Syrie : après avoir exigé une « punition » exemplaire, la France contrainte à se rallier à l’accord américano-russe

16 septembre 2013

Quelques jours après l’annonce de l’utilisation d’armes chimiques le 21 septembre dernier dans le conflit syrien, François Hollande avait exigé au nom de la France qu’une « punition » soit rapidement infligée au dictateur Bacher Al Assad afin de le dissuader d’utiliser à nouveau de telles armes. Il s’état montré déterminé et prêt  à déclencher des frappes dans les plus brefs délais.

Quelques semaines plus tard, la France s’est retrouvée bien seule sur la scène internationale puisqu’au final, la Grande-Bretagne, puis les Etats-Unis, initialement favorables à des frappes ciblées contre les forces de Bachar Al Assad, ont fait marche arrière notamment au vu de l’opposition de la Russie à toute action militaire contre la Syrie. Face au véto du Conseil de sécurité de l’ONU imposé par la Russie et la Chine, deux pays qui sont tout sauf démocratiques et qui sont des soutiens inconditionnels à la dictature syrienne, Barack Obama a préféré consulter son congrès  et calmer le jeu devant les risques d’escalade.

A l’initiative des russes, les négociations se sont rapidement engagées avec les américains, sans participation des autres pays et de la France, pour tenter de convaincre Al Assad de renoncer définitivement à ses armes chimiques. Toute intervention militaire en Syrie est aujourd’hui suspendue en attendant que la dictature syrienne donne les garanties requises, à savoir, identifier les stocks d’armes chimiques en sa possession et leur mise sous contrôle de l’ONU, en vue de leur destruction future. Peut-on vraiment faire confiance aux syriens pour qu’ils révèlent aux experts de l’ONU l’emplacement de l’intégralité de leurs armes chimiques, alors qu’il est probable qu’une partie a déjà quitté la Syrie ? Certainement pas, mais c’est un premier pas qui permet aux Etats-Unis d’éviter un nouveau conflit à hauts risques.

Le rapport des experts de l’ONU publié le 16 septembre confirme, sans qu’il soit permis d’en douter, que des armes chimiques ont été largement utilisées dans le conflit syrien, prés de Damas, faisant plus de 1 500 morts dont plus de 400 enfants. Par contre, même s’il est probable que ces armes ont été utilisées par le régime syrien, rien ne permet de l’affirmer ; c’est pourquoi le rapport se garde bien de répondre à cette question.

Dans ces conditions, une intervention hors de tout aval du Conseil de sécurité reste très improbable. D’autant que se poserait alors la question des objectifs. A défaut de pouvoir s’attaquer directement au dictateur Bachar Al Assad, quelles cibles frapper en représailles ? Frapper pour frapper n’aurait aucun sens et ne serait d’aucun effet sur le régime syrien, sauf à faire monter la pression au Proche-Orient qui n’en a guère besoin.

On ne peut que regretter que la France ait privilégié une position unilatérale favorable à une intervention, plutôt que d’avoir tenté d’associer l’Union européenne à sa démarche, permettant ainsi à  celle-ci d’être en mesure de dégager une position commune face au conflit syrien. Le relatif isolement de la France sur la scène internationale sur le conflit syrien n’est pas du meilleur effet pour la crédibilité de notre politique étrangère. Une fois de plus, le conflit syrien démontre que l’Europe en dépit de son poids économiques, n’existe pas sur un plan politique face aux Etats-Unis, à la Russie et la Chine.

La détermination de M. Hollande à intervenir en Syrie était d’autant plus surprenante que la France n’avait pas fait grand-chose jusqu’à ce jour pour stopper les massacres perpétrés par Al Assad contre son peuple, y compris par l’utilisation d’armes lourdes et mais aussi chimiques à maintes reprises depuis le début du conflit. Voilà plus de deux ans que les choses empirent de jour en jour, avec plus de 110 000 morts et des millions de réfugiés sans que la France et la communauté internationale n’aient envisagé la moindre intervention. Intervenir aujourd’hui n’avait plus guère de sens, alors même que les forces d’opposition à Bachar Al Assad sont maintenant partiellement aux mains  de groupes islamiques les plus radicaux, dont certains sont proches d’Al Quaïda.

Est-il vraiment raisonnable de vouloir intervenir à ce stade du conflit alors que la Syrie pourrait tomber aux mains de factions islamiques sunnites les plus radicales qui prônent la mise en place d’un état islamique avec application de la charia ? Dans ces conditions, aujourd’hui, la prudence exige d’attendre… hélas pour le peuple syrien !


Syrie : Oublié par une partie du monde, le peuple syrien continue de résister à la terrible dictature d’al Assad

17 avril 2012

En Syrie, depuis plus d’un an déjà, Bachar al-Assad continue d’assassiner impunément son peuple avec la complicité de l’Iran, de la Russie et de la Chine. Plus de 12 000 morts en moins d’un an selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Fort de l’appui de ces pays, non démocratiques rappelons-le, le dictateur al-Assad ne recule devant rien pour se maintenir au pouvoir. Combien de temps la communauté internationale va-t-elle être complice ?

En dépit de l’impuissance de l’ONU, dont les décisions du Conseil de sécurité étaient bloquées par ces mêmes pays, les choses semblent enfin bouger. La pression de la communauté internationale est montée d’un cran le 1er avril 2012 à Istanbul où s’est tenue la conférence des Amis de la Syrie avec pas moins de 83 pays représentés. Parmi ses membres influents, les Etats-Unis, l’Europe, la Turquie, la plupart des pays arabes du Moyen-Orient, dont le Qatar.

A cette occasion, la communauté internationale avait appelé à fixer une « date limite » pour l’application du plan de paix sur la Syrie par le régime de Damas, qui poursuit sans relâche ses pilonnages meurtriers. L’Arabie saoudite et le Qatar qui avaient réclamé une telle aide, se sont vus opposer le veto des Etats-Unis. La conférence « a appelé l’émissaire spécial à déterminer une date limite pour les prochaines étapes, incluant un retour devant le Conseil de sécurité de l’Onu, si les tueries continuent« .

Fin mars, le régime du président syrien Bachar al-Assad s’était engagé à appliquer ce plan, mais une fois de plus, la poursuite des pilonnages avait laissé la plupart des capitales sceptiques sur les réelles intentions de Damas. « Presque une semaine s’est écoulée et nous devons conclure que le régime allonge sa longue liste des promesses non tenues« , avait déclaré, dépitée, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton. De son côté, le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, avait déclaré : « Il y a un risque bien sûr d’enlisement, et on voit bien la tactique du régime qui est de gagner du temps. C’est la raison pour laquelle il faut, et nous sommes tous d’accord là dessus, fixer une limite dans le temps à cette action » de M. Annan.

Autre décision de la conférence des Amis de la Syrie, les participants ont officiellement reconnu dans leur déclaration le Conseil National Syrien comme « un représentant légitime de tous les Syriens« , un geste en deçà des attentes du CNS qui souhaitait être admis comme unique interlocuteur de la communauté internationale. La conférence a également décidé de constituer un groupe de travail sur des sanctions à adopter contre le régime syrien. Celui-ci se réunira à Paris mi-avril.

Le chef de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, avait lui aussi appelé les participants à faire pression sur le Conseil de sécurité de l’ONU pour qu’il prenne des mesures « contraignantes » contre le régime de Bachar al-Assad. L’opposition syrienne n’avait pas manqué de saluer les avancées lors de cette réunion d’Istanbul, mais avait aussi estimé que la communauté internationale devait aider réellement les Syriens. « Il faut que la communauté internationale formalise les mécanismes et les moyens de livrer cette aide. De notre point de vue ça veut dire des voies de passage assurées, des zones protégées, ça implique le déploiement d’une certaine capacité militaire pour protéger ces zones« , avait déclaré à l’AFP Bassma Qodmani, membre du comité exécutif du CNS.

La résolution  du Conseil de sécurité de l’ONU intervenue courant avril a finalement adopté le principe d’un cessez le feu en Syrie avec un retrait des forces syriennes des centres urbains, le déploiement d’observateurs internationaux et l’ouverture de discussions entre le régime alaouite et l’opposition. Quelques jours après cette adoption et la mise en place du cessez le feu, ce dimanche 15 avril, au moment où les premiers observateurs de l’ONU devaient être déployés, une fois encore les forces syriennes ont repris les bombardements sur la ville d’Homs, tenue par l’insurrection. Ce mardi 17 avril, les bombardements continuent et les observateurs de l’ONU n’ont toujours pas pu se déployer faute d’un accord du gouvernement syrien.

Face au courage et à la détermination du peuple syrien, la chute de la dictature Assad paraît pourtant inexorable à court terme. Reste à espérer que le pays meurtri et affaibli sache mettre en place au plus vite des institutions stables et démocratiques avec l’aide de la communauté internationale. Dommage qu’il ait fallut attendre plus d’un an et plus de 12 000 victimes pour libérer le peuple syrien du joug d’Assad. Une fois de plus, par sûr que l’ONU sorte grandie du dossier syrien.