Requiem pour Notre Dame de Bonnecombe

Communiqué de M. André Montialoux :

D’ici quelques semaines maintenant, le site de l’Abbaye de Bonnecombe sera déserté par ses derniers occupants et sera probablement fermé en suivant. Cette situation questionne, interpelle et nous invite tous à une certaine réflexion.

Les éléments ci-après donneront peut-être pour tous ceux qui méconnaissent le site et les conditions de vie des derniers occupants des informations pour nourrir leur réflexion.

Voilà 853 ans que les premiers religieux (au nombre de 12) arrivaient sur ce site boisé, offrant un relatif replat sur la rive gauche du Viaur non loin des routes du plateau, qualifié aussitôt de « bonne combe » pour y élever une abbaye.

Il en fallait du courage, de l’abnégation, de la foi et plus globalement des vertus pour faire face à autant d’ingratitude et d’adversités (la solitude des lieux, l’âpreté des saisons, la rudesse du travail de construction et le côté sauvage du sol que n’avait jamais sillonné une charrue). Toutefois ils étaient pleins d’enthousiasme et d’espérance ceux qui vinrent habiter ces lieux car ils avaient le plein assentiment et toute la reconnaissance de l’évêque de Rodez d’alors -Hugues 1er– et du monde politique représenté par son frère, Comte de Rodez.

Aujourd’hui, en contre-point de cette situation du XIIième siècle, s’agissant de l’actuelle fraternité des serviteurs du Cœur de Jésus, reconnue si tardivement, l’une des raisons majeures de leur départ est due au délaissement et à la solitude (cf l’article du journaliste de Centre Presse du 30 mai 2016).

Reprenons : dès le 3 janvier 1167 cette abbaye est consacrée à la Vierge comme le veut la règle. Pour tous les membres fondateurs livrés tour à tour à la prière, à l‘étude et au travail des mains, ils faisaient revivre les vertus d’obéissance et de renoncement en se mettant au service du plus grand nombre et notamment des plus démunis. Nul n’ignore les services rendus par les communautés monastiques pour tous ceux qui rencontraient des difficultés, passagères ou pas, avec les soins les plus charitables qui étaient toujours prodigués. Ceci était d’autant plus fort pendant les périodes de conflit ou de fléau dévastateur car ils devenaient alors un phare d’humanité. C’est ainsi que bon nombre de Rois de France prirent sous leur protection ces communautés et pour ne pas alourdir le document on ne citera que les trois derniers : Louis XII, François 1er et Henri IV.

Nous sommes à cent lieux de la situation d’aujourd’hui même dans notre Rouergue qui pourtant a tant donné à l’église il y a encore moins d’un siècle. Nulle autre terre ne vit une déchristianisation aussi vive et aussi massive que la nôtre aujourd’hui mais il restera toujours de ce site, peut-être par la disposition des lieux et plus probablement par l’âme de tous ceux qui au cours des siècles se sont donnés aux autres, un esprit par lequel il faut savoir se laisser imprégner. Même Monseigneur Vivian dont on peut lire dans un article de la Revue du Rouergue -Revue N°11 de l’automne 1987 « Vivian, un évêque de Rodez vindicatif et contesté 1247 – 1274- » avait apporté son concours en confirmant la donation de Naucelle à l’abbaye de Bonnecombe en 1252. Ceci démontre s’il en était encore utile que l’on est toujours comptable de ce que l’on fait et ceci à travers les siècles.

Traverser les siècles en effet n’est jamais simple et il faut une institution comme l’Eglise pour y parvenir car là où croît le péril croît toujours ce qui sauve selon la formule du poète Hölderlin. Les derniers religieux cisterciens ont été expulsés en 1791 au lendemain de la Révolution Française. L’abbaye est alors livrée à l’abandon et au pillage et seules ses archives seront conservées. Les bâtiments deviennent alors une carrière de choix pour les constructeurs locaux.

Garder en mémoire ces faits est un devoir, une nécessité pour ne pas rééditer de tels comportements surtout dès lors que cette abbaye ne serait plus occupée. En effet si les derniers s’en vont, c’est parce qu’elle n’est plus habitable. Voyons plutôt : qui accepterait de nos jours de vivre dans des locaux insalubres, aux toits non entretenus depuis des décennies laissant passer les intempéries dans les plafonds qui peu à peu s’effondrent sur leurs occupants avec pour conséquence un risque avéré de danger de mort pour les utilisateurs des installations électriques imprégnées d’eau ? Alors quel sens commun peut encore justifier que l’on réhabilite, dans la ville de l’évêché, un bâtiment grandiose qui peut témoigner d’une bonne santé financière du diocèse ?

Sur le plan des comportements et d’une manière anecdotique je noterai ce que nous avons vécu cet été, ma femme et moi, lors d’une journée où les visites de l’Abbaye n’avaient pas pu se tenir faute de surcharge de travail des membres de la Fraternité, incapables d’assurer ce service ce jour-là. L’un des visiteurs, manifestement frustré de ne pouvoir faire la visite de l’abbaye comme il l’entendait, avait osé retourner le panneau signalant les horaires des visites pour y écrire sa version en des termes qui ne méritent pas d’être rapportés ici tant ils étaient dénigrants pour les occupants du lieu.

Reprenons le cours de l’histoire de ce lieu chargé de foi. Ce n’est qu’en 1876, cinq ans après sa nomination, que le jeune et ardent Monseigneur Bourret racheta l’abbaye aux Houillères du bassin de Carmaux pour la réhabiliter. L’église fut restaurée dès 1891, le monastère fut rétabli en 1895 et des moines trappistes (O.C.S.O.) y restèrent jusqu’en 1965.

Depuis cette date, les évêques du diocèse de Rodez et de Vabres y ont appelé tour à tour des communautés diverses jusqu’à cette dernière Fraternité au service de l’Evangile auprès de la population environnante. Mais comment y demeurer aujourd’hui quand même la sécurité dans les espaces publics ne peut être assurée sur le site ? On peut comprendre que, face à cette situation, ils fassent le choix de suivre ceux qui les ont appelés sur d’autres terres, peut-être plus missionnaires.

N’imaginons pas cependant que la décision de partir a été facile à prendre : ni aidés, ni encouragés, ils ont en plus dû affronter des propos diffamatoires à l’égard de leur Fraternité doublés d’attaques personnelles.

Ces quelques lignes ont pour objet de donner à chacun des éléments majeurs pour conduire sa propre réflexion, une réflexion qui doit conduire à faire naître de vastes projets pour ce site que protégera contre vents et marées Notre Dame de Bonnecombe.

Certes on pourra toujours, comme l’article du 8 juin dernier dans Centre presse intitulé « Vu du ciel, l’Aveyron se dévoile », visualiser de très haut, par des drones, l’abbaye, mais on peut attendre bien plus. Bien plus aussi que les propos de Monseigneur Bellino, témoignant en ces termes dans le cadre d’une autre affaire « c’est une épine dans le pied » ; il paraît urgent aujourd’hui effectivement de l’enlever définitivement cette épine pour construire ensemble quelque chose dans cette région de France qui a cruellement besoin du réconfort de l’Evangile. Puisse que le synode du diocèse en cours aide à retrouver les voies de l’Esprit Saint.

Bonnecombe est un lieu de prière, de silence, d’approfondissement des valeurs de l’Evangile que seul le murmure du Viaur peut venir un instant perturber. Est-ce le pont du diable par lequel on accède à l’abbaye avec toutes ses légendes qui va l’emporter sur la mémoire de ce lieu empreint d’histoire et de foi depuis des siècles ?

Non, seulement deux questions taraudent aujourd’hui les chrétiens que nous sommes, désireux que ce lieu soit respecté et transmis aux générations futures dans l’essence première de ceux qui l’ont fait naître et de tous ceux qui ont tout donné de leur personne pour le faire vivre jusqu’en 2016 dans la fidélité à l’enseignement de l’Evangile.

Qu’a fait l’actuel évêque pour retenir ses derniers occupants ?

Quels sont aujourd’hui ses projets pour sauver Notre Dame de Bonnecombe de l’oubli ?

André Montialoux

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