France : l’inévitable réforme du régime des retraites (2)

12 février 2010

Retraites : une réforme inéluctable pour préserver les retraites

Chacun sait pourtant qu’une réforme en profondeur du système des retraites français est inéluctable pour assurer sa pérennité. Tous les pays européens sont actuellement confrontés à une même situation démographique marquée par une réduction des naissances et un allongement de la durée de la vie qui conduit à augmenter le nombre d’années passées à la retraite. La modification du rapport « cotisants/retraités » va provoquer un accroissement considérable du poids des retraites dans le PIB de chaque pays conduisant à un lourd déséquilibre financier.  Le défi est partout le même : comment financer les retraites ?

Les options sont multiples : augmenter les cotisations, réduire le montant des pensions, augmenter la durée des cotisations, reculer l’âge effectif de départ à la retraite, accorder plus de place au système par capitalisation, supprimer les régimes spéciaux, harmoniser les législations entre le public et le privé… Une solution combinant l’ensemble de ces options semble être politiquement et socialement la plus raisonnable. La plupart des pays européens ont depuis longtemps privilégié le report de l’âge légal de départ à la retraite, bien au-delà des 60 ans en vigueur en France.

Courant janvier 2010, le gouvernement socialiste espagnol a ainsi approuvé une proposition de réforme prévoyant de repousser de deux ans l’âge légal de la retraite, soit à 67 ans d’ici 2020. La proposition devrait être débattue par les partis politiques prochainement. C’est la viabilité du système de retraites qui est en jeux face au vieillissement de la population espagnole et à l’allongement de l’espérance de vie.

Dans ce contexte, on voit mal la France échapper au report de l’âge légal de départ à la retraite au-delà de 60 ans alors que l’espérance de vie y est proche de 80 ans. En 2010, l’âge normal de la retraite dans l’Union européenne varie d’un Etat membre à l’autre, entre 57 ans (Italie, pour les femmes) et 67 ans (Danemark). Au-delà des différences, tous les régimes de retraite en Europe se trouvent confrontés à un problème commun : l’évolution inquiétante de la démographie. La proportion des européens âgés de plus de 80 ans devrait presque tripler d’ici 2050 et les personnes âgées de 60 à 79 ans représenteront alors un quart de la population totale de l’UE.

Tous les Etats membres n’ont pas développé de stratégies en vue de financer leurs engagements actuels de retraite. Cependant, une tendance se dégage nettement : l’élévation progressive de l’âge légal de la retraite, jusqu’à 65 ans semble incontournable, au moment ou certains pays tels l’Espagne et l’Allemagne envisagent de la porter à 67 ans, comme au Danemark et en Islande. L’âge légal actuel de départ à la retraite dans les principaux pays européens :

  • 57 ans : (femmes) et 65 ans (hommes) : Italie
  • 60 ans : (femmes) & 65 ans (hommes) : Autriche/Grèce/Pologne/Grande-Bretagne
  • 65 ans : Allemagne/Belgique/Espagne/Irlande/Finlande/Luxembourg/Pays-Bas/Portugal/Suède
  • 67 ans : Danemark, Islande

Compte tenu de l’ampleur des déficits, les français n’ont pas d’autre choix que d’accepter une réforme de leur régime de retraite, à commencer par le rallongement de l’âge légal de la retraite. Cela passe aussi par la mise à plat des régimes spéciaux et l’alignement progressifs des régimes publics et privés.

Compte-tenu de l’allongement de la durée de vie, le report de l’âge légal de départ à la retraite parait être le meilleur moyen de préserver l’équilibre financier, sous réserve de l’instauration d’un régime plus favorable pour les salariés ayant occupé des emplois particulièrement pénibles. Allez, un peu de courage politique et un brin de pragmatisme syndical devraient permettre de trouver un consensus national pour préserver l’équilibre de nos régimes de retraites.


France : l’inévitable réforme du régime des retraites (1)

1 février 2010

Nicolas Sarkozy a confirmé l’engagement de la réforme du régime des retraites en 2010

Dans le courant d’année 2010, comme l’a récemment confirmé le président de la République, le gouvernement devrait engager la réforme des retraites. Sujet ô combien sensible chez les français réputés très conservateurs s’agissant de leurs petits acquis sociaux. Une large concertation devrait prochainement débuter, tant au niveau politique que social, sur le sujet.

Martine Aubry, première secrétaire du Parti Socialiste, en prévision de cette réforme avait suscité la polémique dans son camp le 17 janvier dernier en déclarant que le départ à la retraite pouvait intervenir à 61 ans, voire 62 ans. Tentative d’ouverture pour se faire pardonner d’avoir soutenu la mise en place des 35 heures tant décriées par beaucoup ou coup politique en vue de s’imposer en tant que challenger de Nicolas Sarkozy pour la future présidentielle ?

Toujours est-il qu’une semaine plus tard, le bureau national du PS a adopté à l’unanimité un texte réaffirmant le « maintien » de l’âge légal du départ à la retraite à 60 ans, « c’est-à-dire la possibilité de faire valoir ses droits, quel que soit le montant de sa retraite« . « C’est le seul droit encore attaché à l’âge légal de départ à la retraite et nous le défendrons« . Une position à laquelle Mme Aubry s’est finalement ralliée pour dissiper tout  malentendu. Pour autant, elle reconnaît que « beaucoup de Français partent à 61 et 62 ans » pour avoir une retraite à taux plein et s’est dite prête à discuter avec le président Nicolas Sarkozy d’une réforme de la retraite.

Si certains s’étaient un peu vite réjouis de cette évolution encourageante des socialistes français, trop souvent enclins à refuser à tout ce qui, de prés ou de loin, pourrait ressembler à une remise en cause de quelques acquis sociaux, ils risquent d’en être pour leurs frais. Manifestement, les gardiens du dogme socialiste, sont toujours aussi influents. Il faudra attendre encore un peu, mais jusqu’à quand ?

Ce nouveau repli du PS tranche singulièrement avec les propos courageux de François Chérèque, patron de la CFDT. Selon lui, tous les sujets doivent être abordés à l’occasion de cette concertation :  l’âge de départ à la retraite,  la pénibilité au travail, en passant par l’emploi des seniors et la durée de cotisation. Il ne désespère d’ailleurs pas de parvenir à un «consensus national» sur ce dossier ultrasensible. «Les éléments de la réforme de 2003 ne sont plus contestés et la France n’a pas besoin d’un conflit sur ce sujet», a-t-il indiqué, jugeant au passage «intéressante» l’évolution du discours de Martine Aubry, qui ne s’est pas déclarée hostile à un report «vers 61 ou 62 ans» de l’âge de départ. «Pourvu que ça dure», s’est-il empressé d’ajouter…

Si la CFDT reste ouverte sur le sujet de l’âge de la retraite, le syndicat estime que celui-ci doit cependant  rester une «référence» pour les salariés ayant commencé à travailler jeunes. «Dire que tout le monde partira à 62 ans enlèverait des éléments de choix», a nuancé François Chérèque. Gageons que ces propos responsables et de bon sens seront entendus par quelques syndicats radicaux de la fonction publique !

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