France : Les points faibles du système de santé français

Durant des décennies, les français ont prétendu avoir l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur système de santé au monde. Malheureusement, depuis maintenant une dizaine d’année, force est de constater qu’il n’en est rien. En effet, en l’espace d’une dizaine d’année, les français peuvent apprécier quotidiennement de l’état de délabrement de notre système de santé, tant au niveau des soins que de son financement.

Hôpitaux surchargés avec liste d’attente, difficultés à recruter certains spécialistes, personnels infirmiers insuffisants et sous pression permanente… La médecine de ville n’est hélas guère mieux lotie : non remplacement de nombreux médecins partis à la retraite, généralistes et spécialistes en nombres insuffisants, salles d’attente bondées, délais d’obtention d’un rendez-vous de plusieurs mois…

Le diagnostic sans concession de l’OCDE

Dans son panorama de la santé de 2017 en France, publié courant novembre dernier, l’OCDE pointe certains travers persistants du système de santé alors que les dépenses par habitant y sont pourtant de 15% supérieure à la moyenne des pays membres de l’organisation.

La France a pris du retard et de nombreux efforts restent à faire pour progresser dans de nombreux domaines, notamment la lutte contre les addictions. Avec 12 litres par habitant et par an, la France est ainsi nettement au-dessus de la moyenne en matière de consommation d’alcool, devant l’Allemagne 11 litres, le Royaume-Uni 9.5 litres et l’Espagne 9.2 litres. S’agissant de l’autre fléau qu’est le tabac, la situation n’est pas meilleure avec 22.5% des plus de 15 ans qui fument contre 18% en moyenne dans l’OCDE. Pour y remédier, le gouvernement français a récemment décidé d’augmenter fortement le prix du tabac d’ici à 2020. Cela suffira-t-il ?

Enfin les français et les adolescents en particulier, ne pratiquent pas assez régulièrement une activité physique ; ce qui accentue les risques en matière de santé publique. IL faut cependant relativiser, avec seulement 17% de la population ayant un IMC (indice de masse corporelle) supérieur à 30, la population française présente sensiblement moins de risques qu’aux Etats-Unis (38%), au Royaume-Uni (27%) ou en Allemagne (23%). La France doit donc poursuivre ses efforts en ce domaine.

La défiance des français envers les vaccins reste également très forte, raison pour laquelle le gouvernement français va dorénavant rendre obligatoire certains d’entre eux dès 2018, surtout pour les moins de 2 ans. Ce sera le cas de la vaccination contre la rougeole qui reste inférieure aux autres pays.

Autre inquiétude, l’utilisation trop systématique des antibiotiques. En ce domaine, la France reste en effet le mauvais élève avec une utilisation supérieure de près de 50% à la moyenne des pays de l’OCDE. Ce qui accroît considérablement le risque de résistance à l’avenir et pourrait constituer demain un vrai problème de santé publique. Quant-au recours aux médicaments génériques, il plafonne à moins de 30% contre 52% pour la moyenne des pays de l’OCDE.

Enfin, même si des progrès importants ont été réalisés ces dernières années dans les hôpitaux, la France reste à la traîne des pays développés concernant le développement de la chirurgie ambulatoire (hospitalisation de jour, sans nuit sur place), beaucoup moins coûteuse et tout aussi efficace.

Le coût de la santé en France reste important, pour des résultats insuffisants

La France consacre prés de 12% de son PIB pour ses dépenses de santé, ce qui constitue un budget très important. La moyenne des pays de l’OCDE est de 9.5% du PIB seulement. Parmi les pays les plus généreux en matière de santé, on trouve en % du PIB : les Pays-Bas (12%), l’Allemagne (11.6%), la Suisse (11.4%), le Royaume-Uni (9.8%). Les dépenses de santé recouvrent les soins, les médicaments, les frais d’hospitalisation… qui sont financés, soit par des fonds publics (impôts et cotisations sociales) ; soit par des fonds privés (assurances, mutuelles et malades).

Les professionnels de santé sont environ un million. En 2016, on recensait ainsi 210 000 médecins, 480 000 infirmières, 42 000 dentistes, 75 000 pharmaciens et plus de 150 000 auxiliaires médicaux. Mais les financements ne suivent pas les dépenses ; ce qui génère un déficit annuel de l’assurance-maladie de l’ordre de 10 milliards d’euros.

L’autre mal français est le niveau élevé de consommation des médicaments (+ 40 % par rapport à la moyenne de l’OCDE), notamment des médicaments récents et coûteux avec moins de génériques. Une évolution que les Pouvoirs-Publics n’ont toujours pas été en mesure d’endiguer en dépit de maintes campagnes de sensibilisation des patients et des médecins.

Contrairement à la plupart des pays de l’OCDE, les français restent cependant des privilégiés au regard du reste à charge modéré en matière de santé. Avec un taux moyen de seulement 7%, il reste le moins élevé des pays de l’OCDE (taux de 20% en moyenne). De fait, ce faible coût à charge des soins facilite grandement le recours aux soins. C’est une réalité française d’autant plus vraie que pour les populations à faibles revenus ou les plus fragiles, la prise en charge est généralement totale via la CMU.

La France est aussi l’un de rares pays où l’assurance santé, plus généralement les assurances complémentaires santé, prennent en charge une part plus ou moins importante de frais coûteux que sont les lunettes, les soins auditifs et dentaires. Dans de nombreux pays, ce type de dépense est rarement pris en charge. A noter que M. Emmanuel Macron, le nouveau président français a promis un reste à charge de zéro sur les dépenses de prothèses dentaires, auditives et de lunettes d’ici 2022. Ce qui ne va pas manquer de détériorer un peu plus le financement des dépenses de santé déjà très déficitaires.

Dans ce contexte, les déficits de plus en plus importants et récurrents de l’assurance-maladie sont sources d’inquiétude et suscitent des interrogations concernant le financement de l’une des composantes essentielles de l’État-providence français. Compte-tenu du niveau élevé des dépenses de santé en France, il est probable que dans les années à venir les assurances privées seront de plus en plus sollicitées pour assurer l’équilibre des dépenses.

Des progrès importants restent à réaliser par la France notamment en matière d’automédication qui représente moins de 15% des ventes de médicaments contre plus de 50% en Allemagne ou au Royaume-Uni. En effet, de nombreuses pathologies bénignes devraient pourvoir être traitées directement par les pharmaciens plutôt que par les médecins ou les urgences à conditions toutefois de lever nombre de restrictions sur certains médicaments qui devraient être en vente libre et non remboursés.

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