Dominique Wolton : « Aujourd’hui, on tend le micro à n’importe qui !

17 décembre 2018

Extrait de l’interview de Dominique Wolton au quotidien le Télégramme de Brest du 15/12/2018 – L’article original publié par le Télégramme de Brest

Directeur de recherches au CNRS et spécialiste des médias, Dominique Wolton déplore l’abandon d’une information réfléchie et maîtrisée au profit des réseaux sociaux et des chaînes d’information continue.

Le Télégramme : Une majorité de Français estime que les chaînes d’info continue ont contribué à l’embrasement du pays. Partagez-vous ce ressenti ?

Ce qui est frappant, c’est que les médias comme la classe dirigeante n’ont rien dit de critique sur le mouvement. Ils nous ont assommés, durant des années, d’obligations, de modernité et d’arrogance et quand le peuple se révolte, tout le monde se tait… Les journalistes des chaînes d’information continue – il n’y a pas qu’eux – tendent leur micro sans beaucoup de sens critique, et les politiques attendent le dialogue. Ils n’ont pas écouté durant des dizaines d’années et maintenant, tout le monde passe son temps à écouter ! Les chaînes d’info continue et les réseaux sociaux dramatisent tout, sans contexte et sans mise en perspective. Or, on sait que plus on est proche de l’événement, plus on est tyrannisé par cet événement. C’est contradictoire avec le sens de l’information. Ce n’est donc plus de l’information mais du voyeurisme et de l’angoisse. Donc oui, cela accentue les problèmes. Les chaînes d’information et les réseaux sociaux sont devenus le couple maudit. L’enfer est pavé de bonnes intentions.

Le Télégramme : Les journalistes ne peuvent pas ignorer les réseaux sociaux ?

Depuis dix ans, on entend des journalistes vanter les réseaux sociaux en disant que c’est l’expression de la vérité. C’est faux ! L’expression n’est pas synonyme de la vérité. Ce n’est pas parce que les gens racontent leur vie sur internet que c’est la vérité. Et si tout le monde s’exprime, qui écoute ? À terme, en suivant ce raisonnement, on n’aura plus de journalistes, plus de professeurs et plus d’hommes politiques. Tous les intermédiaires deviennent suspects. Il suffira d’écouter les gens pour connaître la vérité. La démission des journalistes vis-à-vis des réseaux sociaux est accentuée par cette crise. Ils se transforment en passeur de plats…

Le Télégramme : Les chaînes d’info ont pourtant battu tous les records d’audience…

Les responsables de chaînes, qui se gargarisent de leur excellente audience grâce aux gilets jaunes, ont oublié une chose élémentaire : ce n’est pas parce qu’on est voyeur – et nous le sommes tous plus ou moins – qu’on adhère à ce que l’on voit. Si on veut sauver les médias, il faut qu’ils cessent cette course à l’audience et qu’ils arrêtent de valider le fait que toute bêtise dite sur les réseaux est géniale !

Le Télégramme : Peut-on parler de démagogie ?

La démagogie, c’est de croire que la société en directe est possible… Aujourd’hui, on tend le micro à n’importe qui, qui dit n’importe quoi dans la rue. Oui à l’expression à condition de ne pas la confondre avec l’information… Et la colère ne justifie pas que l’on dise n’importe quoi d’une personne élue. Les médias sont capables de tout pour augmenter leur audience. Et pour meubler l’antenne des heures durant, chaque chaîne a sa pléthore de soi-disant spécialistes.

Le Télégramme : Mais vos collègues chercheurs ne sont pas les derniers à y participer…

Ils se « pipolisent ! ». J’estime que l’on doit pouvoir refuser de faire des émissions où l’on se retrouve à quatre ou cinq sur un plateau avec chacun trois minutes de parole. On ne peut rien dire ! … Même des intellectuels chercheurs sont gagnés par la sensation qu’il est important d’être vu à la télé. Oui, à condition d’avoir autre chose à dire qu’un commentaire que le journaliste peut très bien faire…

Le Télégramme : Y a-t-il une distorsion entre médias et réalité ?

L’événement n’est pas l’information. Le journaliste doit prendre du temps pour choisir et réfléchir au sujet qu’il va traiter. C’est ce travail entre l’événement et la production de l’information qui fait la grandeur du métier… Et il ne faut pas perdre de vue que certains acteurs ont bien compris comment faire venir les médias sur un événement peu représentatif… Autre exemple grave : les médias ne couvrent pas l’Europe, au prétexte que cela n’intéresse pas les gens. Ce à quoi il faut répondre : l’information, ce n’est pas la demande mais l’offre, et il n’y a pas de demande parce qu’il n’y a pas d’offre… L’absence d’information régulière, abondante, contradictoire sur l’Europe est grave, parce que c’est la plus grande utopie politique, pacifique et démocratique de l’histoire de l’humanité. Il y a une absence de réflexions des journalistes à l’heure de l’explosion de l’information qui est grave…

Le Télégramme : Journaliste, réseaux sociaux, qui influence qui ?

Les réseaux sociaux n’influencent pas l’opinion. Ils influencent ceux qui les suivent. Même s’il y en a deux millions, il ne faut jamais oublier que nous sommes plus de 60 millions ! La presse écrite est en difficulté, mais je suis persuadé qu’elle va repartir… Nous aurons forcément un point de non-retour, par rapport à cette folie de la vitesse et du direct, un balancier, qui sera favorable à la presse écrite et au papier. La fascination pour les techniques est excessive et on a confondu performance technique et démocratie…

© Le Télégramme https://www.letelegramme.fr/france/dominique-wolton-aujourd-hui-on-tend-le-micro-a-n-importe-qui-15-12-2018-12161988.php#ajWJVRe88gRUwKOs.99

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Il faut remonter à la fin du XIXe siècle et à sa première parution sous le nom de La Dépêche, pour se rendre compte de l’extraordinaire parcours du Télégramme. Hier quotidien local, il est aujourd’hui un groupe international et toujours indépendant. Réactif et innovant, le Groupe Télégramme progresse sur tous les horizons de la communication : multimédia (presse, télévision, internet), services aux entreprises et événementiel.

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Rodez : Un budget primitif 2019 qui s’inscrit dans la continuité

17 décembre 2018

A un peu moins d’un an des prochaines élections municipales, dans la lignée des dernières années, la majorité municipale de Rodez a adopté son budget primitif 2019.

Le budget principal :

Le budget primitif principal 2019 s’établit à 41 323 000 € en baisse de 2.52% par rapport au précédent, dont 29 888 000 € pour la section de fonctionnement et 11 435 000 € pour la section investissement.

Les dépenses de fonctionnement à 29 888 000 € devraient baisser de l’ordre de 3% par rapport à 2018 ; y compris les charges de personnel prévues en baisse de 4.16%.

Les dépenses d’investissements à 11 435 000 € se maintiennent à un niveau élevé et devraient permettre à la municipalité d’engager d’importants chantiers souvent différés ces dernières années. Parmi ceux prévus en 2019, on peut citer : la remise à niveau du stade Paul Lignon, la rénovation de la place et du parking Foch, l’aménagement de la place de la Cité, la fin de l’aménagement de l’avenue Victor Hugo, l’aménagement de l’avenue Tarayre et du carrefour St Cyrice, la poursuite de la réfection de la voirie et de nombreux autres travaux…

Le financement de ces lourds investissements devrait se faire au moyen de ressources propres, sans recourir à l’emprunt.

La capacité d’autofinancement nette (après remboursement de la dette et assimilé) s’élève à 5 203 000 €, un niveau qui reste très satisfaisant pour la ville de Rodez.

Les budgets annexes

Les principaux budgets annexes primitifs s’élèvent à 7 265 000 € et concernent :

• Service de l’eau : 3 012 000 € dont 2 417 000 € en exploitation et 595 000 € en investissement
• Cuisine centrale : 855 000 € dont 825 000 € en fonctionnement et 30 000 € en investissements
• Parcs de stationnement : 3 331 000 € dont 1 601 000 € en exploitation et 1 730 000 € en investissements.

L’évolution de la dette 

L’encours de la dette du budget principal s’affiche toujours à la baisse à 11 300 000 € au 01/01/2019 ; une baisse qui devrait se poursuivre pour s’établir aux alentours de 10 millions d’euros à fin 2019, dans la mesure où aucun emprunt ne sera souscrit en cours d’année. La dette consolidée, incluant les budgets annexes, devrait elle aussi atteindre son plus bas niveau à 12 772 000 € à fin 2019.

La fiscalité locale 

Enfin, après une baisse de 5% de la taxe foncière sur les propriétés bâties en 2018, les taux d’imposition de la fiscalité locale resteront inchangés en 2019 ; soit 16.38% pour la taxe d’habitation et 27.49% pour la taxe foncière sur les propriétés bâties. Des taux parmi les plus bas de la région Occitanie.

Au final, un budget rigoureux qui fait la part belle aux investissements et préserve l’avenir. Qui s’en plaindra ?

 

Petits commentaires de RodezNews sur le budget primitif 2019 de Rodez

La poursuite de l’effort de maitrise des dépenses de fonctionnement par la municipalité, avec une baisse de l’ordre de 3% en 2019, doit être notée en ces temps où nombre de municipalités laissent filer les dépenses. Compte-tenu des nombreuses incertitudes qui planent sur les finances de l’Etat et des collectivités, qu’il s’agisse de la compensation liée à la suppression de la taxe d’habitation ou de la réforme de la fiscalité locale prévue en 2019, la prudence doit être de mise pour les collectivités locales sous peine d’un réveil douloureux dans quelques années. C’est ici que se mesure une bonne gestion permettant de faire face aux incertitudes à venir.

Le principal reproche qui peut être fait à la municipalité (sujet sur lequel les opposants n’ont pas manqué de s’exprimer) est le retard relativement important pris dans la réalisation d’un certain nombre de grands chantiers structurants pour la ville (place de la cité, place et parking Foch, rue Béteille, avenue Tarayre…). Pour sa défense, la municipalité a mis en avant de nombreuses contraintes et contre-temps qui ont différé la plupart de ces chantiers. Par-delà les réelles difficultés inerrantes à de tels chantiers situés en centre-ville, il y a aussi probablement une forme d’inertie et de lenteur à faire avancer les projets que rencontrent nombre de municipalités. De tels retards se retrouvent d’ailleurs dans de nombreuses municipalités qui ont tendance à réaliser leurs gros investissements en fin de mandat. Au final, il est probable que l’agenda électoral (élections municipales en mars 2020) n’y est pas totalement étranger et la municipalité de Rodez ne fait pas exception.

Mais l’essentiel est que ces projets essentiels pour la ville soient réalisés dans les meilleures conditions et dans des délais raisonnables, que ce soit en 2019 ou 2020. A moins de 15 mois des élections municipales, il y a tout lieu de penser que le nouvel agenda sera respecté.

En raison du non recours à l’emprunt et des remboursements anticipés d’emprunts, l’encours de la dette de Rodez au cours des dernières années devrait s’afficher aux alentours de 12 772 000 € à fin 2019 (dette consolidée comprenant les budgets annexes). Ce qui en fait l’une des plus basses des villes comparables au plan national ; ce dont le maire de Rodez ne manque pas de se targuer non sans raisons. Une réalité bien difficile à contester qui permet à la ville de disposer de réelles marges de manoeuvre pour des investissements futurs. Et Dieu sait qu’il y a encore à faire à Rodez !

Le niveau de la dette serait-il devenu une obsession du maire de Rodez comme l’affirment certains opposants ? Peut-être, mais après tout, n’est-ce pas là la marque d’une saine gestion dès lors que les investissements, malgré les retards, sont restés à un niveau élevé ces dernières années ? Il faut bien reconnaître que cette situation financière saine demeure fort enviable en ces temps de difficultés budgétaires. Ceci permet à Rodez de regarder l’avenir avec confiance, surtout si l’on se rappelle que la dette consolidée à l’issue du dernier mandat en 2013 avait explosé à 32 000 000 €. Que de chemin parcouru en 5 années ! Pourquoi s’en plaindre ?

Corrélativement, l’effort de maîtrise des dépenses de fonctionnement et de réduction de la dette permet à la ville de doper son épargne nette qui se maintient à un niveau relativement élevé ; permettant d’autofinancer l’essentiels des investissements courants.

Enfin, contrairement à une idée faussement répandue, la fiscalité locale à Rodez reste modérée au regard des villes comparables de la région. Ainsi, le taux de la taxe foncière sur les propriétés bâties est aujourd’hui le plus bas des villes de la strate d’Occitanie (villes de 20 000 h à 50 000 h). Il varie de 27.49% pour Rodez, 29.38% pour Albi, 30% pour Montauban, mais 38.25% pour Cahors, 41.07% pour Carcassonne et 44.07% pour Auch. Difficile de faire mieux !

La taxe d’habitation, qui devrait être totalement supprimée dés 2021, n’a pas été augmentée depuis des décennies et se situe actuellement à 16.38%, après une baisse des taux obtenue par la suppression de l’abattement général à la base. Son taux actuel se situe dans la moyenne basse de la région (15.64% à Albi, 15.94% à Carcassonne, 16.55% à Cahors, 17.39% à Auch, 17.83% à Castres et 21.78% à Tarbes).

Alors budget électoraliste ? Une chose est sûre, il s’inscrit dans la continuité. Force est de reconnaître que la situation financière de la ville de Rodez est aujourd’hui saine et enviable. Si critiques il y a (il y a probablement à dire sur certains sujets), elles pourront difficilement porter sur la gestion financière de la ville !