Chantal Périchon, présidente de la Ligue contre la violence routière déplore les mauvais résultats en matière de sécurité routière en France

Extrait de l’émission « Inter Treize » sur France Inter du 13 mars 2015 à 13H10 – Interview de Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière

Claire Servajean: Nouvelle hausse du nombre de morts sur les routes de France au mois de février, +6,7%, après une hausse de 12% au mois de janvier, autant dire que la mauvaise tendance de l’année 2014 se poursuit. Alors pourquoi un tel relâchement ? La mobilisation des forces de l’ordre sur le plan vigipirate y est elle pour quelque chose ? C’est vrai ou c’est faux cela d’après vous ? Alors quelles en sont les causes on s’y arrête avec la présidente de la Ligue Contre la Violence Routière. Bonjour Chantal Perrichon.

Chantal Perrichon: Si cela joue un rôle, ce n’est pas un rôle majeur bien sûr. Mais cela joue un rôle parce qu’il ne faut quand même pas oublier que les forces de l’ordre ne sont pas en nombre suffisant dans notre pays, d’une part, et qu’ils sont là pour contrôler non seulement les vitesses, mais le problèmes d’alcool, les comportements dangereux, les franchissements de stop, de ligne continue. Donc nous demandons depuis des années qu’il y ait une police spécifique de la route bien évidemment pour contrôler ces comportements qui mettent la vie des autres en danger. Donc attendons de voir ce qu’il en est pour les chiffres de ces transferts finalement de policiers et gendarmes qui sont insuffisamment nombreux. Mais nous pensons nous que l’explication bien évidemment vient du fait que nous avons une gouvernance qui n’en est pas une en ce qui concerne la sécurité routière. Le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a décidé qu’il pouvait gérer seul ce domaine de santé publique qui est majeur. Rappelons quand même que c’est la plus meurtrière des délinquances et que c’est la première cause de mort de la jeunesse. Il refuse de rassembler un comité interministériel de sécurité routière…hallucinant ! Il n’y en a pas eu depuis mai 2011. .

Claire Servajean: Il a annoncé des mesures le mois dernier…

Chantal Perrichon: Oui… tous azimuts comme il dit. C’est-à-dire on tape dans tous les secteurs, mais surtout il n’a pas voulu écouter les experts que nous avons du Conseil National de La Sécurité Routière qui lui avaient indiqué une seule mesure, la seule qui devait être prise, une mesure de rupture pour faire baisser l’accidentalité. Non il a préféré faire 26 mesures, c’était le 26 janvier 26 mesures…

Claire Servajean: On rappelle quand même lesquelles, on ne se gare pas à moins de 5m d’un passage piéton, on baisse le taux d’alcoolémie pour les plus jeunes a titre expérimental…

Chantal Perrichon: Bien. Rappelons l’objectif, moins de 200 tués en 2020. Il nous promet 26 mesures…Parlons du 0,2g. Il va concerner combien de personnes ? Vous avez une idée du nombre de conducteurs novices qui sont concernés entre le 0,2 et le 0,5? Et bien nous allons faire une loi dans ce pays pour 7 personnes. Donc c’est dire la méconnaissance qu’il a de ce dossier, il est en train finalement de prendre des mesures qui enfument le paysage de la sécurité routière qui laissent entendre que c’est une priorité pour lui mais il ne peut pas balayer d’un revers de main la connaissance qui est acquise et qui permettrait de prendre les mesures qui permettraient de sauver des vies.

Claire Servajean: Vous êtes sévère avec le ministre de l’intérieur.

Chantal Perrichon: D’autant plus sévère que il s’est permis finalement de balayer d’un revers de main les décision du CNSR, des experts du conseil National de la Sécurité Routière, et ça c’est inadmissible parce que il n’a aucune connaissance de ce domaine et en plus il ne veut pas travailler en collaborateur avec les autres ministres. Rappelons qu’en 2002, ce qui a fait la force de 2002, c’était le fait que les gens travaillaient disons ensemble et il y avait une vrai volonté politique, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Claire Servajean: Et un vrai message clair pour tout le monde. Je voudrais vous faire écouter, Chantal Perrichon, le préfet D’île et Vilaine et de Bretagne parce qu’il connaît bien le sujet dans son département la mortalité routière a augmentée de 40%, l’an dernier. Patrick Strzoda parle de la route comme d’un exutoire pour tout ce qui est considéré comme oppressant dans la société. On l’écoute c’est Mathile Deligny qui l’a joint tout à l’heure.

Patrick Strzoda : Les accidents mortels ont augmenté de 40%. On est passé de 45 morts à 63 morts en 2014. Et quand on analyse toutes les causes on voit que pour un bon nombre deconducteurs, la route est devenue un exutoire. C’est-à-dire, on joue en fait à enfreindre la loi. Ce que nous disent les conducteurs verbalisés, c’est que ils se libèrent, ils se laissent aller parce qu’ils considèrent qu’ils vivent dans une société qui est trop réglementée. Et ça évidemment on ne peut pas l’accepter parce que c’est de l’irresponsabilité. Vous ajoutez à ce type de comportement des causes qui elles sont bien connues, c’est l’alcool, c’est les stupéfiants. Le dernier accident mortel dont j’ai eu connaissance, c’est 3,79g d’alcool dans le sang. Donc cela nécessite vraiment une réaction très forte des pouvoirs publics. Les contrôles se sont considérablement renforcés, mais je crois qu’il faut que chacun prenne ses responsabilités. On ne peut pas accepter que des situations de ce type perdurent et que malheureusement tous les deux où trois jours, on soit obligé d’annoncer à des parents à une famille que l’un de leur proche a disparu.

Claire Servajean: Voilà donc ce que dit le préfet D’île et Vilaine et de Bretagne. Chantal Perrichon, plus de 3000 morts l’an dernier dans un quasi indifférence générale, faut le dire quand même. Moi j’aimerais que vous nous disiez à nous par exemple les médias, on a tort de ne pas parler des accidents quotidiens ? Qu’est-ce qu’on devrait faire ?

Chantal Perrichon: Il faut en parler parce que regardez : Nous sommes tous secoués et blessés et vraiment très touchés par ce qu’il s’est passé en Argentine. Il y a eu dix personnes qui étaient importantes aux yeux de tous dans notre imaginaire pour nous tous. Nous sommes vraiment blessés par leur mort. Et bien aujourd’hui il va y avoir dix familles qui vont voir un policier ou un gendarme, ou un maire, comme a dit le député, qui va leur annoncer que soit le fils soit le père soit la mère est décédé(e). La douleur est la même. Le ravage est absolument identique. Et lorsqu’on voit les médias dire, de façon comme ça…comme si c’était un état de fait qu’on devait supporter, banaliser les résultats en disant « il y a eu une remontée du nombre de morts » et bien c’est inacceptable. Il y a eu l’an passé plus de 120 tués, ces vies auraient du être épargnées et le témoignage de ce député (ce préfet) est très très important, il parle de l’alcool, nous sommes incapables d’avoir une politique pour aider les gens qui ont un problème d’alcool dans ce pays.

L’alcool est mille fois moins contrôlé que la vitesse et nous attendons de la chancellerie qu’elle tienne ses promesses. Madame Taubira avait dit en 2012 que fin 2013 il y aurait des éthylotests antidémarrage dans tous les départements. Nous somme en 2015, il y en a une quarantaine. Nous ne sommes pas capables d’aider les gens qui ont un problème avec de l’alcool. Et en ce qui concerne la vitesse, regardez cette technologie qui avait été annoncée en mars 2013, et immédiatement grâce aux médias, qui avaient joué leur rôle d’ailleurs, qui avaient dit a quel point c’était important, la possibilité d’être contrôlé à tout moment et en tous lieux, et bien il y avait une baisse de l’accidentalité. Qu’en est-il aujourd’hui de ces radars troisième génération ? Il y en a 200, et ils sont utilisés moins de deux heurs par jour. C’est un véritable scandale. En Angleterre ils en ont officiellement 4000, ils en ont peut-être entre 6 et 8 mille, et ils sont utilisés eux a plein temps. Hors les Anglais ont 300 mille km de routes, nous en avons 1 million. Donc nous voyons bien que nous ne mettons pas les moyens pour contrôler les comportements dangereux que ce soit la vitesse ou l’alcool.

L’année 2014 aura été la plus mauvaise année depuis longtemps en matière de sécurité routière. La Ligue contre la violence routière s’insurge contre l’absence de véritable politique de sécurité routière des pouvoirs publics depuis 2012 et exige la mise en place de mesures fortes et énergiques pour réduire massivement le nombre de victimes de la route.

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