France : La colère des professionnels de la santé contre la réforme de la ministre de la Santé, Marisol Touraine

Entre 20 000 et 40 000 professionnels de santé, dont de très nombreux médecins, ont manifesté ce dimanche 15 mars 2015 à Paris contre le projet de loi de la Marisol Touraine, ministre de la Santé. Probablement la plus importante manifestation des médecins libéraux depuis longtemps en France.

Pour les médecins, cette forte mobilisation est un véritable succès qui devrait contribuer à enterrer la réforme de la ministre. Vent debout contre la généralisation du tiers payant qui ferait d’eux de véritables fonctionnaires se substituant à la Sécurité sociale pour contrôler les droits des assurés au lieu de se concentrer sur les soins et le suivi médical de leur patient qui est leur métier !

A juste titre, comme cela est aujourd’hui le cas pour les pharmaciens pour qui le tiers-payant est une obligation génératrice de complications et de surcoûts, les médecins redoutent la charge de travail supplémentaire générée par sa généralisation. En effet, cette lourdeur est en partie due au nombre important de mutuelles qui compliquent considérablement le système de remboursement, avec de fréquents problèmes techniques. L’autre aspect négatif du tiers payant est qu’il fait passer les médecins directement sous l’autorité de la sécurité sociale qui rembourse totalement ou partiellement selon son bon vouloir, dans un délai relativement long de l’ordre de 8 jours, quand ce n’est plus. Ce qui rend les recettes relativement aléatoires et moins lisibles pour les professionnels à un moment où nombre d’entre-eux voient celles-ci baisser.

Le tiers-payant est un système loin d’être aussi simple pour les professionnels de santé que ne l’affirme le gouvernement.

Rappelons que le tiers-payant existe déjà pour certaines catégories de patients à faibles revenus qui n’ont pas à faire l’avance de la consultation chez le médecin, au demeurant modique. Rappelons aussi que le tiers payant a été mis en place pour les pharmaciens, principalement en raison du coût élevé des nombreux traitements médicaux afin que les patients n’aient pas à faire l’avance de trésorerie et puissent se soigner, sans difficultés, quel que soit leur niveau de revenus.

Avec une consultation modique à seulement 23 euros, inchangée depuis de longues années, il n’apparaît pas anormal que les patients s’acquittent directement de leur consultation. C’est aussi un moyen important de les responsabiliser et de faire en sorte qu’ils ne consultent pas pour un oui ou non, sans restriction aucune. Qu’y a-t-il là de choquant ?

Enfin, contrairement à une idée faussement répandue par les médias et le gouvernement socialiste, les revenus de nombreux médecins notamment en zone rurale ou dans les villes moyennes sont en baisse sensible et parmi les plus bas des grands pays de l’UE, soit moins que le revenu moyen des français alors que nombre d’entre-eux travaillent plus de 10 heures par jour, parfois le samedi et souvent avec des permanences les weekend. Pas cher payé pour rémunérer des professionnels qui ont fait de longues études et qui ont l’importante mission de veiller sur la bonne santé de la population !

Aujourd’hui, les spécialistes sont d’ailleurs d’accord pour dire que la juste rémunération de la consultation d’un médecin généraliste devrait se situer entre 27 et 28 euros au lieu des 23 euros actuels. De ce point de vue, les revendications des médecins libéraux seraient tout à fait légitimes sur ce point comme sur d’autres.

Les professionnels de la santé se sont tous retrouvés dans cette manifestation tant leur exaspération est grande et ont le sentiment de ne pas être compris. Les médecins généralistes déplorent l’absence de mesures pour favoriser « la révolution du premier recours ». De leur côté, les spécialistes se considèrent comme ignorés, et dans certains établissements, hospitaliers des médecins exercent souvent dans des conditions particulièrement difficiles.

Au final, la ministre s’est mis toutes les catégories de médecins à dos, sans oublier les jeunes, forcément les plus mobilisés. Et on les comprend ! D’ailleurs, les syndicats de médecins régulièrement opposés se sont retrouvés dimanche derrière la même banderole. La ministre fait l’unanimité contre elle.

L’erreur de la ministre a été de sous-estimer la puissance des médecins et de ne pas avoir suffisamment négocié avec eux préalablement. L’autre erreur a probablement été de ne pas proposer une réforme globale, en revoyant la gouvernance du système de santé, entre d’une part, l’Etat, l’Assurance maladie et les professionnels de santé. Ce qui mécontente tout le monde.

La nécessité d’une grande réforme de notre système de santé n’est pas contestable. Encore faudrait qu’elle se fasse de manière globale et cohérente, en prenant soin de consulter préalablement l’ensemble des parties, et non sur des bases strictement politiciennes, sans prendre en compte l’intérêt des patients et des professionnels de santé dont le rôle est essentiel.

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