France : Contrairement à ce que laissent croire certains, le pays n’a jamais conduit de réelle politique d’austérité. Aujourd’hui, la France n’a d’autre choix que de se réformer et de réduire ses dépenses publiques.

Parmi les vives critiques faites par M. Montebourg, ancien ministre de l’économie et de l’industrie envers la politique économique conduite par M. Hollande, figurait notamment le fait que la politique d’austérité suivie ne faisait qu’aggraver la situation économique et accroissait le dérapage budgétaire.

Mais encore faudrait-il que le gouvernement socialiste mène une réelle politique d’austérité ! En réalité, il n’en est rien. Bien au contraire, en France avec des dépenses qui représentent 57% du PIB, c’est tout sauf une politique d’austérité. Il suffit de rappeler les importants recrutements de fonctionnaires (60 000 emplois dans l’enseignement), leur remplacement quasi-systématique lors de leur départ en retraite, un régime de retraite qui permet de partir dés 62 ans contre généralement 65 ans dans certains pays, des aides sociales maintenue à un niveau très élevé…

Par le passé, les politiques d’austérité menées par des pays comme le Canada, la Suède, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande ont donné d’excellents résultats et ces pays sont aujourd’hui des modèles de gestion rigoureuses des dépenses publiques, tout en ayant conservé des politiques sociales exemplaires. Ces dernières années, les pays de l’Europe du sud, dont la France, ont repoussé les réformes de structures nécessaires à la réduction de leurs déficits au moment où la croissance était au rendez-vous.

Aujourd’hui, elle est proche de zéro. Pour autant, les politiques d’austérité restent indispensables mais doivent être conduites avec prudence, en veillant notamment à ne pas augmenter la fiscalité sur les ménages et les entreprises. Le défi à relever par la France, repose sur une politique d’austérité raisonnable fondée sur une réduction massive des dépenses. C’est le prix à payer pour rétablir les équilibres et favoriser le retour de la croissance.

Le journal Le Figaro s’est amusé à demander l’avis de quelques économistes pour savoir si la France avait aujourd’hui une politique d’austérité. Parmi les intervenants, voici l’analyse d’Agnès Verdier-Molinié, directrice de l’IFRAP. La fondation iFRAP est un think tank indépendant, plutôt libéral, analysant la performance de l’Etat, des administrations et des politiques publiques, afin de proposer des  solutions et des réformes.

En voici les principaux extraits :

Le Figaro : Arnaud Montebourg affirme que les politiques d’austérité contribuent à aggraver les déficits plutôt qu’à les réduire. Est-ce vrai ?

Agnés Verdier-Molinié : Encore faudrait-il être dans une politique d’austérité ! La seule austérité réellement constatée aujourd’hui en France est fiscale, et elle pèse sur les ménages et les entreprises. En revanche, l’austérité qui pèse soi-disant sur les dépenses publiques est encore virtuelle car nous ne sommes pas encore entrés dans les réformes structurelles. La dépense publique totale en valeur continue d’augmenter, elle est passée de 1150 milliards à 1200 milliards. La politique d’austérité du gouvernement se limite pour le moment à des coups de rabots. Quand il dit que «les politiques d’austérité aggravent les déficits là où elles devraient précisément les réduire», Arnaud Montebourg oublie de dire que l’erreur originelle a été de miser uniquement sur les augmentations d’impôts pour réduire le déficit et que cela a cassé la confiance et engendré un trou dans les recettes fiscales de plus de 15 milliards en 2013.

Le Figaro : A partir de quel moment trop d’austérité tue l’austérité ?

Agnés Verdier-Molinié : Avoir des dépenses publiques qui atteignent 57% du PIB, voilà ce qui est réellement inquiétant. Avoir encore un déficit de 4,3% en 2014 n’est pas moins inquiétant. C’est notre taux de dépense publiques qui pourrait bien nous achever et non trop d’économies sur les dépenses. La difficulté aujourd’hui est de passer d’un modèle où tout passe par les dépenses publiques à un modèle où l’on pense avant tout à la création de richesses et où tout serait fait pour simplifier la création d’entreprises et d’emplois marchands. Si on table seulement sur 0,5% de croissance en 2014 c’est bien parce que les entreprises et les ménages n’ont pas confiance. Comme il est clair que les réformes structurelles ne sont pas menées, les créateurs de richesses s’attendent à de nouvelles hausses mécaniques de taxes et renoncent à investir et à embaucher. Ils renoncent aussi face à la complexité de la règlementation et du code du travail.

Le Figaro : Arnaud Montebourg a critiqué des politiques qui touchent d’abord les classes moyennes et populaires. Est-il possible d’éviter que la consolidation budgétaire ne touche ces populations ?

Agnés Verdier-Molinié : Plus de 90 % des Français se considèrent comme faisant partie de la classe moyenne. Rappelons qu’un salarié entre dans les 10% les plus aisés avec 3300 euros par mois. Pour ne pas augmenter les impôts des classes moyennes, la seule solution viable est de baisser les dépenses publiques. Sinon, la fiscalité se comporte comme un matelas d’eau: ce que l’on baisse d’un côté, on le remonte de l’autre pour financer des besoins publics toujours plus importants. Si Hollande et Valls ont vraiment pour projet de réduire les dépenses publiques et décomplexifier pour relancer la croissance, il va falloir passer à la vitesse supérieure et adopter des principes simples: pas de remplacement des départs en retraite dans la fonction publique et augmentation du temps de travail des agents par exemple. La qualité de nos services publics ne dépend pas véritablement des moyens financiers qui leur sont alloués mais de la bonne gestion de ces moyens. Sur ce plan, nous avons collectivement une très grande marche à gravir.

Le Figaro : Vous publiez un rapport sur la règle budgétaire. Quelle a été votre méthode de travail ? Quelles sont vos conclusions ?

Agnès Verdier-Molinié : Nous sommes partis de quatre pays ayant rétabli leurs comptes publics avec des règles et un timing différents: la Suède, la Suisse, le Canada et l’Australie, choisis car réputés exemplaires sur ce point. Nous avons étudié les mesures ayant rendu possibles les périodes de retour à l’équilibre budgétaire. Par exemple, en Suède, on comptait presque 54 % de dette par rapport au PIB en 2000 contre autour de 40 % aujourd’hui ; et malgré le poids de l’État-providence suédois, la règle de 1 % en moyenne d’excédent des comptes publics a permis de revenir à un solde budgétaire positif en moyenne. Même constat en Suisse, où le plafond des dépenses publiques est fixé après l’estimation des recettes avec une règle d’équilibre. Résultat: en Suisse, les comptes publics sont positifs depuis 2005 et la dette publique est passée de 53,4 % du PIB en 2003 à 35 % maintenant.

Personne n’a obligé les Suisses ou les Suédois à durcir leurs règles budgétaires. Ils l’ont fait dans le consensus politique pour assurer leur avenir commun. Pour espérer un jour respecter les règles européennes (Maastricht, traité de stabilité budgétaire), la France gagnerait à établir ses propres règles budgétaires. Ces règles, décidées et votées par les Français, seraient moins lointaines que celles de Bruxelles et nous rendraient aussi plus responsables collectivement de la gestion publique. Cela permettrait à la France de dessiner son propre sentier de convergence pour atteindre les objectifs des 3 % de déficit (0,5 de déficit structurel) et 60 % de dette publique par rapport au PIB. Bruxelles nous montre l’arrivée, mais nous avons la responsabilité de décider des moyens pour y parvenir. C’est ce qu’a fait la Suède, qui s’est fixé par exemple un maximum de dette publique à 20 % du PIB en 2025. En France, notre dette publique va flirter dans les prochaines années avec les 97 % du PIB.

Quel que soit les futurs gouvernements, ils devront conduire des politiques d’austérité adaptées à la situation de la France d’aujourd’hui. Il faut notamment s’attaquer à la réduction drastique des dépenses publiques qui sont un frein au développement et à la croissance, et par voie de conséquence, à l’emploi. La France ne coupera pas à une politique de rigueur budgétaire et de réforme de structures qu’elle a différées depuis des décennies ; c’est le prix à payer pour survivre. L’Europe n’est en rien responsable des problèmes de la France.

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