France : Quand une partie du monde agricole cherche des boucs émissaires, tel le loup, pour cacher ses propres responsabilités

Une partie du monde agricole, pour n’avoir pas su évoluer et s’adapter à la demande des marchés et des consommateurs, doit aujourd’hui faire face à des grandes difficultés dans certaines filières comme la production laitière ou la viande bovine.

Hélas la crise actuelle n’est pas nouvelle et menaçait depuis des années mais la fin des quotas laitiers européens et l’embargo des exportations vers la Russie sont venus accentuer les difficultés. Comme d’habitude, les agriculteurs (ou du moins certains d’entre-eux) font feu de tout bois et n’hésitent pas à utiliser la manière forte pour faire pression sur le gouvernement socialiste qui n’avait pas vu venir l’ampleur de la crise, à moins qu’il en ait tout simplement sous-estimé son importance.

Une fois encore, une partie du monde agricole utilise la force pour imposer sa loi, alors même que ces derniers pèsent moins de 1% de la population et sont déjà particulièrement protégés. Au même titre que quelques privilégies qui usent et abusent de leur situation de monopole pour paralyser le pays pour défendre leur petite prés carré (aiguilleurs du ciel, pilotes d’Air-France, employés de la SNCF ou de la RATP, transporteurs, taxis…), certains agriculteurs n’hésitent pas à s’engager dans des actions violentes (attaque et pillage de supermarchés, destruction de matériel public, déversement de déchets devant les bâtiments publics et j’en passe…) au mépris des lois du pays.

Les dégâts causés lors des derniers épisodes sont inadmissibles et indignes d’un pays démocratique. Aucune profession, aucun salarié ou fonctionnaire en grève ne va jusqu’à commettre de tels actes sauf à braver, à juste titre, les foudres de la Justice. Pour le monde agricole, une fois de plus, le gouvernement s’écrase et fait mine de donner satisfaction à la profession. Dans un Etat de droit, peut-on continuer à accepter qu’une profession, quels que puissent être ses motivations, s’en prenne à des biens publics ou privés ou bloque la circulation et les frontières ?

Après avoir piteusement cédé à la pression des transporteurs bretons face au projet d’instauration de la taxe carbone, combien de temps la France socialiste va-t-elle continuer à capituler ainsi face à quelques minorités ? Quand la démocratie et l’Etat de droit seront-ils enfin respectés ? Pourquoi accepter des agriculteurs ce que personne n’accepterait d’un autre groupe de pression ou de personnes ? Les contribuables de ce pays commencent à se lasser de devoir payer pour un minorité qui tente de vivre sur le dos des autres.

Le monde agricole pris à son propre piège

  • Oui, une partie du monde agricole connaît de graves difficultés, mais bien d’autres secteurs de l’économie française sont également en crise, sans que l’on assiste à de tels débordements,
  • Oui, nombre d’agriculteurs sont en très grande difficulté financière mais à qui la faute ?
  • Oui, les prix payés aux agriculteurs par les industriels et la grande distribution sont souvent très bas  et certains intermédiaires peu scrupuleux profitent de la situation pour faire de confortables marges !
  • Oui, les coûts de production et certaines charges acquittées par les agriculteurs sont importants et pénalisants, mais ils ne sont pas les seuls !
  • Oui, les normes imposées sont complexes et parfois excessives et viennent pénaliser certaines filières,
  • Oui, la consommation de viande, notamment bovine est en forte baisse et devrait continuer à décroître dans les années à venir,
  • Oui, la fin des quotas laitiers entraîne une restructuration pour les producteurs de lait !

Personne ne peut nier la crise d’une partie de l’agriculture française. Mais c’est aussi, probablement celle qui s’est le moins bien préparée à la concurrence et à l’évolution des marchés et des consommateurs. Car ces difficultés étaient prévisibles à bien des égards et nombre d’agriculteurs auraient dû en profiter pour s’adapter en conséquence plutôt que de continuer à produire sans se soucier des débouchés futurs.

Finalement, force est de constater qu’en France plus qu’ailleurs, le monde agricole reste un monde largement protégé et assisté et semble parfois se complaire dans cette situation. Depuis longtemps, l’agriculture française est administrée et impulsée par l’Etat, sans que le monde agricole s’en insurge et on comprend pourquoi. Il y a bien sûr les subventions colossales versées à un grand nombre d’agriculteurs parmi les plus importants (au lieu de soutenir la petite agriculture durable er raisonnée bien plus efficace et productive) qui recherchent avant tout un profit immédiat et rapide au détriment d’une agriculture de qualité. Il y a aussi le régime des bénéfices agricoles très favorable qui déroge au droit commun et permet ainsi à l’immense majorité des agriculteurs de ne pas payer d’impôt sur les bénéfices de leur exploitation. Il y a aussi une TVA agricole qui génère annuellement de généreux remboursement de crédits de TVA. Il y a encore une fiscalité locale très favorable (taxe foncière sur les propriétés non-bâties qui taxe très faiblement les propriétés agricoles).

Contrairement à ce qu’affirment certains agriculteurs, aucun secteur d’activité en France n’est aussi soutenu et aidé par l’Etat. Ce n’est certainement pas les agriculteurs qui sont asphyxiés par l’impôt.

Pendant ce temps, les entreprises non agricoles et une petite moitié des contribuables français, non sans devoir eux aussi affronter des nombreuses difficultés, paient au quotidien leurs impôts et taxes qui permettent au pays de redistribuer, notamment au monde agricole qui est aujourd’hui quasi-fonctionnarisé du fait de sa forte dépendance financière vis-à-vis de l’Etat. Nombre d’agriculteurs ont heureusement su prendre les devants et adapter leurs productions tout en réduisant leur coût et leur dépendance aux industriels, à la grande distribution et aux subventions publiques.

Le déclin du monde agricole n’est pas inéluctable pour peu que celui-ci prenne ses responsabilités

Plutôt que de pleurer sur leur sort, les agriculteurs doivent prendre leur avenir en main et faire preuve d’une plus grande rigueur dans les choix de production et les moyens mis en œuvre.

  • Non, certains agriculteurs ne sont pas obligés de céder à la folie des grandeurs en investissement régulièrement dans des tracteurs et matériels neufs de plus en plus puissants et couteux, en profitant des subventions publiques et en engraissant un peu plus les vendeurs de matériel agricole qui ne se sont jamais aussi bien portés.
  • Non, certains agriculteurs ne sont pas fondés à rechercher systématiquement le plus de subventions et le profit immédiat au détriment de la qualité des produits
  • Non, certains agriculteurs ne peuvent continuer à planter du maïs sur la majeure partie du territoire en dilapidant les réserves d’eau, alors que le changement climatique est engagé,
  • Non, certains agriculteurs n’ignorent pas qu’en drainant systématiquement comme il l’on fait ces dernières décennies, ils déstabilisent les sols et accentue les risques naturels en cas de forts orages,
  • Non, certains agriculteurs ne sont pas condamnés à être les plus gros pollueurs de la planète en continuant à utiliser massivement les engrais et les pesticides au détriment de la santé et du bien-être des populations,
  • Non, la fuite en avant de certains agriculteurs n’est pas inéluctable.

Il y a pourtant une autre alternative. Oui les agriculteurs ont une place de choix dans la sécurité alimentaire des populations et doivent prendre toutes leurs responsabilité en s’engageant sur des productions de qualité et durables dans le cadre d’une agriculture raisonnée à taille humaine qui privilégie la satisfaction du consommateur, tout en lui permettant de pratiquer des prix générant des marges honorables lui permettant de vivre correctement.

Plutôt que de cherche des boucs-émissaires, comme le loup qui à toujours vécu dans ce pays et y a sa pleine place, certains agriculteurs seraient mieux inspirés de se concentrer sur les solutions à adopter pour faire face à leurs problèmes. Non le loup n’est en rien responsable des difficultés du monde agricole. La preuve, il cohabite fort bien avec l’agriculture de montagne pratiquée chez nos voisins européens.

Dans un monde globalisé, les agriculteurs doivent prendre leur destin en main plutôt que de toujours attendre une solution de l’Etat qui n’a d’ailleurs plus les moyens de ses ambitions dans bien des domaines.

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