Les enseignements des récents votes sur le Brexit et Trump

Le 09 novembre 2016 marquera, à n’en pas douter, une date importante pour le monde occidental. Donald Trump, le milliardaire populiste candidat du parti Républicain, sans aucune expérience politique, a fini par emporter haut la main l’élection présidentielle américaine face à la candidate démocrate Hillary Clinton, en déjouant tous les pronostics.

Outre la présidence, le parti Républicain emporte également la majorité du Sénat et de la Chambre des Représentant ; ce qui donnera les pleins pouvoirs à Donald Trump.

En début de la campagne, Donald Trump était considéré comme un candidat marginal n’ayant aucune chance de pouvoir représenter les Républicains, et à plus forte raison d’emporter la présidentielle. Un outsider sans envergure. D’ailleurs les médias américains ne le prenaient pas au sérieux et mettaient en avant ces frasques et attaques grossières contre ses adversaires, lui réservant souvent leur une, avant de changer d’avis et de faire ouvertement campagne contre lui. De son côté, le président Barak Obama et son épouse, ont mené ces dernières semaines une campagne très active en faveur d’Hillary Clinton.

A la veille du scrutin, les organismes de sondages donnaient encore quelques points d’avance à Mme Clinton. Pourtant, au terme d’une campagne électorale au vitriol qui a profondément divisé le pays et stupéfié par ses outrances, coalisant contre lui le monde des médias, des grandes entreprises et plus généralement des élites du pays, à la surprise générale l’extravagant Donald Trump a fini par s’imposer sur le fil. Les propositions du milliardaire en matière de politique étrangère et d’économie suscitent une certaine inquiétude tant au plan national qu’international, et en Europe en particulier.

Les raisons de l’élection de Donald Trump

Elles résultent d’un ensemble de faits, qui mis bout à bout, ont contribué à faire de lui le candidat de l’alternative au système politique en place.

  • Au final, pour beaucoup d’américains modestes, Barak Obama n’a pas été à la hauteur de l’espoir qu’il avait suscité lors de son élection,
  • La candidature de la démocrate Hillary Clinton, s’est révélée inappropriée car peu appréciée des américains. Avec son mari Bill Clinton, elle domine la vie politique américaine depuis plus de 25 ans et doit sa longévité à une forte ambition personnelle et sa grande proximité avec le monde des grandes entreprises et des médias américains ; ce qui faisait d’elle une candidate trop éloignée des préoccupations du peuple,
  • Les Républicains n’ont pas été capables de présenter un candidat crédible qui puisse s’imposer rapidement dans la primaire, ce qui a favorisé l’émergence de Donald Trump,
  • Ce dernier, sans vergogne aucune, à coup de messages chocs et provocateurs a surfé sur la vague populiste et isolationniste que traverse le monde occidental, en profitant du mal être et du désespoir des classes les plus modestes, en apparaissant comme étant le seul à les écouter et à se démarquer de la classe politique traditionnelle,
  • Trump s’est présenté comme le champion des masses populaires ignorées par les divers gouvernements de Washington. Pour cela, il a promis monts et merveilles à l’électorat blanc délaissé des grandes banlieues et des campagnes américaines qui a été fortement impacté par la mondialisation de l’économie et la fermeture de nombreuses usines du fait des délocalisations,
  • Enfin, l’immigration massive notamment en provenance du Mexique, venue occuper les postes délaissés par les américains et répondre aux offres des entreprises attirées par une main d’œuvre à bas coûts pour faire face à la concurrence mondiale, a donné l’impression à certains américains d’être laissés pour compte et ignorés de leur propre gouvernement.

C’est cet ensemble d’éléments qui a contribué à l’élection de Donald Trump, candidat antisystème, lui le milliardaire qui traîne pourtant un passé sulfureux et a trempé dans de nombreuses affaires pour le moins suspectes. Plusieurs procédures judiciaires sont d’ailleurs actuellement en cours contre lui.

Cela ne l’a pas empêché de séduire un électorat, majoritairement blanc, de voter pour lui malgré ses nombreux excès de langages et ses propos misogynes et sexistes. Manifestement son électorat n’avait que faire de la personnalité du candidat ; ce qui lui importait avant tout c’était d’élire un candidat qui s’intéressait à eux et entendait s’attaquer à l’establishment politique en place à Washington.

Au vu des promesses irréalistes et pour le moins fantaisistes, cet électorat risque pourtant de déchanter très vite car il ne fait aucun doute que nombre d’entre-elles ne pourront être tenues. D’autant plus que le développement économique et la croissance imposent le respect d’un certain nombre de règles au niveau du commerce mondial qui limitent les marges de manœuvres des états réalisant un part importante de leur activité à l’international. Impossible en 2016, même pour les USA, de vivre repliés sur soi !

Le plus grand danger de ce vote, ce n’est pas la victoire de Donald Trump qui ne pourra que rentrer rapidement dans le rang, mais les raisons qui ont conduit les électeurs américains à le porter au pouvoir.

Quelles incidences en France et en Europe ?

Après le vote des britanniques en faveur du Brexit en juin 2016, ce vote américain vient confirmer la montée du populiste et de la peur de l’avenir dans les pays occidentaux. Ce qui n’est guère rassurant ! Les britanniques avaient privilégié le repli sur soi, soutenu par les formations antisystème proches de l’extrême droite qui, pour mieux convaincre, n’avaient pas hésité à tromper les compatriotes face aux partisans de l’Europe. Ici aussi, on va voir qu’au fil des mois, le choix des électeurs favorables au Brexit va se traduire par de nombreux effets négatifs sur l’économie britannique, et par voie de conséquence, par des mesures désastreuses au niveau de l’emploi et plus généralement de la situation des personnes les plus fragiles.

On peut également craindre le pire au vu du programme de Trump et de l’absence d’expérience de son équipe. Dans un monde globalisé où les pays sont largement interdépendants, l’isolationnisme et le repli sur soi sont aux antipodes du développement économique, de la croissance et de l’emploi. Ils conduisent obligatoirement à la récession et au chaos !

En France, le Front National s’est félicité du Brexit, comme de la victoire de Donald Trump aux USA, laissant entendre que cette évolution serait de nature à lui laisser espérer une victoire prochaine. On peut toujours rêver même s’il est probable que les intentions de vote en faveur de l’extrême droite sont probablement supérieures à ce que laissent apparaître les sondages.

S’il y a effectivement certaines similitudes, la situation avec les USA reste sensiblement différente. Si en France l’élection d’un candidat de la droite républicaine à l’élection présidentielle de mai 2017 paraît aujourd’hui probable, rien n’est acquis. Encore faudra-t-il que ce candidat n’apparaisse pas comme le représentant d’un système politique à bout de souffle, porté par quelques groupes bien-pensants, soutenus par les médias. Sans pour autant faire nécessairement appel à des personnalités totalement nouvelles, la France comme les autres pays occidentaux, a besoin d’une nouvelle politique en adéquation avec ce qu’attendent la majorité des citoyens, à commencer par les plus exposés à la mondialisation.

La droite, puisque c’est elle qui est attendue, sans tomber dans des promesses irréalistes, se doit de répondre à l’attente de changement des français, sans céder à la démagogie. Cela passe par une réelle prise en compte des problèmes de chômage qui rongent notre société, par la lutte contre l’insécurité et le terrorisme qui frappent notre pays, par le contrôle de l’immigration avec expulsion immédiate des personnes en situation irrégulière et une plus grande solidarité à l’égard des français qui sont aujourd’hui dans la précarité. Enfin, cela passe aussi par l’aide sociale qui doit être simplifiée et faire l’objet de véritable contrôle afin d’en limiter les abus.

Cela implique que le prochain gouvernement soit exclusivement au service des français et non d’intérêts personnels ou partisans, composé de femmes et d’hommes dévoués et compétents. L’Etat et les futurs responsables des administrations devront être exemplaires sur ces points et jugés sur leurs résultats. Il faudra tenir les engagements pris devant les électeurs et engager la majorité des réformes dans les 100 premiers jours.

De son côté, l’Union européenne doit retrouver un fonctionnement plus démocratique en se réformant et étant plus proche et au service de ses concitoyens. Il est aujourd’hui temps pour l’Europe de passer à la vitesse supérieure, car n’en déplaise aux extrêmes et autres nationalistes de tous poils, seule l’Union européenne a la taille et les moyens de faire face à la mondialisation et de préserver nos acquis.

Face aux défis de la mondialisation des échanges et de l’immigration massive, les démocraties occidentales doivent revoir leur gouvernance en profondeur et rester à l’écoute des préoccupations de leurs concitoyens, sous peine de voir les forces extrémistes l’emporter et conduire nos pays vers une grave crise mondiale comme ce fût le cas lors de la grande dépression des années 1920 à 1920.

A cet égard, l’élection de Trump, comme le Brexit, sont un signal d’alarme qui doit inciter l’Europe et la France à en tirer les conséquences politiques qui s’imposent, sans céder à l’isolationnisme.

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