Présidentielle 2012 : les confusions de François Hollande face aux agences de notations et la possible perte de la note AAA

18 avril 2012

Dans une interview au Journal du dimanche daté du 15 avril, François Hollande, avait évoqué une possible décision de l’agence de notation financière Moddy’s de revoir à la baisse, pour le 12 mai prochain, la notation de la France.

Le candidat socialiste qui s’exprimait également sur RFI avait expliqué : « Cette agence de notation, Moody’s, a annoncé il y a déjà plusieurs semaines qu’elle donnerait une confirmation de sa note au lendemain de l’élection présidentielle, non pas parce que ce serait après l’élection présidentielle, mais parce que c’est dans son propre calendrier. Donc, imaginez : si nous étions victorieux au lendemain du 6 mai, il pourrait y avoir en cas de note négative une forme de confusion. J’ai voulu l’écarter, et la prévenir : la note qui sera accordée à la France sera la note accordée à la gestion de Nicolas Sarkozy », a insisté François Hollande. On comprend mieux, pour autant, il s’agit là d’élucubrations purement fantaisistes de sa part.

Dans un communiqué publié lundi 16 avril, l’agence Moody’s a clairement affirmé, sans citer François Hollande, qu’elle n’envisageait absolument pas de changement imminent de la note de la dette de la France, alors que le candidat socialiste à la présidentielle avait évoqué une décision possible de Moody’s pour le 12 mai. L’agence déclare que sa décision d’assortir la note de la France d’une perspective négative, annoncée le 13 février dernier, « ne signale pas un changement imminent de la notation, mais constitue une indication de l’évolution probable dans les 12 à 18 mois ».

En cas de placement d’une note sous surveillance négative (ce qui n’est pas le cas de la France à ce jour, contrairement à ce que laisse entendre Hollande), Moody’s se donne habituellement trois mois de délai ou fixe une échéance précise qui correspondra à l’annonce d’une décision concernant la note. C’est seulement à l’issue de ce délai qu’elle décidera de maintenir la note ou de l’abaisser dans le cas d’un basculement sous surveillance négative. Enfin, les agences de notation n’ont pas pour habitude de modifier leurs appréciations quelques jours après une élection.

Rappelons que Moody’s, la principale agence de notation mondiale, comme l’autre agence Fitch Ratings, avait confirmé en février dernier la note  « AAA ». Pour autant, Moody’s avait modifié la perspective associée à la note de la France, faisant passer celle-ci de « stable » à « négative ». Elle n’avait toutefois pas fixé d’échéance précise quant à une éventuelle évolution de la note elle-même. C’est là la principale différence entre les notions de perspective et de surveillance, que semble avoir confondues volontairement ou non, François Hollande.

Une fois encore, le candidat socialiste est pris la main dans le sac en voulant faire croire aux français que Moody’s envisageait une dégradation de la note française après l’élection. Etrange pour qu’un candidat à la présidence puisse confondre « perspective négative » et « surveillance négative ». A tout vouloir mettre sur le dos de Nicolas Sarkozy, alors qu’il ne propose lui-même aucune mesure concrète et crédible pour réduire drastiquement les dépenses publiques et retrouver au plus vite l’équilibre budgétaire, il y a de quoi s’interroger. S’il devait être élu, n’est-ce pas sa propre incompétence qui risque de faire perdre son « AAA » à la France ?

Voilà qui en dit long sur les maigres ambitions de François Hollande pour la France. Qu’il soit rassuré, s’il y a remise en cause du triple « AAA » de la France par Moody’s, ce ne sera pas avant deux ou trois mois après l’élection présidentielle, lorsque les grandes lignes du projet du nouveau président seront dévoilées et que les premières mesures législatives seront prises. Ce n’est qu’au vu de la détermination du nouveau président de la République et de son gouvernement à s’attaquer à la réduction des dépenses publiques que les agences de notations ajusteront les perspectives et seront peut-être amenées à mettre notre pays sous surveillance négative avec perte du « AAA ».

Cela dépendra exclusivement des décisions envisagées par le nouveau gouvernement en matière budgétaire et de gouvernance du pays. Quel que soit la décision des agences, les choix opérés le gouvernement précédent n’y seront alors pour rien. Gouverner, c’est aussi assumer ses propres contradictions et responsabilités. Voilà qui promet au français une rentrée pour le moins tendue et morose, notamment dans l’hypothèse d’une élection de François Hollande.


France : le pays perd sa note AAA

13 janvier 2012

Après plusieurs mois de suspense, l’agence Standard & Poor’s a finalement dégradé d’un cran la note AAA de la dette de la France et de quelques autres pays de l’Union européenne.

Avec la France, les pays du sud de l’Europe qui n’avaient plus leur AAA depuis bien longtemps : le Portugal, l’Espagne et l’Italie, ont été dégradés encore plus lourdement (de plus de deux points). Pour l’instant, les autres agences n’envisagent pas de suivre Standard & Poor’s. A l’inverse, les bons élèves de la zone euro qui ont fait preuve ces dernières d’une parfaire maitrise de leurs déficits publics et de leur dette conservent leur note AAA.

Au final, la France limite les dégâts et n’est dégradée que d’un seul point à AA+. Mais l’autre mauvaise nouvelle est cette note AA+ est placée sous perspective négative. Cela signifie qu’à défaut de s’engager dans des mesures strictes de réduction des déficits publics, une nouvelle dégradation de la note de la France est envisageable. «Il y a au moins une chance sur trois pour que la note de la France soit encore dégradée en 2012 ou en 2013», a affirmé l’agence de notation américaine dans un communiqué.

Cette dégradation attendue depuis plusieurs mois ne devrait cependant pas impacter significativement les taux d’intérêts auxquels la France emprunte. Son dernier emprunt à long terme début janvier 2012 s’est fait aux alentours de 3.30%, soit 1.30% au-dessus du taux accordé à l’Allemagne. Ce qui reste raisonnable et laisse à penser que les taux à venir ne devraient pas s’envoler et pénaliser outre mesure notre économie.

Sur les raisons de cette dégradation, elles sont bien connues : une augmentation régulière de la dette française depuis 25 ans, sans véritable volonté politique des divers gouvernements à enrayer cette évolution. En effet,  la France depuis toujours n’a jamais réellement montré sa détermination à lutter efficacement contre ses déficits publics et la réduction de sa dette. Ce manque de détermination des divers gouvernements successifs a permis l’explosion de la dette française à l’occasion de la crise financière de 2008, puis de la zone euro. Enfin, la faiblesse actuelle des banques française constitue un facteur risque supplémentaire.

Par ailleurs, le contexte électoral actuel n’a pas favorisé la mise en place d’une politique de rigueur budgétaire à la hauteur des enjeux. Plus grave, les désaccords flagrants entre les deux principaux candidats à l’élection présidentielle sur les mesures de rigueurs à prendre après l’élection, ont fini par convaincre les marchés que la France, par delà les apparences et ses bonnes intentions, n’était probablement pas prête à s’engager dans une véritable politique de rigueur budgétaire et de réforme profonde de l’Etat.

En ce sens, le candidat socialiste, par un manque de fermeté et de conviction dans les mesures envisagées, porte sa part de responsabilité dans cette dégradation du AAA de la France. Quant-à tenter d’imputer cette dégradation à la seule responsabilité de Nicolas Sarkozy, relève de la pure manipulation politique. Sur ce point, force est de reconnaître de François Bayrou a fait preuve d’un certain pragmatisme en déclarant que cette dégradation de la dette française n’est pas imputable au seul Nicolas Sarkozy, mais aux divers gouvernements de droite et de gauche qui se sont succédés ces 15 dernières années.

En pleine campagne électorale, espérons que les candidats sauront prendre cet avertissement pour ce qu’il est et mettre en place, avant qu’il ne soit trop tard, les mesures de rigueur qu’imposent pour réduite significativement, et au plus vite, les dépenses publiques qui alimentent la dette.

Petite note d’optimisme, Wolfgang Schäuble le ministre allemand des Finances a aussitôt tenté de rassurer la France. « La France est sur la bonne voie », a-t-il déclaré, réaffirmant ainsi la solidarité de Berlin avec Paris. Il a souligné que seule Standard & Poor’s a dégradé la France, alors que les deux autres grandes agences internationales d’évaluation financière, Moody’s et Fitch, attribuent toujours, pour l’instant, la note AAA à la France.