France : Limiter la vitesse à 80 km/h sur les routes pour sauver un maximum de vies

Fidèle à ses engagements, le gouvernement d’Edouard Philippe a présenté le 09 janvier 2018 au Comité interministériel de sécurité routière (CISR) les prochaines propositions de son gouvernement pour faire baisser significativement le nombre de victimes d’accidents de la route. La mesure phare de ce projet concerne la limitation de la vitesse de 90 km/h à 80 km/h sur les axes nationaux et départementaux, bidirectionnels sans séparateur médian.

Rien de bien surprenant à cela lorsque l’on connaît le piètre bilan des accidents de la route en France. A l’exception de l’année 2013 qui avait connu le plus faible nombre de victimes d’accident de la route avec 3 268 tués, le bilan n’a eu de cesse de se dégrader, preuve s’il en est du manque de volonté politique à faire respecter la loi sur les routes. Force est de constater que ces dernières années, les contrôles routiers ont été réduits à la portion congrue et ne n’ont pas été la priorité des gouvernements de M. Hollande.

Sous l’impulsion des divers gouvernements depuis 1996, le nombre de tués par accident de la route avait en effet connu une baisse importante passant de 8 000 par an à moins de 4 000 en 2012. Pour ce faire, les gouvernements avaient alors fait de la lutte contre les accidents de la route une réelle priorité avec une véritable politique répressive visant à faire respecter les limitations de vitesse par les conducteurs récalcitrants, grâce notamment à la mise en place des radars automatiques. En ce domaine, comme dans d’autres, on sait en effet que le moyen le plus efficace de lutter contre l’insécurité sur les routes est d’accentuer les contrôles et de sanctionner plus lourdement les infractions au code de la route. Bien qu’impopulaires, ces mesures courageuses de bon sens avaient permis de faire baisser de manière importante le nombre de morts sur les routes.

La preuve de leur efficacité a ainsi été apportée, en France, comme dans la plupart des pays. On le sait : il faut une réelle volonté politique pour s’attaquer au fléau des morts sur nos routes et rester ferme et déterminé face aux divers lobbys automobiles très influents. Depuis 2012, les automobilistes n’ont pas manqué de noter un relâchement des contrôles routiers et ont peu à peu repris leurs mauvaises habitudes (excès de vitesse de plus en plus fréquents, dépassements dangereux, téléphone en conduisant, prise d’alcool au volant, absence de clignotant…). Cette augmentation des incivilités sur les routes du fait de moindres contrôles de police et de gendarmerie est à l’origine d’une sensible augmentation du nombre de victimes sur les routes.

Rappelons que conformément aux orientations données par les Nations unies et l’Union européenne ces dernières années, les gouvernements français s’étaient fixés pour objectif de faire baisser le nombre de morts sur les routes sous la barre des 2 000 à l’horizon 2020. A moins de deux ans de l’échéance, avec près de 3 500 tués, il est clair que la France ne respectera pas cet engagement alors qu’un peu partout en Europe, le nombre de victimes de la route ne cesse de baisser.

Pourquoi la France continuerait-elle d’être le mauvais élève de l’Europe et accepterait-elle qu’un nombre important de personnes, dont de nombreux jeunes, soient tuées sur ses routes ? Le gouvernement d’Edouard Philippe a pris le problème à bras le corps et semble aujourd’hui déterminé à s’attaquer à ce fléau pour le moins indigne d’un pays qui se dit développé ! Comment accepter qu’autant de personnes continuent d’être tuées du fait du comportement irresponsable et dangereux d’une minorité d’automobilistes qui refusent de respecter le code de la route ?

Pour une fois, le courage politique l’a finalement emporté face aux lobbies et à une majorité de français hostiles à toute répression sur les routes. La liberté ne saurait en effet constituer une autorisation de tuer son prochain ! Et contrairement à ce qu’affirment certains automobilistes de mauvaise foi, rouler un peu moins vite ne veut pas dire qu’il y aura plus de ralentissements ou de bouchons ; bien au contraire cela devrait fluidifier le trafic routier sans que les temps de transport en soient pour autant allongés, du moins pour les trajets locaux. Pour les longs trajets, il reste les autoroutes et autres voies rapides dont les chaussées disposent d’un séparateur central qui ne sont pas concernées par cette limitation, sans oublier les transports en commun.

Que comptent quelques heures perdues dans une vie au regard des nombreuses victimes qui y ont trouvés la mort du fait de l’irresponsabilité de quelques automobilistes ? Depuis des décennies, la Sécurité routière, comme la Ligue contre la violence routière ou la Prévention routière ne cessent de rappeler que la vitesse reste la principale cause de mortalité et constitue toujours un facteur aggravant dans la majorité des accidents.

La plupart des experts en accidentologie sont d’accord pour affirmer que baisser la limitation de vitesse de 90 km/h à 80 km/h sur les routes à deux ou trois voies non séparées permettrait de sauver entre 300 et 400 vies par an au minimum. Ceci est confirmé par les résultats de l’expérimentation menée entre juillet 2015 et juillet 2017 sur 81 km de routes nationales et départementales dans quatre départements sur cette nouvelle limitation : « La vitesse moyenne a baissé d’environ 7% et l’accidentalité a connu une réduction de 25%, avec 50% de tués en mois : 3 morts contre 6 l’année précédente.» Qui peut encore raisonnablement contester le fait que diminuer la vitesse réduit automatiquement et significativement le nombre de victimes de la route ?

Même avec un des meilleurs réseaux routiers au monde, y compris sur les voies secondaires avec la présence de très nombreux ronds-points (record du monde) qui sécurisent les intersections, la France reste l’un des pays occidentaux qui a le plus grand nombre de morts sur ses routes. Mais contrairement à bien des pays, les contrôles routiers en France restent peu nombreux et peu redoutés des automobilistes qui prennent de plus de plus de liberté avec le code de la route. Comme dans d’autres domaines, il n’est que temps que l’Etat face là aussi respecter la loi sur nos routes.

Au-delà des terribles drames familiaux provoqués par les accidents de la route, dont rappelons-le la majorité des victimes sont totalement innocentes, la baisse de la mortalité au volant constitue un enjeu économique majeur. En 2016, l’insécurité routière aurait coûté plus de 50 milliards d’euros à la collectivité, soit 2.20% du PIB contre seulement 1.5% pour l’Allemagne et la plupart des pays de l’Union européenne.

Avec ce projet de loi relatif à la sécurité routière, le gouvernement fait ici preuve de courage et d’ambition pour sauver le plus de vies sur nos routes, même si cela doit se faire contre l’avis des automobilistes eux-mêmes. Outre la vitesse excessive, le projet vise également à réprimer plus lourdement les conducteurs qui continuent à braver l’interdiction de téléphoner en conduisant ou qui conduisent sous l’emprise de l’alcools ou de drogues, mais également en protégeant davantage les usagers vulnérables que sont les piétons et les cyclistes.

Un projet de loi sera prochainement présenté en ce sens pour une entrée en application au 1er juillet 2018.

On ne peut donc que se féliciter de cette décision en espérant qu’elle sera suivie d’autres, tout aussi spectaculaires et impopulaires comme l’interdiction à la circulation des véhicules diésel de plus de 10 ans qui contribue grandement à la pollution atmosphérique qui ferait près de 45 000 morts en France.  Rappelons que les véhicules diésels émettent des oxydes d’azote (NOx), mais aussi les dangereux dioxydes d’azote (NO2) qui s’attaquent aux voies respiratoires ainsi que nombre de particules fines toxiques pour les poumons et reconnues comme cancérigène par l’OMS depuis 2012.

En quelques années seulement, la ville de Pékin a ainsi retrouvé un niveau de pollution atmosphérique acceptable en matière de santé publique, notamment du fait de l’interdiction pure et simple des véhicules les plus polluants. Pourquoi la France en serait-elle incapable, sauf à accepter de laisser mourir autant de personnes innocentes, tout simplement parce que la mesure serait impopulaire ?

Gouverner c’est aussi défendre l’intérêt général et protéger les français contre quelques intérêts particuliers égoïstes.

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