Catalogne : La victoire des indépendantistes aux élections régionales 2015 interpelle l’Union européenne

Dimanche 27 septembre avaient lieu les élections régionales en Catalogne. Les partis en faveur de l’indépendance ont obtenu la majorité absolue des sièges au Parlement catalan. Artur Mas, président sortant de la Generalitat de Catalunya et de CDC (Convergència Democràtica de Catalunya), parti de centre droit favorable à la scission avec l’Espagne, avait fait de ce scrutin un test grandeur nature. Ce dernier est le fils spirituel de Jordi Pujol qui fût longtemps l’emblématique président de la Généralité de Catalogne.

A peine les résultats proclamés, la victoire a aussitôt été interprétée comme un appui à la sécession par le président de la région catalane. « Nous avons gagné….  », a clamé Artur Mas en catalan, espagnol, anglais et français devant la foule rassemblée au centre de Barcelone. Et d’ajouter : « Cela nous donne une grande force et une forte légitimité pour mener à bien notre projet ».

Selon des résultats officiels, la coalition « Ensemble pour le oui – Junts pel Si », qui regroupait des partis de centre droit (CDC) et de centre-gauche (ERC), a obtenu 62 sièges, soit 39.54% des voix. De son côté, la liste de la CUP (extrême gauche indépendantiste) a obtenu 10 députés, soit 8.20%. Au total les indépendantistes emportent 72 sièges, soit la majorité absolue qui était de 68 sièges, mettant ainsi la main sur le Parlement catalan. Ce qui devrait permettre à Artur Mas de retrouver la présidence de la Généralité de Catalogne. Les indépendantistes échouent cependant à rallier la majorité absolue des voix, les deux listes n’ayant obtenu que 47,8 % des suffrages.

Artur Mas et les indépendantistes avaient donné à ces élections régionales un caractère référendaire, promettant d’engager la Catalogne sur la voie de l’indépendance si leurs listes récoltaient la majorité des 135 sièges du Parlement régional. Cette étape étant franchie, leur objectif est maintenant d’enclencher le processus en vue d’obtenir le statut d’indépendance d’ici 18 mois. De son côté, Madrid s’oppose fermement à l’indépendance de la Catalogne et estime que la constitution du pays ne permet par aux régions autonomes de quitter l’Espagne.

La participation à ces élections a été très forte avec plus de 77 % des Catalans qui ont exprimé leur vote. Le parti Ciudadanos est arrivé en deuxième position avec 17.93% des voix, soit 25 sièges. Par contre, les deux principaux partis au niveau national, le Parti populaire (PP) du président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy et le Parti socialiste (PSOE) d’opposition, ont réalisés des scores extrêmement faibles par rapport au scrutin régional de 2012, avec respectivement 8.50% et 12.72% des voix.

Malgré la défaite cinglante du PP, son porte-parole a affirmé le soir même : « la majorité des Catalans a rejeté l’indépendance », les deux listes indépendantistes n’ayant pas réuni la moitié des suffrages aux élections régionales. « Nous allons continuer à garantir la légalité, nous allons continuer à défendre l’unité de l’Espagne », a déclaré Pablo Casado. La victoire des indépendantistes pourrait néanmoins mener à des concessions de la part du gouvernement central. La Catalogne pourrait obtenir un statut particulier au sein de l’Espagne et bénéficier d’un régime fiscal plus avantageux. Pas autant, pas sûr qu’Artur Mas s’en contente.

Même si la majorité des voix n’a pas été atteinte, l’adhésion des catalans à l’indépendance n’a jamais été aussi proche surtout lorsque l’on sait que nombre de ses partisans se trouvent aussi noyés dans les partis qui n’ont pas officiellement prônés la sécession. Cette avancée des catalans vers l’indépendance ne peut que réjouir de nombreuses régions d’Europe et du monde. On pense bien sûr à l’Ecosse, au Pays-Basque, à la Flandre, au Piémont, à la Lombardie, à la Bavière et bien sûr à certaines régions françaises comme l’Alsace, la Savoie, la Bretagne, la Corse mais aussi la future grande région occitane (Midi-Pyrénées & Languedoc-Roussillon ) qui ne peut rester totalement indifférente à ce qui se passe chez sa grande sœur : la Catalogne voisine.

La victoire des indépendantistes catalans a même été soulignée de l’autre côté de l’Atlantique, par le Parti québécois et Québec solidaire. « C’est stimulant de voir tous ces gens mobilisés pour leur rêve de liberté », a déclaré le chef du parti québécois Pierre Karl Péladeau. « La victoire du peuple catalan est la victoire de tous les peuples épris de liberté ».

En Europe, il se trouve que les partis indépendantistes sont généralement de fervents partisans de l’Union ; ce qui ne va pas manquer de poser quelques soucis du côté des institutions européennes qui, à terme, risquent devoir faire face à la scission de nombreuses régions avec leur pays. Il semble d’ailleurs que l’Europe des nations ait aujourd’hui du plomb dans l’aile et qu’au contraire, l’Europe des régions ait le vent en poupe. Une telle évolution vers le renforcement des régions au détriment des nations traditionnelles aujourd’hui dépassées, paraît inévitable et même souhaitable car la prise en compte de cette diversité devrait plutôt être une chance pour l’Europe. Celle-ci paraît d’autant plus inévitable que l’Europe est appelée à aller vers plus d’intégration pour une plus grande efficacité politique, économique, monétaire et sociale.

Cette évolution de fond mettra probablement de longues décennies pour s’imposer mais paraît inévitable car bénéfique à l’ensemble de l’Europe. L’Europe n’est-elle pas le berceau de la tolérance et de la démocratie ?

Mai de Catalunya :

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