France : la pseudo-réforme des régions envisagées par Hollande fortement contestée

Face aux résultats désastreux des élections municipales et européennes pour le parti socialiste et plus généralement le pouvoir en place, M. Hollande semble enfin décidé de passer à l’action.

Quelques semaines après que le nouveau Premier ministre Manuel Walls ait proposé la suppression des départements, subitement et sans crier gare, le chef de l’Etat annonce unilatéralement qu’il a décidé de réduire le nombre de régions de moitié. Sa récente proposition de découpage consiste à ramener celles-ci de 22 à 14. Pourquoi pas 12 ou 16, personne ne sait encore ?

Pourquoi tant de précipitation, sans véritable étude et consultation préalable face aux conséquences de tels changements ? Au nom de quoi le président devrait-il décider seul dans son coin de bureau parisien, loin des réalités et autres subtilités régionales qu’il ignore manifestement ? A défaut de pouvoir s’attaquer à la suppression des départements dans l’immédiat, du fait de l’incertitude liée à la nécessité d’obtenir une large majorité au congrès ou par référendum, il fallait à tout prix une réformette à se mettre sous la dent. Ce sera donc les régions. Et vogue la galère présidentielle !

Tout çà parce qu’après 2 ans d’inaction à la tête de l’Etat, M. Hollande se doit de donner l’apparence qu’il a fait quelque chose. Du coup, en quelques jours, il a concocté sa petite réforme à la hussarde, au mépris des intérêts des régions. Manifestement incapable de s’attaquer à la réforme de l’Etat, il préfère imposer la réforme aux collectivités territoriales. C’est tellement plus facile !

Le chef de l’Etat a dévoilé sa nouvelle carte des régions devant la presse. Et là, la surprise a été de taille pour certaines régions.

La Bretagne resterait seule, sans la Loire-Atlantique alors que les élus militaient pour cette solution. Le Centre serait regroupé avec le Poitou-Charentes et le Limousin ; on cherche encore la logique et la cohérence ! L’Auvergne n’est pas mieux lotie puisque qu’elle serait rattachée à la puissante région Rhônes-Alpe, alors que tout militait pour son rapprochement avec le Limousin. Et que dire de l’Aquitaine qui à défaut de Poitou-Charentes, se trouve isolée.

Pour ce qui est de notre région, si le mariage entre Midi-Pyrénées (8 départements) et le Languedoc-Roussillon (5 départements) a du sens en raison de l’histoire et de nombreux points communs, ne risque-t-on pas d’opposer Toulouse à Montpellier alors qu’il faudrait rechercher les complémentarités ? Par ailleurs, les départements du Gers et des Hautes-Pyrénées ne seraient pas mieux en Aquitaine ou le Gard en PACA ?

Manifestement, élaborée dans la précipitation et sans réelle concertation, le découpage proposé est loin de faire l’unanimité ici comme ailleurs.
Selon un récent sondage publié par Midi-Libre, le grand quotidien de Montpellier, 54% des français seraient opposés à ce découpage contre 46% favorables. Globalement 65% des sympathisants de l’UMP sont opposés à la réforme contre 73% pour les sympathisants du PS qui y seraient favorables. Du côté des parlementaires des régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, 17 parlementaires sont favorables (dont 2 UMP), 19 sont contre (dont 11 PS) et 2 PS/PRG ne se prononcent pas, dont la sénatrice aveyronnaise Anne-Marie Escoffier.

Dans ce contexte, pourquoi tant de précipitation alors qu’un réel dialogue permettrait d’aboutir sereinement à une carte des régions plus consensuelle et réaliste ?

Vouloir à tout prix redessiner les régions à la hache, uniquement dans un objectif d’imposer une réforme visant d’abord à constituer des régions plus importantes, paraît absurde. Qu’elle efficacité et cohérence à vouloir imposer l’union à des régions qui ne la souhaitent pas et qui n’ont souvent rien en commun ? Tout cela est absurde. Par contre, il eu été beaucoup plus intelligent de se limiter, au moins dans un premier temps, à favoriser les rapprochements cohérents et souhaités par les élus ou les populations (Normandie, Alsace & Lorraine, Bourgogne & Franche-Comté, Auvergne & Limousin et bien sûr Bretagne et certains départements du Pays de Loire, pour ne citer que ceux-là…).

Au lieu de cela, l’Etat plus jacobin que jamais veut imposer sa vision de régions uniformes, d’importance comparable, sans cohérence et personnalité propre. Une absurdité totale qui risque de fragiliser un peu plus certaines régions. Car si les régions françaises sont trop nombreuses au regard des principaux pays européens, vouloir les réduire de moitié de manière autoritaire est absurde et contre-productif car rien ne s’oppose à ce que subsistent des régions plus petites aux côtés des plus grandes, comme partout en Europe.

L’urgence n’était certainement pas au redécoupage des régions alors que la suppression des départements est différée et les fusions de communes attendent toujours alors qu’il y aurait beaucoup à faire en ce domaine. Ne parlons pas de la réforme de l’Etat, elle attend toujours et il ne se passera probablement rien avant la fin du quinquennat. Une fois de plus, la France prend du retard dans ses réformes et la modernisation du pays par manque de courage politique. La France est vraiment l’enfant malade de l’Europe.

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