Vers un inexorable déclin de la droite française ?

10 mars 2019

Le déclin de la droite parlementaire est enclenché depuis l’échec de Nicolas Sarkozy au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2012, La descente aux enfers des Républicains (LR) n’a jamais cessé depuis lors et s’est même accentuée depuis le terrible échec de François Fillon dés le 1er tour de l’élections présidentielle de 2017.

La lente agonie des Républicains sous la présidence de Laurent Wauquiez ?

L’arrivé de Laurent Wauquiez à la tête de LR, loin de stopper l’hémorragie, n’a fait que l’accentuer, favorisant le départ ou la prise de distance de personnalités parmi les plus influentes du mouvement, mais aussi de nombreux sympathisants.

A la veille des élections au Parlement européen du 26 mai prochain, le parti qui pesait encore prés de 27% des voix au 1er tour de la présidentielle de 2012, n’a réalisé que 20% au 1er tour de la présidentielle de 2017 et 17.8% aux 1er tour des élections législatives de la même année.

Selon les derniers sondages, les Républicains recueilleraient entre 10% et 12% des voix à l’élection européenne de mai 2019, contre 21% lors de la dernière élection en 2014. Même si l’élection européenne se déroule selon un scrutin proportionnel, force est de constater que rien ne semble enrayer la chute.

A y regarder de plus près, cette évolution paraissait pourtant être devenue inéluctable au vu des orientations prises par les responsables de cette formation politique sous la direction de Laurent Wauquiez. Pourquoi un tel aveuglement ? Contrairement à Nicolas Sarkozy qui par son leadership incontesté avait réussi à unifier et faire travailler ensemble divers courants politiques allant du centre à la droite conservatrice, son départ a progressivement favorisé l’éclosion de tensions entre courants et personnalités qui ont fait voler en éclat l’unité du parti.

A cet égard, il faut bien reconnaître que la campagne lamentable de François Fillon, avec un programme extrêmement radical, a considérablement affaibli LR. De nombreux électeurs ont ainsi été dégouté et ils auraient souhaité qu’un autre candidat soit désigné à sa place. Nul doute que les dirigeants du parti paient aujourd’hui l’erreur d’avoir voulu cautionner jusqu’à bout un candidat indéfendable qui n’avait aucune chance.

Ce alors que le choix de l’expérimenté Alain Juppé, avec un solide programme beaucoup plus consensuel, aurait probablement préservé les chances de LR, tout en conservant l’unité du mouvement.

Après une série d’échecs retentissants, les Républicains se sont repliés sur eux-mêmes

Le lourd échec de François Fillon, suivi de l’élection d’Emmanuel Macron à qui une partie de la droite centriste avait apporté son soutien dés le premier tour, a irrémédiablement par réapparaître les deux grands courants chez les Républicains : d’un côté, les sociaux-libéraux centristes et de l’autre, la droite la plus conservatrice.

Les élections législatives qui s’en sont suivies ont confirmé le fait qu’une partie des électeurs de la droite modérée avait rejoint le camp d’Emmanuel Macron, dont ils étaient indiscutablement plus proches sur de nombreux points.

Loin de tirer les enseignements de ces échecs répétés et de tenter de convaincre ces électeurs de les rejoindre, les dirigeants de LR et en particulier son nouveau président Laurent Wauquiez ont, au contraire, défendu une ligne plus intégriste et radicale, s’apparentant sur certains points à celle de l’extrême-droite.

L’autre erreur a probablement été de ne pas soutenir clairement certaines réformes mises en œuvre par le gouvernement d’Edouard Philippe alors qu’au cours des années où Les Républicains étaient au pouvoir, ils avaient été incapables de les adopter. Certains électeurs ne le pardonneront pas car il s’agit d’abord de moderniser et préparer l’avenir du pays.

Enfin, et ce n’est pas la moindre des évolutions, d’une vision relativement pro-européenne défendue par Nicolas Sarkozy (au Parlement européen, LR est apparenté au groupe PPE – Parti populaire européen qui préside actuellement le parlement), les Républicains se sont progressivement enfermés dans une posture d’euroscepticisme, propre à certaines formations populistes européennes. Ces derniers mois, le refus des Républicains de se désolidariser de l’abominable Premier ministre hongrois Viktor Orban n’en est-il pas la meilleure preuve ?

Cette évolution vers un national-populisme stérile et radical n’a pu que décevoir un grand nombre de ses anciens électeurs qui ne se reconnaissent plus dans ces orientations politiques. Ils ont ainsi apporté leur soutien au président de la République, le seul aujourd’hui en position de défendre les valeurs sociales, réformistes et européennes, qui doivent permettre à la France de retrouver sa place au sein de l’Union européenne et dans le nouveau monde.

Après les électeurs, par dépit, nombre de cadres et d’élus ont été contraints de quitter le navire des Républicains

Il n’est pas anodin que deux anciens Premier ministres qui furent des figures historiques de l’UMP et des Républicains, Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin, apportent aujourd’hui leur total soutien à Emmanuel Macron dont ils partagent la vision et le projet. Une position loin d’être marginale depuis la présidentielle de 2017. Force est constater qu’au fil des mois, de nombreux cadres, parlementaires et élus locaux ont quitté le navire LR, se sentant exclus de fait par les nouvelles orientations politiques du mouvement.

Il y a quelques jours, même Jean-François Copé, maire de Meaux, à propos de la récente convocation de Jean-Pierre Raffarin devant le conseil de LR par Laurent Wauquiez, mettait en garde son parti : « Je ne suis pas sûr que ce soit génial de jeter l’anathème sur des personnes plus centristes qui sont consubstantielles de notre famille politique sinon on se rabougrit. »

A propos de la tribune pour l’Europe : « Une renaissance européenne » publiée ce mardi dans plusieurs médias de l’Union européenne par Emmanuel Macron, il a déclaré : « Quand j’ai lu cette tribune, je me suis dit que c’est ma famille politique qui aurait dû l’écrire ». Et d’ajouter : « Je suis sorti de la politique politicienne au sens du commentaire quotidien. J’aurais signé cette tribune car elle correspond exactement à mes convictions européennes et ce sont normalement les convictions de mon parti politique. »

Venant de Jean-François Copé, ancien secrétaire-général puis président du parti pendant plus de 5 ans, c’est peu dire de l’état de décomposition de LR.

Pour nombre d’électeur du centre-droit, après 30 années d’immobilisme, la priorité est aujourd’hui de reconstruire et moderniser la France, plutôt que de soutenir une formation politique qui a abandonné ses valeurs humanistes et européennes pour tenter de surfer sur la vague de populisme qui sévit en Europe. Le repli nationaliste de LR est suicidaire pour elle-même et le pays tout entier.

Manifestement, les dirigeants de LR ont oublié que nombre d’électeurs parmi les plus modérés, votent d’abord en fonction de l’intérêt du pays et non d’intérêts personnels ou partisans !

Les atouts de la France résident dans son appartenance à l’Union européenne qu’il faut aujourd’hui renforcer en la rendant plus transparente et démocratique. Tout autre discours n’est que mensonge et mystification.

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