France : Orange confronté à l’accélération de la dégradation de son réseau téléphonique de cuivre

Ces dernières années, de plus en plus d’usagers du réseau cuivre d’Orange, l’opérateur historique délégataire du service universel de téléphonie, sont confrontés à la vétusté du réseau et doivent subir épisodiquement des coupures de leur ligne fixe pouvant aller de plusieurs jours à plusieurs semaines.

Ceci est d’autant plus dommageable que l’ensemble des clients, y compris ceux qui ne sont pas clients d’Orange, doivent en supporter les conséquences. Outre la téléphonie fixe, c’est surtout l’accès internet via ADSL qui est ainsi régulièrement coupé avec des pannes à répétition que les techniciens Orange ou plus généralement ses sous-traitants, paraissent parfois incapables d’identifier avec précision. Nombre de coupures ne sont d’ailleurs réparées qu’après plusieurs interventions sur le terrain, générant régulièrement d’autres coupures ailleurs ; ce qui a pour conséquence d’exaspérer les usagers, notamment en zone rurale, eux qui doivent rester de longues journées sans connexion téléphonique ou ADSL.

La vétusté du réseau de cuivre Orange en accusation

La qualité de service du vieux réseau téléphonique de cuivre qui date des années 1970 devient un véritable sujet de préoccupation. Le président d’Orange Stéphane Richard a d’ailleurs récemment reconnu devant le Parlement les difficultés : « Il y a eu une dégradation incontestable ces derniers mois de la qualité du réseau cuivre ». En cause, des vols de cuivre mais aussi et surtout les nombreuses et importantes intempéries des dernières années ainsi que la vétusté du réseau. A cela, s’ajoute le fait que ce vieux réseau ne semble plus une priorité pour l’opérateur historique qui mise d’abord sur la fibre et la 4G/5G pour moderniser son réseau alors que le cuivre est en fin de vie.

Stéphane Richard a ainsi rappelé que : « L’essentiel de ce réseau a été construit entre 1976 et 1978. Aujourd’hui, cela représente 30 millions de paires de cuivre, 21 000 nœuds de raccordement, 1 million de kilomètres d’artères, qui sont pour moitié en souterrain et pour moitié en aérien, et 15 millions de poteaux« . C’est dire l’ampleur de la tache pour Orange.

Cet aveu d’impuissance d’Orange est insupportable pour que nombreux usagers qui n’ont d’autres choix que d’utiliser son vieux réseau de cuivre en l’absence de fibre ou de 4G. Le réseau cuivre concerne en effet à la fois les abonnés ADSL d’Orange mais aussi ceux de Bouygues Telecom, Free et SFR.

En contrepartie de l’utilisation du réseau d’Orange, ces mêmes opérateurs versent une redevance à Orange pour chaque client au titre du dégroupage, fixée par l’ARCEP à 9,31 euros par abonné et par mois. Outre 1,5 milliard d’euros Orange par an à ce titre, Orange perçoit également la même somme provenant de l’abonnement à une ligne RTC de ses clients. Au total, Orange encaisserait annuellement près de 3 milliards d’euros au titre du service universel et notamment des frais de maintenance et de modernisation du réseau de cuivre. Là où le bât blesse, c’est qu’Orange déclare ne consacrer que 500 millions d’euros seulement par an à l’entretien du réseau.

Pour les opérateurs téléphoniques et internet concurrents, cette somme est très insuffisante et explique en grande partie la rapide détérioration de la qualité du réseau de cuivre avec les nombreuses pannes à répétition auxquelles s’ajoutent des délais d’intervention souvent très longs.

Ce sous-investissement d’Orange dans le réseau cuivre est d’autant plus pénalisant que 29 millions de foyers sont connectés à internet uniquement via l’ADSL. Le réseau de cuivre constitue encore un passage obligé pour l’essentiel des clients, tous opérateurs confondus. Plus grave, ce sont souvent les zones rurales qui sont les plus touchées par les pannes du fait que le fil de cuivre est généralement aérien et se trouve très exposé aux intempéries, alors même que ces zones ne sont pas nécessairement couvertes par la 4G qui permettrait une alternative.

Le constat est d’autant plus alarmant que le réseau de cuivre doit rester en service durant encore 10 à 15 ans à minima. De nombreux élus montent d’ailleurs très régulièrement au créneau pour dénoncer cette situation et des investissements insuffisants de la part d’Orange. Selon eux, l’opérateur public ne pratique plus que du rafistolage au jour le jour pour tenter de réparer les pannes les plus urgentes, avec des investissements à minima. Aujourd’hui, le réseau de cuivre est à bout de souffle et il sera difficile de le maintenir à ce niveau sans investissements conséquents.

Orange doit relever le défi de maintenir opérationnel son vieux réseau de cuivre pendant encore 10 à 15 ans

Seulement 4 millions de foyers sont connectés à internet via la fibre et il va falloir attendre plus de 5 à 10 ans avant qu’une bonne partie du pays soit enfin fibré et échappe du vieux fil de cuivre. Sans oublier qu’à terme, il est toutefois peu probable que l’ensemble du pays, et notamment les zones rurales éparses, puissent prétendre un jour à la fibre en raison du coût élevé de son déploiement.

Fin 2017, l’ARCEP a finalement renouvelé à Orange sa délégation de service universel. A ce titre, l’opérateur se doit d’offrir à tous les usagers du pays, où qu’ils soient, un accès de qualité au téléphone et à l’internet. Or, force est aujourd’hui de constater que les engagements pris sont de moins en moins respectés. Conscient de l’ampleur des problèmes rencontrés par de nombreux abonnés, le régulateur a demandé au gouvernement de renforcer les indicateurs de qualité des prestations de service universel d’Orange.

Face à cette dégradation du réseau de cuivre, les concurrents de l’opérateur historique espèrent obtenir une baisse des tarifs de dégroupage. Comment ne pas le comprendre, eux qui en dépit de leur contribution au service public, sont aussi pénalisés par la vétusté du réseau Orange et doivent supporter le mécontentement de leurs clients, sans avoir de réels moyens d’intervenir puisque c’est le réseau Orange ? Bouygues, Free et SFR sont très préoccupés par une situation qui se dégrade de jours en jours. Ces derniers viennent une nouvelle fois de monter au créneau en accusant publiquement Orange de ne plus entretenir son réseau ADSL : « Nous achetons une prestation et attendons un maintien de la qualité », comme l’a rapporté récemment le journal Le Figaro.

L’ensemble des FAI subissent en effet les conséquences de la dégradation du réseau de cuivre, tout en se livrant à une guerre commerciale sans merci pour gagner des nouveaux abonnés. Mais à quel prix ? La baisse de la qualité de service leur est d’autant plus préjudiciable qu’elle est souvent localisée dans les zones peu denses où, pas plus qu’Orange que ces mêmes opérateurs, ne sont pas en mesure d’offrir la fibre ou de 4G. Aucune alternative possible donc pour de nombreux clients ruraux.

De leur côté, les pouvoirs publics marchent sur des œufs et ont leur part de responsabilité. Ils exigent à la fois des connexions à Internet de qualité avec du très haut débit et un déploiement rapide de la fibre, avec pour objectif 100 % des foyers raccordés en 2025 au plus tard. Le tout au meilleur prix pour le client. Des objectifs pour le moins contradictoires pour les opérateurs qui doivent en même temps investir des sommes colossales dans le déploiement de la fibre (rappelons qu’Orange finance une part très importante de ce réseau en fibre) mais aussi la 4G pour couvrir l’ensemble du territoire au plus vite, alors que pointe déjà la 5G qui va également nécessiter de lourds investissements dès la fin 2019, début 2020.

A ce rythme, sans parler de l’achat des licences 5G l’an prochain, pas sûr que quatre opérateurs fibre et mobile puissent subsister longtemps en France !

Si les français ont la chance de disposer des tarifs de téléphonie mobile et de fibre parmi les moins onéreux du monde ; n’oublions pas que cela a un coût pour les opérateurs. Celui-ci se répercute nécessairement sur la qualité des investissements, de l’entretien et par voie de conséquence, sur la longévité et la performance des infrastructures. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre !

Prise de position de l’ARCEP : Face à la dégradation constatée, dans un communiqué du mardi 23 octobre, l’ARCEP a mis en demeure Orange de respecter son obligation de qualité de service en tant qu’opérateur du service universel. Cette décision, assortie d’objectifs trimestriels à respecter pour “permettre une amélioration rapide de la situation”, a été prise à la suite du signalement par “de nombreux utilisateurs et collectivités territoriales (…) d’une dégradation progressive et significative de la qualité de service en matière de téléphonie fixe”.

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