visant à s’attaquer sérieusement à nos dépenses publiques qui ne cessent de pénaliser notre pays et d’aggraver ses déficits. Aucune réforme de structure dont notre pays a tant besoin n’est aujourd’hui envisagée. Devant cet immobilisme du gouvernement français, alors que la crise est toujours là et menace notre économie, certains pays et notamment l’Allemagne, s’inquiètent du devenir de la France.

Ces dernières semaines, la presse allemande se fait l’écho des inquiétudes allemandes, qu’il s’agisse du gouvernement de Mme Angela Merkel, des propos du ministre de l’économie Wolfgang Schäuble ou des principaux responsables du SPD (socialistes allemands), de M. Schroder, ancien chancelier ou des chefs d’entreprises allemands. L’inquiétude est en effet très grande de voir la France s’exonérer des mesures nécessaires à la compétitivité de son économie et de voir ses dépenses publiques continuer à croître, sans qu’aucune réforme structurelle indispensable ne soit envisagée à brève échéance.

Dans ce contexte, la publication du rapport Gallois devait être l’heure de vérité pour M. Hollande et son gouvernement. Ces dernières semaines, beaucoup en France s’attendaient à ce que la plupart des mesures proposées ne soient pas retenues. A la surprise générale, le gouvernement semble aujourd’hui faire siennes certaines des mesures suggérées, notamment en vue de permettre aux entreprises française de retrouver la compétitivité perdue face à leurs concurrentes. Il était temps ! On ne peut que se réjouir que le gouvernement ouvre enfin les yeux et reconnaisse l’urgence de prendre des mesures en faveur de la compétitivité. Serait-ce le réveil de la tendance social-démocrate face aux doctrinaires et aux inconditionnels d’un socialisme intégriste, pur et dur ? Pas si sûr.

A y regarder de plus prés, les intentions réelles du gouvernement sont loin d’être très claires sur le sujet. Non seulement il limite l’effort à seulement 20 milliards d’euros là où il faudrait au moins 50 milliards, mais en plus, il se refuse à un choc de compétitivité immédiat, en reportant la mise en œuvre de son plan au début 2014 alors qu’il y a urgence à soutenir les entreprises dés aujourd’hui. Dans ce contexte, il n’est donc pas certain que le plan envisagé soit efficace et couronné de succès. Par ailleurs, beaucoup d’incertitudes subsistent sur les augmentations d’impôts et notamment de la TVA qui doivent être mises en place elle aussi en 2014 pour 10 milliards et, plus encore, sur la réduction des dépenses publiques à due concurrence dont on ne sait rien.

Alors que le dispositif de TVA sociale mis en place par le gouvernement précédent, qui devait entrer en vigueur dés l’automne 2012, a été purement et simplement annulé par la gauche pour des raisons purement idéologiques, on ne peut que s’interroger sur la volonté et la détermination du gouvernement actuel à mettre en œuvre les mesures de compétitivité suggérée par le récent rapport Gallois. Ce d’autant plus que les discussions à venir au Parlement s’annoncent extrêmement difficiles pour le gouvernement socialistes qui va devoir affronter la fronde des courants internes et autres partis situés sur son aile gauche qui s’opposent à ces mesures de compétitivité et exigent en contrepartie des dispositifs qui auraient l’effet inverse de celui recherché.

Espérons que la France, les entreprises comme les français, sortent vainqueurs de cette bataille idéologique d’un autre âge et que notre pays rassure enfin au plus vite nos amis allemands et l’Europe sur notre détermination inflexible à nous attaquer enfin aux problèmes qui rongent notre pays : la persistance de la dérive des dépenses publiques et des impôts, mais aussi le refus d’engager de réelles réformes de structures. Que cela plaise ou non, la France ne peut continuer à vivre à crédit pour financer son système social. Il va falloir tailler sérieusement dans le lard (dépenses), quitte à augmenter la TVA de manière importante. C’est le prix à pays pour sauver notre système. Chacun va devoir faire des efforts !


France : avant sa publication, le rapport sur la compétitivité demandé par Hollande au rancart

29 octobre 2012

Dans son rapport dont la publication a été différée au 5 novembre, à la demande du président de la République qui souhaite se donner du temps pour réagir, Louis Gallois livre un diagnostic sans concession sur la compétitivité de l’industrie française.

Connu pour ses sympathies à gauche dont il a fait partie de nombreux cabinets ministériels, Louis Gallois a exercé d’importantes responsabilités en tant que chef d’entreprise, notamment à la tête de la SNCF, puis ces dernières années tant de directeur général d’EADS

Le quotidien Le Figaro a publié récemment, en avant-première, les conclusions de son rapport. L’ancien patron d’EADS prône notamment une importante baisse des charges, financée notamment par une hausse de la CSG et de la TVA, avec une réduction significative des dépenses publiques.

Selon le journal, M. Gallois proposerait un choc pour relancer la compétitivité de la France sur deux ou trois ans, de l’ordre de 30 milliards, dont 20 milliards en baisse de cotisations patronales et 10 milliards en baisse de cotisations salariales. Les réductions de charges concerneraient les salaires jusqu’à 3,5 smics, soit un niveau supérieur à celui (2,6 smics) que Nicolas Sarkozy avait prévu lors du vote de loi sur la TVA sociale au printemps.

Pour compenser cette baisse massive et inédite de cotisations, l’ex-chef d’entreprise proposerait de financer ce «choc de compétitivité» de plusieurs manières. D’abord, par une réduction massive des dépenses publiques, bien plus importante que les 10 milliards envisagée dans le projet de loi de finances pour 2013 par le gouvernement socialiste.  Ensuite, par une hausse modérée de la CSG et de la TVA afin de pouvoir être supportée par les ménages, compte tenu des forts prélèvements qu’ils subiront en 2013. Et enfin, par une nouvelle fiscalité écologique sur le diesel.

Louis Gallois, qui aurait reconnu se heurter au lobby puissant de Bercy notamment, souhaite également donner «une connotation sociale à son rapport». Il proposerait deux mesures pour s’assurer du soutien des syndicats, pour l’heure peu réceptifs à un transfert de cotisations patronales.

L’ex-patron d’EADS suggérerait que les représentants des salariés aient une voix délibérative dans les conseils d’administration des entreprises, une vieille revendication syndicale à laquelle s’oppose le patronat mais également de lancer une «méga-négociation» associant les questions de «compétitivité coût» et «hors coût» de son rapport, avec la réforme du marché du travail que les partenaires sociaux discutent depuis début octobre.

Enfin, selon d’autres révélations non confirmées, le rapport proposerait par ailleurs la suppression progressive des 35 heures ainsi que la mise en exploitation des gaz de schistes ; ce qui donnerait un coup de fouet à l’ensemble de l’économie française durant de longues années.

D’abord présentées comme essentielles au débat, les propositions faites par M. Gallois ont été reléguées au rang de « simple contribution n’engageant que son auteur », selon les propos même du chef de l’Etat.

Encore un rapport de plus sur la compétitivité qui risque de finir aux oubliettes ! Rédigé par un patron de gauche, il ne fait cependant que rappeler ce que tout le monde sait, en proposant une série de mesures crédibles, susceptibles de créer un véritable choc de compétitivité en France. Au moment où la France doit prendre des mesures pour préserver sa compétitivité et donc ses emplois pour sortir de l’impasse actuelle, il serait cocasse que le président de la République, qui a lui-même commandé ce rapport, l’ignore ou ne s’inspire pas des principales mesures proposées qui relèvent en partie du bon sens.

Ceux qui nous gouvernent en sont-ils encore pourvus ?