France : pourquoi le gouvernement français s’est ridiculisé dans le dossier Alstom face au géant américain General Electric (1)

Petit historique du groupe Alstom

Courant mai 2014, Patrick Kron PDG d’Alstom, à la surprise générale, annonçait que son entreprise était en négociation avec le groupe américain GE (General Electric) en vue de la cession de la branche « énergie ». Ceci comprend les activités « énergie thermique » (turbines à gaz, centrales à charbon), énergie renouvelable (éoliennes marines) et réseaux de distribution électrique appelés « Grids ». Ces activités représentent plus de 70% du chiffre d’affaires du groupe Alstom qui était d’un peu plus de 20 milliards d’euros en 2013. Le géant américain GE, l’une des entreprises étrangère les plus françaises, serait prés à débourser 12 milliards d’euros pour cette acquisition.

C’est dire l’importance de la cession envisagée. Le reste de l’activité d’Alstom, spécialisée dans le transport ferroviaire (TGV, trains et autres métros) représente moins de 30% du chiffre d’affaires du groupe.

L’actuel groupe Alstom est issu de l’ancienne CGE (Compagnie générale d’électricité). Proche de la faillite en 2004, il n’avait dû son salut qu’à l’intervention de l’Etat. A la demande de Nicolas Sarkozy, le ministre de l’Economie d’alors, l’Etat avait pris une participation de 20% au capital de la société pour lui apporter les liquidités nécessaires à son développement. En 2006, après la cession des activités liées aux chantiers navals de l’Atlantique, l’Etat avait cédé sa participation moyennant une belle plus-value au groupe Bouygues qui détenait jusqu’en juin 2014, 29.4% du capital. Le groupe pèse 93 000 personnes dans le monde dont un peu moins de 20 000 en France.

Les synergies attendues par le groupe Bouygues n’ont pas été au rendez-vous et les rapprochements avec Areva, n’ont pas davantage abouti, notamment dans la branche énergie. Pour autant, le groupe Alstom dispose aujourd’hui d’une situation financière saine, avec un carnet de commande satisfaisant, même si son endettement reste important. Son handicap est l’absence de taille critique au niveau mondial tant pour ses branches « énergie » que « transport » qui nécessitent des investissements très importants. Enfin, des chantiers conséquents ont été perdus ces dernières années principalement en ce qui concerne l’activité ferroviaire.

Face à cette situation, Patrick Kron son PDG qui a été l’acteur du renouveau du groupe Alstom depuis 2004, se trouvait dans l’obligation de faire des choix pour préserver l’activité et l’avenir du groupe. Dans le monde globalisé d’aujourd’hui, il ne lui restait que très peu d’alternatives.

Alstom en concurrence frontale avec les géants mondiaux GE, Siemens et Mitsubishi

Trois grands groupes mondiaux se partagent aujourd’hui l’activité d’énergie : les conglomérats américain GE (General Electric), allemand Siemens et japonais Mitsubishi, des géants bien plus importants que lui. GE réalise un chiffre d’affaires de 130 milliards d’euros pour 300 000 personnes dont 11 000 en France alors que le groupe Siemens présente un chiffre d’affaires de 75 milliards d’euros pour 360 000 personnes dont 7 000 en France.

Contrairement à Siemens, le groupe Alstom entretient d’excellentes relations avec GE depuis fort longtemps. Il lui avait déjà cédé certaines activités par le passé et l’américain  dispose d’une unité de fabrication de turbines à proximité immédiate de son usine de Belfort. GE est bien connue et appréciée en France où le groupe américain réalise un chiffre d’affaires de prés de 10 milliards d’euros, dont une bonne part à l’exportation, dans le domaine des turbines mais aussi des appareils médicaux et des moteurs d’avion. GE collabore d(ailleurs étroitement avec le groupe français Safran au travers d’une filiale commune CFM International, pour la construction du célèbre moteur d’avions CFM 56 qui constitue le plus gros succès dans le domaine des moteurs d’avions court et moyen courrier.

Le chef de l’Etat et le gouvernement s’opposent à l’accord conclus entre Alstom et GE en encourageant un rapprochement avec Siemens

Quelques jours après l’annonce d’une possible cession de la branche énergie d’Alstom à GE, alors que l’Etat n’est plus actionnaire du groupe depuis 2006, le président de la République, comme le ministre de l’économie Arnaud Montebourg, s’étaient montrés opposés à cette opération, prétextant la nécessité de préserver l’outil industriel, les emplois et de réaliser un véritable « Airbus » de l’énergie et des transports. Le discours habituel des vieux socialistes français.

Sans argument sur le fond en faveur de Siemens, le gouvernement français sous la houlette de Montebourg, soutenait un rapprochement avec le groupe allemand, pourtant lui-même très endetté et en pleine restructuration dans ses divers secteurs d’activités. Même si Siemens s’est officiellement inquiété de ce rapprochement avec GE, jusqu’alors le groupe allemand n’avait guère fait montre d’un grand intérêt pour le groupe français. Et pour cause, en concurrence frontale avec Alstom sur de nombreux marchés, un rapprochement n’aurait pas manqué d’accentuer les problèmes de restructuration et les suppressions d’emplois qui vont avec.

Fragilisé, le groupe Siemens a du s’allier à son tour au conglomérat japonais Mitsubishi, notamment spécialisé dans les turbines et le nucléaire, pour monter une contre-offre face à GE. Au final, cette offre n’a pas fait long feu au vu des dernières propositions de GE qui a mis le paquet pour l’emporter face à ses concurrents, y compris en apportant à Alstom sa branche « signalisation » pourtant très rentable.

(A suivre !)

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