France : Un projet de budget 2017 insincère et irréaliste

Dans un contexte peu favorable, avec des dépenses qui explosent à l’approche des élections, une croissance molle, un chômage à la hausse et le moral des français dans les chaussettes, le gouvernement socialiste de Manuel Valls vient de donner les grandes lignes de son projet de budget pour l’année 2017.

Même s’il n’y avait pas grande chose à attendre de ce budget d’année électorale, à défaut d’être ambitieux, on aurait pu espérer qu’il soit plus en ligne avec la réalité économique et budgétaire du pays et trace une réelle perspective. Hélas, une fois encore, le gouvernement socialiste se laisse aller à la facilité en manipulant les chiffres. Alors que la plupart des pays européens, et notamment l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont vu leur situation budgétaire et économique s’améliorer sensiblement depuis 2012, avec notamment un chômage en forte baisse, la France termine le quinquennat de Hollande dans un piteux état.

Alors que la situation s’y prêtait avec des taux d’intérêts très bas, la France n’a pas été capable d’engager la moindre réforme de structure indispensable et a continué à augmenter ses dépenses publiques qui atteignent aujourd’hui le record de 56.8% du PIB, notamment en recrutant massivement des fonctionnaires, et ce, tout en continuant d’augmenter les impôts des classes moyennes. Un bilan désastreux, pour ne pas dire calamiteux, qui va peser lourd sur les années futures. N’oublions pas que la France avait obtenu deux années supplémentaires de l’Union européenne pour ramener son déficit à moins de 3% à fin 2017 (au lieu de 2015) et reste aujourd’hui l’un des plus mauvais élève de l’Europe alors que la plupart des pays ont réalisé des efforts substantiels pour assainir leurs finances.

Pour tenter que masquer son échec, le gouvernement socialiste qui n’a aucune chance d’être reconduit lors des prochaines élections, n’hésite pas à tronquer le budget 2017. Ainsi, alors que le consensus des experts considère que le taux de croissance du pays ne dépassera pas 1.2% dans le meilleur des cas pour 2017, le gouvernement construit son budget sur un taux de 1.5% ; ce qui est totalement fantaisiste. Cela lui permet d’afficher une prévision de déficit budgétaire de 2.7% pour l’année 2017, en conformité avec les délais supplémentaires accordés par l’Europe !

En réalité, ces chiffres ne sont que de la poudre aux yeux à la veille d’importantes élections nationales. La réalité est toute autre, ce d’autant plus que de nombreuses et importantes dépenses ont été reportées. Le consensus des économistes s’accordent d’ailleurs sur un déficit autour de 3,3 à 3.5 %. Pour certains spécialistes des finances publiques, le déficit du budget 2017 pourrait même dépasser les 4% du PIB ; ce qui est considérable. Pour le directeur des études de Coe-Rexecode : « La moitié de l’écart entre notre estimation et celle du gouvernement provient de la prévision de croissance…. Ensuite, la trajectoire des dépenses publiques n’est pas entièrement connue. Plusieurs dépenses additionnelles dans la sécurité, l’agriculture ou encore l’enseignement ont été annoncées ces derniers mois et auront une incidence sur l’équilibre budgétaire de 2017 ».

De son côté, le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) juge l’hypothèse d’une croissance de 1,5 % en 2017 « optimiste compte tenu des facteurs baissiers qui se sont matérialisés ces derniers mois (atonie persistante du commerce mondial, incertitudes liées au Brexit et au climat politique dans l’Union européenne et dans le monde, conséquences des attentats notamment sur l’activité touristique…) ». Selon lui, le risque de dérapage des dépenses en 2017 est important, et ce d’autant plus qu’elles sont déjà en nette hausse par rapport à la moyenne du quinquennat. Il s’inquiète d’une évolution qui « tend à s’écarter du principe de prudence qui permet d’assurer au mieux le respect des objectifs et des engagements pris en matière de finances publiques ».

Le HCFP dénonce également le « caractère irréaliste » de certaines économies comme le 1,6 milliard prévu sur l’Unedic, alors que la négociation entre les partenaires sociaux, qui avaient échoué en juin, n’ont toujours pas repris. Enfin, il évoque les « incidences possibles sur le solde public des recapitalisations annoncées des entreprises publiques du secteur énergétique » sachant que plusieurs milliards d’euros devront être trouvés dans les prochains mois pour recapitaliser EDF et Areva. A cela viennent s’ajouter les mesures électorales prises par l’Etat au profit d’Alstom qu’il faudra honorer, sans oublier les difficultés accentuées par la contribution imposée à la SNCF, et de nombreuses autres à venir. Il s’agit là de plusieurs dizaines de milliards qui viendront impacter les budgets 2017 et les suivants.

Autre évolution préoccupante pour la France, sa dette qui a continué à fortement augmenter entre 2012 et 2016, en dépit d’une conjoncture mondiale favorable et des taux d’intérêt au plus bas. Au 30 juin 2016, elle atteignait 2 170 milliards d’euros, soit 98.4% du PIB contre 1 735 milliards d’euros (86% du PIB) en 2012. Rappelons que les prévisions du gouvernement français prévoyaient une dette à 96% du PIB en 2016. Au rythme du dérapage actuel, en mai 2017, terme du quinquennat de Hollande, la dette devrait atteindre, voire dépasser, 100% du PIB. Il convient de noter que durant cette même période 2012 à 2016, la plupart des pays européens ont sensiblement diminué la leur. Pour ne citer que l’Allemagne, pays comparable s’il en est, la dette a été ramenée de 82% du PIB en 2012 (niveau proche de celui de la France) à 71.2% du PIB en 2015. Il en est ainsi dans les pays tels le Danemark, la Suède ou les Pays-Bas.

Au final, depuis 2012, force est de constater que M. Hollande et les gouvernements socialistes se sont avérés totalement incapables d’inverser les courbes des dépenses publiques, des déficits, de la dette et du chômage contrairement à la plupart des pays européens qui ont pour la plupart, obtenus d’importants résultats dans un contexte économique globalement favorable.

En 2017, à l’inverses des autres pays européens, à l’issue du mandat de la gauche, la France apparaît comme un pays fragilisé et exsangue qui a été incapable de réduire ses dépenses et d’engager la moindre réforme de fond, en contradiction avec ses engagements vis-à-vis la l’Union européenne.

Dans ces conditions, on ne peut que souhaiter bon vent et beaucoup de courage au nouveau gouvernement qui sortira des urnes en juin 2017. Les marges de manœuvres seront extrêmement réduites, pour ne pas dire inexistantes.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :