Pour Bruno Le Maire (LR), « Désormais, c’est nous ou les extrêmes !

A 46 ans, Bruno Le Maire, député de l’Eure, sillonne le pays pour préparer la primaire de 2016 qui fera émerger le candidat de la droite à l’élection présidentielle. Inquiet de la radicalité du pays, l’ancien ministre reconnaît que la droite a déçu.

Extrait de l’interview du 31/10/2015 au journal Le Monde.

Le Front national est très haut dans les sondages. Pourquoi la droite peine-t-elle autant à incarner l’alternative ?

Nous payons un système politique à bout de souffle. Depuis quarante ans, droite et gauche confondues, nous échouons à résoudre les problèmes des Français. Chômage de masse, dette, déficit, rien ne change. Les Français changent, mais la classe politique bloque le changement : toujours les mêmes visages, toujours les mêmes slogans, toujours les mêmes faux débats qui cachent les vraies questions.

La responsabilité qui pèse sur nos épaules, nous, les représentants de la droite et du centre, est écrasante : désormais, c’est nous ou les extrêmes. Plus personne ne croit François Hollande. Plus personne ne fait confiance au pouvoir socialiste, qui gère sa petite boutique au lieu de redresser la maison France. Le laisser-aller est partout.

On me fera difficilement croire que les forces de sécurité ne peuvent pas rétablir l’ordre quand les gens du voyage se font justice eux-mêmes ou quand les mafias et les trafics prolifèrent dans la « jungle » de Calais. Est-ce délibéré de la part de François Hollande pour faire monter le FN ? Je me pose la question. En tant que chef de l’Etat, il est le premier responsable de cette impuissance publique qui insupporte les Français.

Vous accusez François Hollande de faire monter le Front national, mais vous-même, lorsque vous réclamez le rétablissement de la double peine, lorsque vous exigez l’expulsion de tous les étrangers qui ont purgé une peine de terrorisme, ne relayez-vous pas complaisamment les thèmes de l’extrême droite ?

Vous croyez que des personnalités comme Michel Barnier, Yves Jégo, Salima Saa, me soutiendraient si tel était le cas ? Je maintiens chacune de mes propositions et je récuse cette idée de droitisation de mon discours. La double peine existait jusqu’en 2003, sous les présidents Mitterrand et Chirac ! Les idées que je défends sont les mêmes depuis des années. La refonte du code du travail ou l’indemnisation du chômage, je les portais déjà en 2011 quand je travaillais au projet de l’UMP. La restauration de l’autorité de l’Etat, je l’ai toujours demandée. Je crois à la cohérence et à la constance des idées.

« Le renouveau, ce sont des priorités assumées, une méthode claire, un cap ferme. C’est le meilleur rempart contre le FN »

Nous en sommes arrivés à un tel point qu’il nous faut réinventer la France. Le combat est d’abord culturel, ce sera la vraie bataille de 2017 : porter le mérite contre l’égalitarisme de la gauche, rappeler que les religions se soumettent à l’Etat, défendre notre langue pour renforcer notre nation, réaffirmer que celui qui travaille doit vivre mieux que celui qui ne veut pas travailler.

Vous aussi vous prônez la rupture ?

Non, je ne crois pas au recyclage en politique. Nous n’avons cessé de parler de rupture, pour finalement agir dans la continuité des décennies passées. Au bout du compte, nous avons déçu. Il nous faut parler moins haut et agir plus vite et plus fort. La méthode est aussi importante que les propositions. Nous devons savoir ce que nous voulons faire, mais surtout comment le faire. En Europe, les gouvernements qui ont tenu leurs engagements de campagne ont été réélus. Le renouveau, ce sont des priorités assumées, une méthode claire, un cap ferme. Le renouveau est le meilleur rempart contre le FN.

Qu’est-ce que cela veut dire concrètement le renouveau ?

Avant tout, changer le fonctionnement de notre démocratie. Le pouvoir politique et syndical est devenu la Cité interdite. Il faut ouvrir les portes. C’est notre dernière chance de réconcilier les Français avec la politique.

Cela passe-t-il par un référendum ?

Oui. Au peuple de trancher la réduction du nombre des parlementaires, la limitation du cumul des mandats dans le temps, l’ouverture de la représentation syndicale, l’obligation pour les hauts fonctionnaires qui font de la politique de démissionner de la haute fonction publique.

Croyez-vous à la théorie des cent jours, tout faire en trois mois, dans la foulée de l’élection présidentielle ? Il faudra décider vite, recourir aux ordonnances, revenir sur la loi de 2008 qui privilégie la négociation avant toute décision sociale, raccourcir les navettes entre les deux assemblées. Mais pour réinventer la France, cent jours ne suffiront pas. Nous devons inscrire notre action dans le temps.

Etes-vous adepte du gouvernement autoritaire ?

Je suis adepte du gouvernement efficace.

Vous pensez que l’onction du suffrage universel suffit à légitimer l’action ?

Evidemment que je crois au suffrage universel ! Quelle autre légitimité en démocratie ? Mais pour refermer la coupure entre gouvernants et gouvernés, nous devons changer radicalement notre exercice de pouvoir : assumer des choix clairs, rendre des comptes en permanence, suivre les mesures dans le détail.

Combien de grands projets ont échoué faute de préparation sur la partie informatique comme le dossier médical personnel ou le système de paiement de soldes Louvois ? La politique ne peut pas tout. Faisons plus confiance à la responsabilité individuelle et aux initiatives des Français. Disons-leur clairement ce que nous ferons et ce que nous ne ferons pas. Pourquoi promettre de revenir sur le mariage pour tous alors que nous ne le ferons pas ?

Marine Le Pen désigne l’Europe comme la principale entrave à la souveraineté nationale. Vous, l’Européen convaincu, le germanophile, où en êtes-vous sur le sujet ?

L’Europe doit changer sous l’impulsion de la France pour enfin devenir une puissance politique capable de défendre nos intérêts. C’est une urgence absolue.

Au prix d’un bras de fer avec Mme Merkel ?

Oui. Je reste profondément attaché au couple franco-allemand. Mais sur la question des réfugiés, François Hollande aurait dû défendre une position différente de celle de Mme Merkel : l’Europe ne peut pas accueillir des millions de réfugiés. La voix de la France a manqué. Comme elle manque dans le combat contre Daech [l’Etat islamique] en Syrie : la France aurait dû proposer une coalition internationale avec des troupes au sol pour éradiquer Daech, plutôt que de laisser la Russie, les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et la Turquie négocier sans nous. Nous sommes la cible prioritaire des islamistes. Avons-nous si vite oublié Charlie ?

Nicolas Sarkozy souhaite donner les investitures aux législatives avant le résultat de la primaire de 2016. Comment réagissez-vous ?

Le seul moyen de ne pas décevoir de nouveau les Français en 2017 est de donner à celui qui sera élu les moyens d’agir vite et fort. Les investitures aux élections législatives qui feront la prochaine majorité sont une condition du succès pour celui ou celle qui sera élu. Par conséquent, elles doivent être faites après la primaire de 2016 et non avant. Pensons aux Français avant de penser à nous-mêmes, raisonnons en termes d’intérêt général au lieu de céder aux petits calculs politiciens qui font la ruine de la vie politique depuis quarante ans. La primaire de 2016 doit être un grand succès démocratique, pour reconstruire un espoir.

Extrait de l’interview accordée au journal Le Monde | 31.10.2015 | Propos recueillis par Françoise Fressoz

Le blog de BLM : Bruno Le Maire

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