France : pourquoi ignorer l’existence de la plus grave crise que traverse notre pays et la zone euro ?

23 janvier 2012

Pendant des mois, certains médias et la plupart des candidats à l’élection présidentielle ont tenté de faire croire à l’opinion que la dégradation de la note AAA de la France par l’une des 3 agences de notation, mettait en cause la mauvaise gestion de la crise par le président de la République : Nicolas Sarkozy. C’est tromper les français sur la réalité et l’origine de la crise de la dette actuelle.

Retour sur les origines. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la France avait acquis sa note AAA en 1975, l’année même où sont apparus ses premiers déficits à l’origine de sa dette. Ces déficits résultaient principalement de la crise pétrolière de 1973, puis de 1979. Jusque là, rien d’anormal ; tous les pays ayant suivi cette tendance.Pourtant, l’explosion de la dette publique s’est poursuivie dans les années 1980  en raison de l’explosion des déficits sociaux et budgétaires, et ce, malgré des périodes de croissance relativement soutenue. Ce dérapage de la dette s’est poursuivi jusqu’en 2007.

Rappelons au passage que les déficits et la dette de la France avaient dépassé les critères pourtant imposés par le traité de Maastricht aux états membre de la zone euro, à savoir : un déficit public < 3% du PIB et une dette < 80% de ce même PIB. Là est l’origine des problèmes actuels de la zone euro, et non celle de l’euro lui-même qui n’est nullement en cause, bien au contraire.
Alors que la France a traversé prés d’une décennie de croissance, la situation des finances publiques a ainsi continué à se dégrader jusqu’en 2007, à l’aube de la première crise. Cette situation résultait de l’incapacité des gouvernements successifs depuis 1981, de gauche comme de droite, à assainir les finances publiques. Après la crise financière de 2008 qui a conduit les Etats à sauver le système bancaire d’une crise majeure, la situation budgétaire de la France, comme celle de principaux pays de la zone euro, s’est brutalement dégradée. La crise de la dette qui s’en est suivie au sein des pays de la zone euro n’a fait qu’empirer jusqu’en 2011, menaçant certains pays de banqueroute.
C’est à partir de la mi-2011 que des mesures ont été prises par les gouvernements européens pour en limiter l’ampleur et éviter une crise systémique. Que l’on aime ou pas Nicolas Sarkozy, ces deux crises majeures ne peuvent en aucun cas lui être imputées. Au contraire, il est probable que son action en 2008 comme en 2011, a abouti à en atténuer sensiblement les effets négatifs pour la France et les français en général.

La crise de la dette était devenue inévitable dés lors qu’avec la création de l’euro, les critères fixés par le traité de Maastricht qui étaient la condition de la réussite de sa mise en oeuvre, n’ont pas été respectés. Depuis 2002, la France et les pays de l’Europe du sud, contrairement aux pays de l’Europe du nord, ont laissé les finances publiques se dégrader et la dette exploser, sans qu’aucune sanction n’ait été prise à leur encontre comme prévu.

Les difficultés d’aujourd’hui résultent exclusivement des erreurs et du laxisme des gouvernements en place au cours des décennies précédentes. Maintenant, que cela plaise ou non, il va falloir payer l’addition en espérant que nous avons atteint le point culminant de cette crise. Reste maintenant à trouver la bonne clef de répartition et ce n’est pas le plus simple.


Dettes souveraines des Etats : faut-il s’inquiéter du rôle des agences de notations ? (1)

17 juin 2010

Dettes publiques : une explosion qui inquiète les marchés et le monde

La dette souveraine mondiale devrait atteindre 49.500 milliards de dollars d’ici à la fin de l’année, ce qui représente une hausse de 45 % par rapport à 2007, année de déclenchement de la crise, indique un document de Moddy’s.

La progression de 15.300 milliards correspond à plus de cent fois le montant du plan Marshall, plan destiné à la reconstruction de l’Europe à la sortie de la Seconde guerre mondiale. Les seuls pays du G7 représentent près de 80 % de cette hausse : leurs finances publiques ayant été les très affectées par la crise économique et financière.

L’endettement des Etats de toute la planète représentera quelque 80 % du PIB mondial en 2010 contre 63 % en 2008. Une évolution qui inquiète particulièrement les agences de notation.

France : déficits et dette publique, la cote d’alerte !

A l’instar des pays de la zone euro, la dette publique française a franchi le seuil de 80% du PIB alors que les déficits publics atteignaient 8% de ce même PIB. Des niveaux jamais atteints jusqu’alors. Le temps semble donc venu pour la France se s’imposer une plus grande rigueur dans la gestion de ses finances publiques.

Même si le chemin risque d’être long et périlleux à l’approche de l’élection présidentielle de 2012, la France n’a pas d’autre choix que de s’y atteler pour empêcher l’explosion de sa dette qui s’est fortement accrue du fait de la crise mondiale. Le pays doit aussi rassurer les marchés sur sa capacité et sa volonté à y parvenir.

Nul doute que le plan de rigueur annoncé récemment par François Fillon, premier Ministre, à l’instar de la réforme du régime des retraites, visent à envoyer un signal fort aux français, mais aussi aux agences de notation quelque peu inquiètes du laxisme budgétaire français. Si la note de la France a jusqu’alors été préservée par les agences qui lui ont toujours attribué la meilleure note : « AAA », on ne peut pas exclure une possible dégradation de celle-ci dans les mois à venir si le pays n’adopte pas à son tour une véritable politique de rigueur qui permette un progressifs rétablissement des finances publiques.

Ces derniers mois, de nombreux gouvernements européens n’avaient pas manqué de fustiger ces mêmes agences de notation. Les récents propos de M. Baroin, ministre du Budget, montrent au besoin, que la pression s’accroît sur la France, après la dégradation de la note de l’Espagne de AAA à AA+  par Standard & Poor’s en avril, puis par Fitch Rating fin mai. Seule l’agence Moody’s maintient encore la note AAA de l’Espagne.

La France peut-elle perdre son AAA?

La France fait partie d’un club très restreint de 14 pays que les trois agences de notation (Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch) gratifient d’un « AAA ». Comme les Etats-Unis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l’Australie, le Canada, le Danemark, la Finlande, la Suède, Singapour…, la France de par sa note AAA, ne présentait aucun risque pour ses créanciers. Ce qui lui permet de bénéficier des taux d’intérêt les plus bas possible (autour de 3%). Mieux, cette note AAA est actuellement assortie d’une « perspective stable » ce qui est plutôt encourageant.

Pour autant, selon Standard & Poor’s France, le gros point noir de la France, c’est son niveau d’endettement, déjà élevé avant le début de la crise, alors même que la lourdeur de ses impôts limite considérablement la possibilité de les relever afin de réduire les déficits. Par ailleurs, les dépenses publiques y sont élevées, sans que le pays n’ait jamais été en mesure de les réduire, même en période de croissance.

Par delà ce constat sans appel, il subsiste quelques éléments rassurants. Ainsi, les agences regardent non seulement l’évolution des finances publiques d’un pays, mais aussi son économie et sa politique générale. La France dispose ainsi de quelques points favorables : l’endettement des ménages y est modéré, l’épargne est importante, les institutions sont stables et la démographie reste étonnamment dynamique.

Bien qu’étant un pays prisé par les investisseurs, on ne peut exclure le risque que la note de la France puisse être dégradée, à défaut qu’une réponse adéquate ne soit donnée rapidement. Si les critères des agences de notation restent quelque peu opaques, on sait qu’elles prennent en compte, en plus de la dette et des déficits, de nombreux indicateurs qui concernent l’évolution des prix et du PIB par habitant, en passant par des critères plus subjectifs. Pour ces raisons, il reste difficile d’évaluer le seuil à partir duquel un pays peut voir sa note dégradée. Ce d’autant plus que ce seuil est différend d’un pays à l’autre.

Dans la présente situation, la France s’expose, comme d’autres pays, à perdre sa note AAA si elle ne s’engage pas fermement et durablement dans une politique de rigueur budgétaire raisonnée.