Rodez : Plaidoyer pour la biodiversité et la préservation du loup

Ce samedi 19 novembre se tenait à Rodez une conférence intitulée : « Loup, qui es-tu ? », organisée par le collectif Action loup, animée par Vincent Rigaux, naturaliste et spécialiste des carnivores en France venu des Hautes Alpes.

Cette conférence s’est déroulée en présence d’importantes forces de police en raison des tensions liées à la présence d’une poignée d’éleveurs de moutons de l’Aveyron et des départements voisins qui, une fois de plus, entendaient imposer leur vue lors de cette conférence dédiée au loup. Pour cela, les éleveurs n’ont pas hésité à affirmer des contre-vérités en imputant leurs difficultés à la seule présence du loup. Ce dernier ne saurait être le bouc-émissaire des difficultés des éleveurs et du pastoralisme en général. Une espèce animale ne saurait être sacrifiée pour assouvir la haine et les intérêts de quelques-uns qui s’avèrent incapables de s’adapter aux réalités d’aujourd’hui.

Revenons à notre cher loup, qui cherche simplement à retrouver la place qui est la sienne parmi les « Homo-Sapiens », l’autre grand prédateur terrestre !

L’actuel loup gris «  Canis Lupus » est apparu en France voici plus de 400 000 ans, bien antérieurement à notre espèce. Les hommes ont cohabité avec le loup jusqu’au 18ème siècle où notre pays comptait encore prés de 7 000 individus. Chassé et exterminé par les hommes, il a fini par disparaître de France vers 1930 avant de reparaître naturellement dans les années 1990 dans les Alpes du sud, en provenance d’Italie où il était protégé.

Après 25 ans de recolonisation naturelle en France, en 2015, sa population était estimée à environ 300 individus principalement installés dans le sud des Alpes et plus modestement dans le sud Massif-Central et les Pyrénées. Cette recolonisation ne représente cependant que 1 à 2% de leur ancien territoire. Les loups présents en France sont de gabarit moyen de l’ordre de 25 à 35 kg en général. La croissance de la population et son expansion géographique restent cependant limitées en raison des tirs légaux et illégaux qui fragilisent la population.

Rappelons que la protection du loup au niveau européen par la Convention de Berne en 1979, a été transcrite en droit français en 1989. Le loup est inscrit dans la directive Habitats Faune et Flore de l’Union européenne (92/43/CEE) au titre des espèces prioritaires. Raison pour laquelle la France doit veiller à la conservation de l’espèce et de ses habitats.

« Canis Lupus » fait partie des 19 carnivores présents en France. Il vit en meute de généralement 4 à 6 individus, rarement plus, sur une zone de 200 à 300 km2 qu’il défend contre les autres meutes. Il est taillé pour les longues marches et la course pour lui permettre de capturer les proies les plus diverses qui sont constituées à 80 – 90% par des ongulés sauvages : chevreuils, cerfs, chamois, bouquetins, isards, sangliers… Sans cette faune sauvage, le loup ne pourrait se maintenir dans les régions où il est présent actuellement.

Pour autant, la prédation du loup sur certains troupeaux de moutons est une réalité. La prédation attribuée au « loup non exclu », selon les chiffres officiels, serait de l’ordre de 9 000 ovins par an (soit 0.1% du cheptel français), même s’il est probable que certaines de ces prédations lui sont imputées à tort. En effet, lorsqu’il n’est pas possible d’établir la responsabilité d’un prédateur autre que le loup, comme le chien, le doute bénéficie à l’éleveur qui est indemnisé par l’Etat. On parle simplement de « loup non exclu ». Cette prédation reste pour autant marginale au regard des 500 000 ovins envoyés annuellement à l’équarrissage suite à des maladies, accidents et autres !

La prédation du loup est favorisée par le fait que de trop nombreux troupeaux sont trop souvent laissés sans gardiennage ou protection efficace. A l’inverse, la prédation des troupeaux protégés efficacement reste une exception. De nombreux exemples montrent que la cohabitation avec le loup reste possible comme en Italie et en Espagne où les loups sont bien plus nombreux, tout comme le cheptel ovin. Afin de limiter l’impact du loup sur l’élevage, l’Etat a mis en place et prend en charge une série de mesures de protection des troupeaux : salaires des bergers, clôtures, chiens de protection… L’Etat indemnise par ailleurs l’ensemble des animaux qui ont fait l’objet d’une prédation au titre du « loup non exclu ». Encore faut-il que les éleveurs adaptent leurs pratiques pastorales à la présence du loup qui est là pour longtemps car il est aussi chez lui, plutôt que de se contenter de s’opposer à sa présence !

Comme cela a été démontré un peu partout à travers le monde, le retour du loup est une chance pour la biodiversité et le développement des écosystèmes, et donc pour nous les « Homo-Sapiens. Le loup ne doit pas être le bouc-émissaire des problèmes économiques que rencontre l’élevage en France. Les pratiques pastorales doivent être adaptées à la présence des prédateurs naturels que sont le loup, l’ours, le lynx…

Gardons la raison, gardons les troupeaux… et gardons le loup qui est aussi chez lui !

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