Rodez : le centre-ville saccagé à grands frais par les chantiers de la municipalité

M. Teyssèdre, maire et président de l’agglomération du Grand Rodez, n’a de cesse de s’auto-congratuler pour les investissements réalisés ces dernières années en centre-ville : salle des fêtes, cinéma, place d’Armes…

Hormis le musée Soulages, œuvre des architectes catalans RCR Arquitectes dont le projet avait été adopté par la précédente équipe municipale qui apparaît comme un bâtiment extrêmement bien intégré dans la ville, tel n’est pas le cas des autres chantiers dont les projets initiaux avaient été considérablement modifiés par l’équipe actuelle.

Au final, cela donne la terrible impression que des constructions modernes, habituellement installées en périphérie, ont été purement et simplement transplantées en centre-ville, sans la moindre volonté d’intégration dans le centre ancien. Tel est le cas de la salle des fêtes, du cinéma et de la place d’Armes. Des choix très contestables qui viennent casser, pour ne pas dire détruire, la perspective de l’avenue Victor-Hugo et de la cathédrale qui constituent pourtant l’âme de la ville de Rodez.

Le dernier chantier, encore inachevé après plus de 6 mois de travaux et aussi le plus contestable, est celui de la place d’Armes. Lors de la campagne municipale de 2008, le maire de Rodez avait promis de « faire sauter » les pavés qui, à l’entendre, constituaient un frein à la circulation automobile. Le résultat est aujourd’hui désolant et va marquer durablement la ville pour longtemps.

Si personne ne contestait le fait que les pavés posés depuis plus de 30 ans avaient besoin d’être remis à niveau et alignés, rien ne justifiait leur remplacement pur et simple par des pavés de qualité médiocre et manifestement inadaptés au lieu, notamment au regard de leur couleur grise alors que la cathédrale est de couleur ocre, rougeâtre ou rosée selon la luminosité. Comment un tel choix de couleur a-t-il pu être fait ? Au vu de la qualité des pavés anciens (d’ailleurs, que sont-ils devenus ?) qui avaient l’avantage d’être parfaitement intégrés à la cathédrale, on mesure l’ampleur des dégâts irrémédiables et l’argent gaspillé en pure perte.

Au final, la nouvelle place d’Arme ressemble plus à un simple rond point asphalté et bétonné tout à fait ordinaire, digne d’une périphérie quelconque, qu’à la place centrale d’un centre-ville alors que nous sommes au pied de l’un des monuments historiques parmi les plus anciens de la ville. Si les automobilistes de passage peuvent apprécier la qualité du bitume et sa rapidité, les résidents et autres piétons ont eux quelques soucis à ce faire car rien n’a été fait pour faciliter et sécuriser leur circulation. Fait surprenant, alors que nous sommes au cœur de la ville, les passages piétons n’ont même pas été pavés pour bien marquer le fait que la priorité leur était donnée. Une fois encore, force est de constater que la municipalité n’avait aucunement réfléchit au projet avant d’engager les travaux !

C’est dire l’amateurisme des élus de Rodez dont la seule priorité était de contenter quelques automobilistes et satisfaire au plus vite un engagement de campagne avant les élections de 2014. Un point c’est tout.

Il aurait été beaucoup plus judicieux de se contenter de remettre à niveau les pavés existants qui avaient encore une durée de vie de plus de 50 ans, tout en économisant des sommes substantielles. Au final, cet aménagement inadapté et couteux (plus de 1.5 millions d’euros alors que la moitié aurait suffit), vient dégrader le principal site de la ville pourtant protégé par les Monuments historiques. Plutôt que de mettre en valeur le patrimoine exceptionnel de la ville que constitue la cathédrale, cet aménagement qui fait la part belle à l’automobile, contribue à dégrader l’aspect de la principale porte d’entrée dans le centre ancien que constitue la place d’Armes.

Il y a aussi ces abominables lampadaires, probablement parfaits pour la rocade mais inadaptés à l’éclairage à proximité d’un monument historique. Sans parler que l’hiver, la circulation des automobiles et plus encore des piétons, risque de se révéler pour le moins délicate, pour ne pas dire dangereuse. Lorsque l’on compare à ce qui a été fait ces dernières années autour de la cathédrale Sainte Cécile d’Albi (intégralité de la place pavée aux couleurs de la cathédrale, privilégiant la circulation piétonne et les commerces), on mesure un peu plus le terrible gâchis réalisé au prix fort par la municipalité de Rodez.

Il est vrai que le maire de Rodez n’a jamais caché qu’il ne connaissait rien à l’art et à la culture en général ! Les concepteurs du projet en ont probablement profité pour faire ce qu’ils voulaient, sans se soucier de la mise en valeur du patrimoine. Au vu du piètre résultat, on comprend mieux pourquoi la ville voisine d’Albi a pu entrer dans le club très fermé des villes inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco, consacrant le patient travail du maire d’Albi, Philippe Bonnecarrère, qui a mis son énergie à mettre en valeur le patrimoine architectural de sa ville. La réussite d’Albi est exemplaire et les retombées économiques sont là. Hélas, ne s’improvise pas bâtisseur qui veut !

Rappelons au passage que la ville de Rodez, qui pensait probablement pouvoir imiter Albi et bénéficier de cette reconnaissance mondiale, a été sévèrement recalée dés le premier examen de son dossier en vue de postuler à la reconnaissance par l’Unesco. Après le massacre de la place d’Armes, ce n’est hélas pas demain la veille que Rodez pourra envisager de briguer un titre si envié.

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