France : Après le grand débat, Emmanuel Macron trace les nouveaux contours de sa politique

Le 25 avril dernier, le président Emmanuel Macron a clôturé la longue séquence du grand débat national en esquissant les grands axes retenus à l’issue de celui-ci.

Lors de sa conférence de presse, la première du quinquennat, le président de la République est apparu serein et déterminé à poursuivre les grandes lignes de sa politique initiée en 2017 : réformer et moderniser le pays, le rendre plus compétitif en stimulant la croissance économique pour favoriser l’emploi et le pouvoir d’achat, tout en veillant à relancer la politique de l’Union européenne et protéger notre environnement. De ce point de vue, les français qui ont voté pour lui ne pourrons qu’être satisfaits car pour réussir, il faut une certaine continuité dans la politique des réformes.

Pour autant, on peut le regretter ou s’en réjouir, il faut bien reconnaître que si certaines mesures résultant du grand débat telles réduire les impôts et les injustices sociales, relancer la décentralisation et préserver l’environnement ne sont pas contestables, elles font passer au second plan la réduction des dépenses publiques et de la dette, avec notamment le report sine die de la réduction du nombre de fonctionnaires.

Or chacun le sait, la piètre qualité des services publics n’a pas grand-chose à voir avec le nombre de fonctionnaires surtout lorsqu’il est le plus élevé des pays développés. Ce qu’il faut c’est une profonde réforme de l’organisation et du fonctionnement de la fonction publique dans son ensemble.

Une question demeure : comment va-t-on financer ces nouvelles mesures sans gonfler la dette et nos dépenses publiques ?

Aux 10 milliards d’euros de mesures d’urgence liées à l’augmentation du pouvoir d’achat, allouées en décembre dernier pour répondre aux attentes de certains français, il faut maintenant ajouter une quinzaine de milliards supplémentaires de baisses d’impôts, d’abaissement de CSG et réindexation des pensions pour les retraités les plus modestes…

Un coût global supérieur à 25 milliards d’euros dont l’essentiel reste à financer. Voilà qui ne va pas arranger la situation des finances publiques de la France et l’image de celle-ci en Europe. Une France dépensière, incapable de réduire ses dépenses publiques et ses impôts (les plus élevés d’Europe) et qui laisse filer sa dette alors que tous les autres pays ont réalisé d’importants efforts en ces domaines.

Hélas, une fois de plus, une majorité de français préfère la facilité de l’assistance publique à court terme, plutôt que quelques petits efforts pour remettre le pays sur les rails une bonne fois pour toute. Pas sûr que cette fuite en avant dure longtemps. Le jour viendra où il faudra bien payer l’addition et elle risque d’être salée !

Alors que le président Emmanuel Macron avait, après son élection, rassuré quelque peu nos amis européens, voilà que la France se trouve à nouveau en dérapage incontrôlé, au risque d’entraîner les autres pays dans cette spirale infernale.

Dans ce contexte, voilà des décisions qui ont dû être particulièrement difficile à prendre pour le président de la République ; lui qui considère à juste titre que l’avenir de la France passe obligatoirement par la maîtrise des dépenses publiques, la baisse notable des impôts et la réduction de la dette.

Comme l’a fort justement reconnu le président, « la meilleure orientation pour répondre aux besoins de justice n’est pas d’augmenter les impôts de tel ou tel, mais plutôt de baisser les impôts de maximum de nos concitoyens… » Et d’ajouter : « Les inégalités ne sont pas fiscales. Nous avons un système fiscal qui corrige la plupart des inégalités, beaucoup plus que dans la plupart des autres pays. Les vraies inégalités sont les inégalités d’origine, de destin ou de naissance… » D’où les nombreuses mesures prises par le gouvernement depuis 2017 en faveur de l’éducation, la formation et l’apprentissage.

Hélas, comme cela a été dit à maintes reprises, ce n’est pas en taxant davantage les plus fortunés que l’on va changer en quoi ce soit la vie des autres !

Certains français semblent oublier que la France est le pays qui consacre la plus forte part de son budget à des fins sociales et de solidarité. Aucun pays au monde ne distribue autant d’argent public en faveur des plus modestes. Pourquoi tant d’ingratitude des français qui sont les plus assistés au monde ?

En réalité, en France, une minorité de français paient les impôts au profit d’un nombre sans cesse croissant d’assistés

A en croire le mouvement de contestation, celui-ci a trouvé sa justification dans la baisse du pouvoir d’achat et le ras le bol fiscal.

Or, il faut bien avouer que si les impôts ont surtout beaucoup augmenté ces dernières décennies et singulièrement sous la présidence de M. Hollande, personne ne s’en était offusqué jusqu’alors. Par contre, il faut bien reconnaître que les impôts ont au contraire légèrement baissé en 2018 sous l’actuel gouvernement, notamment avec la baisse de la taxe d’habitation et la défiscalisation des heures supplémentaires. Mais cela, aussi étrange que cela puisse paraître, certains ne l’ont pas remarqué !

Pour ce qui est du pouvoir d’achat, les experts reconnaissent qu’il a augmenté pour la première fois depuis longtemps en 2018 et qu’il devrait poursuivre sa hausse en 2019, notamment pour les revenus les plus modestes.

Finalement, n’en déplaise à une certaine presse qui raconte n’importe quoi pour faire de l’audience, les arguments avancés par les manifestants n’étaient absolument pas fondés sur ces motifs. D’ailleurs, point n’est besoin d’être expert fiscal pour savoir qu’en réalité, l’immense majorité des manifestants n’a jamais payé d’impôt sur le revenu, ni même de taxe d’habitation dont sont exonérés les bas revenus. Nombre d’entre eux l’ont d’ailleurs reconnu. Ce n’était là qu’un faux prétexte pour s’opposer à un gouvernement réformiste, probablement trop ambitieux aux yeux de certains vieux gaulois attachés à l’immobilisme.

En effet, la réalité est que seulement 43% des français (pas que les plus riches) paient effectivement l’impôt sur le revenu et 65% leur taxe d’habitation. Ceux-là, on peut aisément comprendre qu’ils en aient effectivement marre de payer pour une minorité croissante d’assistés. Les véritables matraqués fiscaux, ce sont ceux qui paient leurs impôts et non ceux qui en sont exonérés. C’est-à-dire les vraies classes moyennes dont les revenus nets annuels varient de 25 000 € pour une personne seule à 40 000 € à 70 000 € pour un foyer avec enfants.

L’OFCE l’a d’ailleurs confirmé dans ses récentes études : les 40% des français les plus aisés (hors les 1% les plus riches) ont été les plus frappés par les hausses d’impôt au cours de la dernière décennie alors que les moins aisés ont été relativement épargnés, grâce notamment à la revalorisation du barème et de certaines prestations sociales. Assez de désinformation médiatique !

Outre le fait qu’ils ne paient généralement pas d’impôts, n’oublions pas que les revenus les plus modestes bénéficient d’aides financière nombreuses et variées (aide au maintien du revenu, aide au logement, allocations familiales, primes scolaires, chèque énergie, tarif modique des cantines scolaires, nombreux tarifs sociaux…) et j’en passe ! Au total, ces aides cumulées non imposables, peuvent être supérieures aux seuls revenus du travail ; c’est-à-dire aux revenus de nombreux salariés qui eux n’ont droit à aucune aide et doivent toujours passer à la caisse sans broncher !

C’est là où se trouve une réelle injustice pour de nombreux français aux revenus intermédiaires.

Baisser les impôts, bien sûr, mais à condition de les simplifier tout en réduisant réellement les dépenses publiques

Dans ce contexte, on peut espérer que la baisse d’impôt sur le revenu de plus de 5 milliards d’euros annoncée par le président de la République concernera en priorité les revenus intermédiaires qui sont les plus taxés et les plus gros contributeurs à l’impôt.

Toutefois, comment ne pas s’interroger sur le choix qui a été fait de s’attaquer aux niches fiscales des entreprises, déjà lourdement taxées et frappées par la concurrence, sans toucher aux niches fiscales et autres avantages fiscaux alloués aux particuliers. Il eût probablement été plus utile de s’attaquer aux deux en même temps ; ce qui aurait contribué à simplifier l’impôt et le rendre plus juste et lisible.

Dans un rapport de 2017 sur la France, l’OCDE résumait parfaitement le mal français : « La fiscalité est complexe à cause du grand nombre d’exonérations et réductions d’impôts qui sont fréquemment modifiées. Ce qui renchérit le coût déjà élevé de la discipline fiscale et du recouvrement de l’impôt. Ainsi, les seules entreprises doivent s’acquitter de 233 prélèvements fiscaux et sociaux. La simplification de la fiscalité passe par la suppression de certains impôts, l’abaissement des taux et l’élargissement des bases d’imposition devrait demeurer une priorité… »

C’est effectivement en allant dans cette voie que l’on pourra mieux faire accepter l’impôt pour tous. Hélas, à quelques exceptions prés, cela ne semble pas la voie choisie par la France depuis des décennies, même s’il faut reconnaître quelques avancées courageuses mais insuffisantes du gouvernement actuel de M. Edouard Philippe.

Il reste à espérer que la suppression définitive de la taxe d’habitation en 2021 permettra au moins d’engager une véritable réforme de la fiscalité locale attendue depuis des décennies.

Par-delà ces quelques ajustements liés au grand débat, la France doit poursuivre le cap des réformes structurelles pour se moderniser et permettre de faire face à la concurrence mondiale, sans pour autant perdre de vue la nécessaire réduction des dépenses publiques. Plus facile à dire qu’à faire en France !

Mais c’est là la mission principale du président de la République : préparer le pays à affronter les nombreux défis de demain.

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